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C’est quoi le problème des jeux TV des années 2020 ?

Vous reprendrez bien un peu de « C’était mieux avant » ? Oui, je sais, c’est un thème récurrent sur ce blog.
J’ai déjà eu l’occasion de le dire : mais la décennie 2020, en matière de jeux TV, c’est vraiment pas la joie. Bon, certes, pour chaque décennie, on peut tirer du positif comme du négatif.
Ainsi, j’ai beau dire que les années 2000 étaient la meilleure décennie pour les jeux TV de mon point de vue ; je reconnais toutefois qu’elle aura progressivement mis au placard l’état d’esprit de la décennie précédente qui me plaisait bien (à quelques exceptions près genre Que le meilleur gagne…), et qu’elle aura également eu ses propres casseroles comme l’exubérance des castings de TF1 ou l’influence de la télé-réalité alors en plein essor. Mais en contrepartie, c’était également une décennie très prolifique et expérimentale, ayant instauré de nouvelles formules et de nouvelles ambiances qui ont su me plaire à un certain degré. Je pourrais aussi parler des années 2010, qui commençaient un peu à tourner en rond au niveau des concepts et des tendances, et à faire pourrir certains concepts ; mais qui ont aussi su proposer quelques perles comme 8 chances de tout gagner, Qui est la Taupe ? ou Escape, 21 jours pour disparaître, tout en maintenant quelques valeurs sûres encore un peu.

Mais en ce qui concerne les années 2020… certes, je ne dirais pas que tout est à jeter, loin s’en faut ; mais j’éprouve de plus en plus difficilement de hype au sujet des jeux de la décennie ; et, surtout, de leur programmation.
Et c’est d’ailleurs sur ce dernier point que j’aimerais m’appesantir, car c’est finalement celui qui flingue le plus cette hype que j’aurais pu continuer à avoir. Et à ce niveau-là, deux tendances se dessinent :

  • D’une part, les jeux de day-time s’appauvrissent de plus en plus, avec de moins en moins de diversité, d’ambition et de créativité ;
  • D’autre part, les jeux de prime-time, où l’ambition et la créativité sont en revanche davantage présents (la plupart du temps)… mais se font malheureusement rattraper par des modèles de programmation inadaptés, qui suffisent à me les faire dévaluer de façon non négligeable.

Mais alors, pourquoi cette impression globale d’évolution de la programmation des jeux TV dans le mauvais sens ? C’est ce qu’on va voir.

La paupérisation du day-time

Déjà, avant de nous pencher sur le problème du prime-time, il faut se poser la question du désamour du day-time pour les jeux TV ; en particulier pour les diffuseurs historiques.

En effet, alors que le genre était pourtant l’une des marques de fabrique de TF1, avec beaucoup de jeux devenus cultes comme Le maillon faible, Qui veut gagner des millions, À prendre ou à laisser, Money Drop, Le juste prix et j’en passe ; on constate au contraire que, depuis la fin des années 2010, il ne constitue plus du tout une priorité pour la chaîne, qui doit désormais se contenter des 12 coups de midi durant la journée, et rien d’autre (et à entendre les responsables de la programmation, ils donnent l’impression que c’est déjà très bien…).
À la place, la chaîne préfère diffuser soit des feuilletons, plus aptes à potentiellement fidéliser le public (et qui, j’imagine, garantissent une image de marque un peu plus valorisante en matière de production française) ; soit des magazines de société genre Familles nombreuses, qui ont l’avantage de faire de bonnes performances, surtout sur les cibles, et ce pour bien moins cher qu’un jeu TV.
Bref, c’est la rentabilité qui semble vraiment avoir scellé le destin des jeux de day-time sur la chaîne ; à l’exception notable du jeu du midi, qui cartonnait déjà avant l’avènement de cette stratégie de programmation, et dont le leadership sur la case n’a toujours pas été remis en question malgré un TLMVPSP qui a repris des couleurs depuis quelques temps. C’est d’ailleurs dommage, parce que la case du midi, aussi bien pour TF1 que pour France 2, était clairement celle où j’aurais le plus aimé voir du changement significatif, mais c’est une autre histoire.

Quant à France 2 et France 3, on reste là encore sur le problème de l’argent ; mais cette fois-ci, c’est surtout une question de manque de moyens. Le service public étant de plus en plus exsangue financièrement, avec des budgets qui ne font que se réduire au fil du temps, il se retrouve obligé à devoir tailler dans le gras un peu partout ; et les programmes de flux dont les jeux TV font partie ont été les premières victimes de ces arbitrages budgétaires, sans doute parce que jugés moins « d’intérêt public » que la fiction française, l’information, les magazines ou les documentaires (même si, depuis peu, tous ces domaines commencent eux aussi à devoir faire des sacrifices).
Ainsi, on n’a quasiment plus aucune programmation saisonnière, et on remplit allègrement l’été avec des rediffusions en pagaille ; on n’installe que très peu de nouvelles marques, dont les ambitions restent très faibles (je me suis déjà suffisamment plaint du scandale que constitue l’adaptation TV du Jeu des 1000 euros…) ; et même certains vieux de la vieille très appréciés du public comme Motus, Des chiffres et des lettres, Questions pour un champion ou Les z’amours (bon, pour moi, celui-là n’est pas une très grosse perte…) se voient contraints de tirer leur révérence ou de sacrément réduire leur voilure (avant de tirer leur révérence quoi qu’il arrive… on prend les paris que QPUC ne survivra pas plus d’un ou deux ans, à ce stade ?).
On peut cependant noter la tentative de France 2 depuis 2024 de faire une pastille de 10 minutes pré-prime-time, et qui arrive au passage à réintroduire un peu de saisonnalité en alternant différents formats (Mot de passe, Memory, et la pastille dérivée de 100% logique) ; mais qui reste vraiment une solution très low-cost. Après, si on veut quand même voir le verre à moitié plein, on peut se dire que c’est mieux que rien… mais tout de même, ça témoigne bien de la réduction des ambitions.

Mot de passe 2025 - Plateau
Et niveau décor, ça reste toujours assez minimaliste.

Néanmoins, à contre-courant des diffuseurs historiques, et de ce qu’elle avait l’habitude de programmer jusqu’alors, M6 a dû y voir une opportunité ; puisque, depuis 2023, elle avait dans les cartons de faire revenir des jeux en access. Au départ, elle avait envisagé Hit List : mais elle s’est finalement rétractée, et le programme a fini par être déstocké sur Gulli dans l’indifférence la plus totale (honteux). Et à la place, elle a préféré jouer la sécurité, en ne relançant que des marques qui avaient déjà eu l’occasion de faire leurs preuves… et clairement pas qu’une fois : en effet, en plus de leur diffusion originelle, Le juste prix, La roue de la fortune et Le maillon faible avaient tous connu une renaissance couronnée de succès (bon, peut-être un petit peu moins pour LMF sur D8) avant d’être relancés par M6.
Bon, quelque part, on pourrait considérer que c’est positif, puisque ça a permis de réinstaller de nouvelles cases pour le genre du jeu TV ; et de surcroît, sur une chaîne qui ne s’était jamais véritablement spécialisée là-dedans, et où le succès n’était clairement pas garanti (et n’est d’ailleurs pas venu tout de suite, il a fallu laisser les jeux s’installer). Mais comme je viens de le déplorer, il n’y en a que pour des valeurs sûres ; et même si elles ne se sont pas contentées d’être de bêtes copies carbone des originaux, en apportant leurs quelques nouveautés, tout cela ne reste pas particulièrement créatif.
Après, si on veut rester optimiste, on peut se dire que jouer sur des valeurs sûres était finalement une étape nécessaire pour installer ces nouvelles cases, et tenter de vraies nouveautés sur le long terme. Il n’est pas dit que si M6 avait commencé directement par un nouveau format comme Hit List, ça aurait aussi bien fonctionné. Et il est encore sans doute un peu trop tôt pour affirmer que la chaîne ne le fera pas dans le futur… néanmoins, j’ai tout de même peur qu’elle ne se repose sur ses lauriers et continue dans la voie de la facilité. En outre, le fait d’avoir relancé LMF en hebdomadaire a clairement été motivé par le succès du prime-time, dont Vincent Dedienne avait pourtant dit qu’il était censé n’être qu’un one-shot.

LMF - Vincent Dedienne
Mais au moins, Vincent Dedienne aura tenu parole, en n’animant que le prime événementiel. Pas comme M6, qui ne pouvait pas ne pas profiter du succès de sa stratégie…

Quant au reste de la TNT… en règle générale, ce genre de programme n’a jamais vraiment beaucoup intéressé les autres diffuseurs, à quelques exceptions près.
Un peu pour les mêmes raisons que ce qui a poussé TF1 à revoir sa programmation de day-time : le jeu TV n’est pas l’un des genres les plus rentables à produire et à diffuser. Et pour des chaînes qui ont encore moins de budget, autant se tourner vers des séries multirediffusées ou des reportages dont on change l’emballage à chaque fois (surtout quand on les recycle de la chaîne mère).
On a bien entendu des exceptions. La plus notable étant C8, qui avait initialement l’ambition d’être une grande chaîne, et qui a eu l’occasion à plusieurs reprises de tenter un jeu TV pour son pré-access, voire son access lorsque Touche pas à mon poste était en vacances ou non diffusé pour une raison X ou Y. Mais ça n’a jamais été vraiment couronné de succès ; et, là encore, le manque de budget se faisait ressentir, avec même certains jeux qui pouvaient proposer des gains largement au-dessus de leurs moyens, et qui ont donc été contraints de s’arranger pour qu’ils ne tombent jamais (n’est-ce pas, Still Standing et APOAL ?).
De façon plus ponctuelle, d’autres chaînes avaient tenté l’expérience, sans succès :

  • TMC, qui avait tenté Le mur infernal peu de temps après son passage à la TNT, mais que tout le monde a oublié ; ou encore la tentative de mettre des jeux à 20h dans les années 2010 comme Canapé Quiz et un énième revival d’Une famille en or, qui n’a pas fonctionné, le créneau n’étant décidément pas identifié par le public pour autre chose que du talk…
  • W9, où on peut citer Buzz, le jeu musical ou certains formats comme Total Blackout (que je n’ai pas envie de rattraper, parce qu’au vu du concept, franchement…) ; mais qui est largement plus identifiée pour ses télé-poubelles comme Les ch’tis et les Marseillais à Tataouine ou le repêchage d’Hanouna suite au naufrage de C8 (d’ailleurs, de quoi se plaignent les détracteurs de la fermeture de la chaîne, alors qu’ils ont juste à zapper sur le canal suivant pour retrouver leurs habitudes…) ;
  • NRJ12, qui avait tenté des formats comme The Song ou le revival de L’académie des 9 (comme quoi, elle avait eu l’idée de relancer du multi-remaké presque 10 ans avant M6…) ; et qui n’avait été aidée ni par l’image de marque de la chaîne (très axée télé-réalité adolescente), qui n’a pas encouragé un autre public à y jeter un œil ; ni par son manque d’audience de façon plus générale, qui ne l’a pas poussée à pérenniser ces formats pour tenter une stratégie de long terme. Long terme qui aurait été, au vu des circonstances, le seul moyen pour la chaîne de pouvoir les installer.
    Ah, et même s’ils devraient compter, je me permets d’ignorer poliment les trucs genre Les 12 cœurs ou Ça passe ou ça trappe, pour des raisons évidentes. De même que j’aurais pu citer Virgin 17 avec son Chante si tu peux, mais ces trucs ne méritent même pas les deux-trois lignes que je leur consacre.

En fait, le seul « succès » qui me vienne à l’esprit en matière de jeu de day-time diffusé sur une chaîne TNT, c’était… In ze boîte, sur Gulli, diffusé de 2007 à 2020. Mais c’était un peu particulier, car la chaîne était clairement identifiée pour ce genre de programme, dont la cible était plus restreinte ; et qui ne risquait donc pas vraiment de faire concurrence aux autres chaînes, ou aux habitudes des spectateurs.
C’est d’ailleurs dommage que la chaîne l’ait arrêté, ou n’ait pas cherché à proposer quelque chose de similaire. Mais bon, rachat par M6 oblige, évidemment que le groupe allait faire subir à la chaîne sa stratégie de radins, en préférant diffuser les rogatons de la chaîne mère comme Un dîner presque parfait, et en transformant progressivement l’une des rares chaînes TNT ayant sa propre identité en un énième clone fourre-tout sans âme (vu que le groupe M6 n’a jamais assez de chaînes pour ça, 6ter n’ayant apparemment pas suffi…). Ça aussi, c’est quelque chose qui fait perdre énormément de charme au média télévisuel depuis des années…

Après, ça restait une ambition louable de la part de Gulli, clairement.

Où sont passés les formats unitaires de day-time ?

Et enfin, outre le fait que le genre se raréfie un peu en day-time, on a également moins de variété parmi ce qui est proposé… même si ça ne date pas d’hier.
En fait, je dirais que ça date plutôt des années 2010, où les systèmes de champion étaient à la mode, et le sont d’ailleurs toujours aujourd’hui (en témoigne La roue de la fortune qui s’est dotée d’un tel système depuis son arrivée sur M6, alors qu’elle s’en passait très bien auparavant…).
Néanmoins, on observe également d’autres tendances un peu différentes émerger ; bien qu’en fin de compte, elles aient un but similaire. En effet, Chacun son tour, Le juste prix version M6, Duels en familles, Memory ou Mot de passe version pastille ne sont pas des jeux à champion ; toutefois, ils ont été pensés pour fidéliser leur public. CST est un jeu de bande façon À prendre ou à laisser, où les candidats reviennent tant qu’ils n’ont pas gagné ; et les trois autres se déroulent sur une semaine entière, incitant donc à regarder tous les épisodes de la semaine pour préserver une certaine continuité.
Bon, je reconnais que par rapport aux années 2010, ça reste un progrès ; vu que durant cette décennie-là, on n’avait quasiment que du système de champion classique pour fidéliser le public.

En revanche, le genre de jeu qui perd le plus en représentation en day-time, c’est le format unitaire ; i.e. les jeux dont on peut suivre les épisodes indépendamment les uns des autres, sans aucune crainte d’avoir raté quelque chose.
Ils commençaient déjà à se faire rares durant les années 2010 ; les exemples les plus notables étant alors les jeux d’access de TF1 type Le juste prix, Money Drop (à partir du remontage des épisodes en 2015), Wish list, The Wall, etc. qui étaient de toute façon sur le déclin, surtout face au succès grandissant de N’oubliez pas les paroles en face, qui s’était réinventé avec son (satané) système de champion illimité, bien plus apte à fidéliser le public.
Et c’est donc pour ça que dans les années 2020, les exemples doivent se compter sur les doigts d’une main… Y a pas d’erreur sur France 2 (qui n’a de toute façon tenu qu’un an), et plus récemment le retour en hebdomadaire du Maillon Faible sur M6. Ce dernier exemple est d’ailleurs un peu à contre-courant des tendances actuelles, ça fait plaisir.
Bon, cela dit, en parlant des jeux d’access de TF1, j’ai clairement insinué la raison pour laquelle le format unitaire était désormais boudé en day-time : il ne génère plus de fidélisation de la part du public, qui est donc plus susceptible de consommer ce genre de format plus occasionnellement. Ainsi, le seul intérêt qu’aurait un diffuseur à opter pour des formats unitaires en day-time, ce serait de pouvoir glisser des rediffusions sans que le spectateur ne s’en aperçoive… ce qu’avait d’ailleurs fait Y a pas d’erreur à ma connaissance.

Y'a pas d'erreur - Manche 1

Néanmoins, les formats unitaires ne sont pas morts pour autant… et on peut même dire qu’ils ont pu bénéficier d’une certaine « promotion » ; car, désormais, c’est surtout en prime-time qu’on les retrouve. De même, au passage, que la plupart des nouveautés vraiment significatives de la décennie (pas comme ce fucking Jeu des 1000 euros).

Dans un sens, par rapport à ce que je viens de dire, c’est plutôt logique.
En effet, vu que les formats unitaires sont davantage susceptibles d’être « picorés » par le public que plutôt être suivis assidûment, les diffuseurs auront donc plutôt tendance à les programmer de façon plus exceptionnelle, pour dire que si le public veut profiter de ce jeu, c’est à sa diffusion en prime-time ou « jamais » (bon, après, ils sont généralement programmés par paquets de 2 à 5 primes, certes…). Bref, ils assument davantage le fait que le public pourrait potentiellement s’en désintéresser rapidement, en ne diffusant donc qu’un nombre restreint de numéros.

Bon, c’est bien beau dans l’idée ; mais personnellement, je trouve que ça pose davantage de problèmes que ça n’en résout.

En effet, on peut déjà noter que certains programmes ne se prêtent tout simplement pas à une diffusion en prime-time ; à moins d’en faire une diffusion événementielle en complément de la programmation régulière, comme c’était le cas pour Questions pour un champion à l’époque où le programme avait droit à des Masters ou d’autres formats dérivés en prime. Mais au-delà de ça, on aurait vraiment du mal à imaginer le programme n’être proposé qu’en prime-time événementiel, sans diffusion quotidienne (enfin, plutôt bi-hebdomadaire, à présent…).
Mais sinon, on n’imagine pas une seule seconde des formats (même indépendamment des systèmes de champion et consorts) comme Motus, Slam, Duels en familles, Harry, Tout le monde a son mot à dire, Qui est qui ?, La gym des neurones, etc. être propulsés en prime-time, tant ils ont un état d’esprit taillé pour du day-time, et que ça n’intéressera pas grand-monde au-delà de 21h. D’ailleurs, quand Chacun son tour avait tenté une diffusion en prime-time (en y mettant les formes qui vont avec), ça a été un joli flop pour France 2…

Bref, le premier problème, c’est qu’il faut un caractère événementiel qui puisse justifier cette diffusion en prime-time. Pour certains formats originellement destinés à de la quotidienne comme QVGDM, ça arrive à passer ; et pour cause, il suffit de mettre des people à la place des candidats, et de jouer pour une association. Pour des jeux comme Le grand concours ou Le quiz des champions, ça passe également, car ce genre de confrontation n’aurait pas autant de poids si on nous la proposait toutes les semaines. En revanche, ça ne passerait clairement pas pour un jeu destiné aux fins d’après-midi de France 3 ; et même pour certaines nouveautés comme Bataille Navale, on ne peut pas s’empêcher de se dire que ça aurait été parfait pour un access des années 2010.

Le deuxième problème, c’est qu’un programme de prime-time se doit d’y mettre les formes adéquates (du moins pour les « grandes » chaînes comme TF1, France 2 et M6 ; pour des chaînes comme TMC ou RMC Story en revanche, Burger Quiz et Le Bigdil passent bien).
Bon, à ce niveau-là, généralement, il n’y a pas de problème : visuellement, on sent que le plateau et les enjeux correspondent à du prime-time, avec une certaine dimension de « prestige ». En revanche, conceptuellement parlant… pour certains jeux, ça renvoie également une image un peu prétentieuse ; surtout quand on les compare à ce qui a déjà pu se faire auparavant, et qui ne se la pétait pas autant. L’exemple de 100% logique est le premier à me venir à l’esprit, surtout en le comparant à l’humble jeu de matinée qu’était La gym des neurones ; je pourrais aussi citer Intuition, auquel Attention à la marche n’a franchement rien à envier depuis sa case du midi… et même sans faire de comparaison, je pourrais aussi citer l’interview d’Arthur au sujet de The Wheel où la VF était censée jouer davantage sur la dramaturgie que la VO.

Et troisième problème, et pas des moindres : l’adéquation avec la durée habituelle d’un prime-time à la française. Ce qui ne poserait pas trop de problèmes si on était dans un pays anglo-saxon, où ça ne choque personne qu’un programme de prime-time puisse ne durer qu’une heure ; mais pour la France, autant pisser dans un violon. Et on va voir pourquoi…

Aux origines des primes-times de 2 heures…

Jusque vers la fin des années 2000, le créneau habituel pour le démarrage du prime-time se situait vers 20h50 ; même si, en pratique, on lorgnait déjà un peu vers 20h55-21h, pour s’assurer que le spectateur puisse voir quelques publicités avant le programme. Mais toujours est-il qu’il se terminait en général suffisamment tôt, pour pouvoir enchaîner sur une émission de deuxième partie de soirée, ou pour pouvoir se coucher à une heure raisonnable.
En 2009, on avait même le vague espoir de voir les primes-times démarrer un peu plus tôt. En effet, à partir de cette année-là, le service public était tenu de ne plus diffuser de publicités à partir de 20h ; et le premier impact que ça avait pour les chaînes de celui-ci était de faire démarrer le prime-time à partir de 20h35.
Malheureusement, c’est resté assez illusoire ; et pour cause, ça n’avait finalement pas changé grand-chose pour le reste du PAF. Certes, M6 avait annoncé à l’époque qu’elle allait faire démarrer ses programmes plus tôt, afin de s’aligner sur ce nouvel horaire du service public ; mais TF1 s’en est tamponné le coquillard. De fait, quelques années plus tard, rien n’avait finalement changé pour les chaînes privées ; et c’est le service public qui a dû s’adapter pour refaire démarrer ses primes-times à une heure plus tardive, mais toujours avec la contrainte de ne plus diffuser de publicité après 20h. Par exemple, en bourrant l’espace entre le JT de France 2 et le prime d’une bonne quantité de programmes courts sponsorisés. Seule France 5 a continué à être à peu près raisonnable, en continuant de faire démarrer ses programmes plus tôt que le reste du PAF.

Ah, c’étaient les promesses d’un autre temps…

Et c’est à partir des années 2010 que deux tendances vont s’installer, concernant les primes-times, et de façon plus générale l’organisation des soirées pour les principales chaînes du PAF.
Deux tendances qu’on doit à deux chaînes en particulier : M6 et C8.

Premièrement : le cas M6.
Le groupe M6 étant toujours à la pointe de la recherche d’économies et de rentabilité en tous genres (du moins à l’époque où le groupe était géré par Nicolas de Tavernost), il ne faut donc pas s’étonner qu’on leur doive cette première tendance. Après tout, l’idée de synchroniser parfaitement les publicités entre W9 et 6ter, même si ça rend le suivi de la seconde chaîne imbuvable pour le spectateur (déjà qu’elle ne brillait pas par la « fraîcheur » de sa programmation habituelle…), ça la rend surtout rentable.
Ainsi, début des années 2010, M6 a expérimenté quelque chose concernant certains de ses programmes phares de prime-time, comme notamment Pékin Express. On peut aussi citer Top Chef, qui avait été créé plus récemment ; mais je me contenterai surtout de parler de Pékin Express, qui est d’une part dans mon thème, et d’autre part plus représentatif du problème que je veux mettre en avant.
En effet, Pékin Express date de 2006. La première saison ne compte cependant pas vraiment ; car hormis sa finale, elle était diffusée en access tous les dimanches à 19h (oui, comme pour la première saison de Koh-Lanta sur TF1, M6 n’avait probablement pas encore une pleine confiance envers le potentiel du programme pour le propulser directement en prime-time). Mais par la suite, le programme a eu droit au prime-time ; et comme on était encore dans les années 2000, la durée de l’émission restait raisonnable. Certaines saisons (comme les 4 et 5) ont même eu droit à des afters de deuxième partie de soirée.
Mais en 2011, pour la saison 7 du programme, on a eu la désagréable surprise de constater que les épisodes semblaient exagérément plus longs. Je me rappelle encore à cette époque de mes parents qui s’étonnaient que je sois toujours devant la TV à 23h40, alors que ce n’était même pas un after, mais bel et bien le programme principal qui n’était toujours pas terminé. C’était même arrivé qu’il se termine à minuit passé, c’est dire…

Bien sûr, M6 n’a pas fait ça par plaisir sadique de manquer de respect à son public, qui aurait certainement aimé se coucher plus tôt. En fait, la motivation derrière cette programmation était double : d’une part, ça permettait à la chaîne de se passer d’une « vraie » 2e partie de soirée (donc un programme à produire en moins) ; et d’autre part, ça permettait (théoriquement) au public présent après 21h de rester jusqu’à pas d’heure, faisant ainsi augmenter mécaniquement la part de marché du programme au-delà d’une certaine heure, où le public des autres chaînes aurait zappé ou serait allé dormir.
Bon, dans un premier temps, cette stratégie n’a pas très bien fonctionné. Non seulement les fans du programme ont évidemment reproché ce rallongement (la saison en elle-même en ayant pâti qualitativement) ; mais surtout, par rapport aux saisons précédentes, les audiences se sont affaiblies, et le gain mécanique de part de marché n’a finalement pas été aussi significatif que ça. La saison 5 de Top Chef a eu le même problème, avec une stratégie similaire (bien qu’en place depuis quelques saisons) et une chute des audiences d’autant plus marquée.
Aussi, M6 a rétropédalé pour la saison suivante, en promettant une saison 8 dont les épisodes se terminaient vers 23h. Ce qui a permis à la chaîne de retrouver un peu de confiance auprès du public, et de faire un peu remonter les audiences (du moins jusqu’à ce que l’overdose de règles dispensables et les castings aient fini par sérieusement entamer la patience du public en saison 9… mais c’est un autre sujet). Depuis, la durée moyenne des épisodes de Pékin Express n’a plus jamais été aussi excessive (et c’est tant mieux) ; même si on n’aura jamais retrouvé la durée moyenne d’avant la saison 7 non plus, et qu’on aura assez rapidement retrouvé des émissions se terminant tardivement… mais pour d’autres raisons.

La trilogie du samedi
Et dire que c’était à M6 qu’on devait la mythique Trilogie du samedi, où on enchaînait trois épisodes de trois séries différentes… là encore, c’était un bon vieux temps, désormais révolu…

Car c’est là qu’on va se pencher sur le cas C8. Enfin, même D8, vu que ça avait déjà commencé peu de temps avant le rebranding de la chaîne.
Qui dit C8, dit forcément Touche pas à mon poste ; et, effectivement, c’est là encore le cœur du problème. Bon, cette fois-ci, on ne va pas parler de l’aspect polémique de l’émission ; mais plutôt de son impact sur la programmation de la chaîne.
Depuis le temps, on sait que C8 était très Hanouna-dépendante ; et il y avait clairement une raison à ça. En effet, depuis le lancement de la chaîne, c’est TPMP qui a le plus connu de progression de ses audiences ; à tel point que c’était devenu le programme le plus puissant de la chaîne, devant la majorité de tout ce que la chaîne pouvait proposer sur le reste de sa grille, prime-time compris. Ce qui était un cas assez unique à l’époque ; puisqu’on définit généralement le prime-time comme le moment le plus regardé de la journée, et comme celui où les chaînes font normalement leur pic d’audience de la journée (à moins de se planter sur leur programmation).
De fait, l’émission était totalement encouragée à se terminer le plus tardivement possible, quitte à reléguer le début du prime-time de la chaîne à 21h20 voire 21h30 (quand bien même il était annoncé vers 21h10) ; et, malheureusement pour les spectateurs, c’était totalement légal, puisque l’émission était en direct, et que le CSA de l’époque ne pouvait donc pas taper du poing pour le non-respect des horaires annoncés par la chaîne, en dépit des râleries du public (et après on s’étonne des persiflages concernant l’utilité de cette institution… heureusement qu’ils se sont rattrapés en ne reconduisant pas la chaîne…).

Bon, après, si ça n’avait concerné que C8… la belle affaire. Même si je pouvais aisément comprendre le désarroi de ceux qui voulaient juste suivre le prime-time de la chaîne sans devoir se coltiner Hanouna jusqu’à une heure indéterminée, au moins ça n’aurait impacté que C8 elle-même… n’est-ce pas ?
Eh bien, malheureusement, non. Ça a fait tache d’huile sur les autres chaînes. En effet, vu qu’une partie du public qui suivait TPMP ne zappait pas sur les autres chaînes à l’heure de leur prime-time, ça faisait de l’audience en moins pour celles-ci. Ce qui les a donc incitées, à leur tour, à démarrer leurs primes-times de plus en plus tardivement, quitte à meubler l’attente avec autre chose : C’est Canteloup pour TF1, Un si grand soleil pour France 2, des sketches supplémentaires de Scènes de ménages pour M6… voire à carrément recopier la formule de C8, comme TMC l’a fait avec Quotidien (après, vu que le groupe TF1 avait récupéré Ara Arpikian, qui était à l’origine de cette stratégie pour D8, ce n’est pas étonnant).

Et on en arrive à la situation actuelle, qui résulte d’un mélange entre les deux stratégies décrites plus tôt : avec, d’une part, un démarrage plus tardif des émissions de prime-time ; et, d’autre part, un étirement de ceux-ci de sorte qu’ils ne se terminent pas avant 23h10 (au bas mot…).
Et, visiblement, ça reste une stratégie gagnante pour les diffuseurs ; car, depuis les premières tentatives du genre, ils ont également tiré des leçons pour mieux faire avaler la pilule. Pas spécialement auprès du public, mais surtout auprès des annonceurs. En effet, TPMP s’était également rendu maître dans l’art de découper ses émissions en trouze mille parties, afin de pouvoir découper les audiences à sa guise, et communiquer sur celles qui marchaient le mieux ; et c’est également quelque chose qu’on retrouve dans les primes-times, où les diffuseurs n’hésitent pas à mettre discrètement des crédits de fin d’émission en tout petit en bas de l’écran avant de balancer une page de pub (alors que l’émission n’est clairement pas terminée), histoire de dire que la première partie est « officiellement » terminée pour les annonceurs.

VU !!!

Notons toutefois que tout ce que je viens de dire est surtout valable pour la France. En effet, pour des raisons culturelles, et parce que l’histoire de leurs paysages audiovisuels ne sont pas les mêmes, les enjeux ne seront pas forcément les mêmes en Espagne, en Italie, en Allemagne, ou encore au Royaume-Uni.
Ce dernier cas est d’ailleurs assez intéressant ; car, de façon plus générale, les pays anglo-saxons ont plutôt des primes-times qui démarrent plus tôt, mais qui sont également plus « carrés », avec des créneaux d’une heure ; et, surtout, ce n’est pas un tabou pour eux d’enchaîner deux programmes différents, là où ça semble carrément devenu impensable pour la France depuis les années 2010.

Le problème de l’étirement

Bref, on en vient au cœur du problème : ces deux heures, il faut bien les meubler, même quand on n’a pas un format de base qui était taillé pour ça.
Bon, je dis « deux heures » ; mais ce n’est évidemment pas une durée gravée dans le marbre. Certains jeux font un peu moins, d’autres un peu plus.
À ce niveau-là, on a plusieurs cas d’école : les jeux qui étaient déjà présents bien avant qu’on les rallonge ; ainsi que les concepts importés en France durant les années 2020.

Commençons déjà par ce second cas.
Bien qu’il ait tendance à se raréfier depuis peu car les diffuseurs tendent désormais à privilégier des créations françaises, c’est bien à des productions étrangères qu’on doit certains formats à succès des années 2020 : The Floor, adaptation d’un concept néerlandais ; Le quiz des champions, adaptation du jeu britannique Quizmaster ; et surtout 100% logique, adaptation de 1% club (format britannique de la BBC). Je vais également citer The Wheel (britannique lui aussi), qui n’a pas été un succès, mais qui est également symptomatique de la tendance.
Bref. Tous ces programmes ont un point commun : en VO, ils ne durent pas plus d’une heure ; tandis que par chez nous, ils durent le double. Et, non, la VF ne s’est pas contentée de diffuser deux épisodes indépendants à la suite, elle a bien remanié les concepts pour qu’ils soient véritablement étirés sur une telle durée.
Le cas de The Floor est peut-être le moins gênant du lot ; même si un enchaînement de 25 duels sur 2 heures, d’une façon assez répétitive, peut avoir de quoi rebuter. Mais c’est peut-être le cas de figure où on remarque le moins cet étirement lorsqu’on sait que le format a été importé.
Pour 100% logique, il a suffi à la production de rajouter des questions par rapport à la VO ; toutefois, ce n’était pas encore suffisant. Ainsi, d’une part, on a quand même essayé de justifier ce rallongement par de nouvelles règles (comme les questions de rattrapage, qui n’existent pas en VO), ce qui est un peu louable même si ça n’apporte concrètement pas grand-chose ; et, d’autre part, on a aussi un peu plus insisté sur des aspects plus superficiels, comme des happenings ou des people qui jouent en même temps mais qui n’ont aucun impact concret sur la mécanique elle-même, et qui ressortent donc davantage comme une perte de temps plus qu’autre chose.
Pour Le quiz des champions, là encore, on joue à la fois sur une modulation des règles pour justifier la durée plus longue ; mais également sur le rythme du jeu. Et malheureusement, dans les deux cas, ce n’est pas convaincant, surtout en comparaison du matériau de base ; car on se retrouve avec un jeu dont les modifications de règles vont quasi-systématiquement dans le mauvais sens, mais qui est également beaucoup moins rythmé, à un point où on finit par s’ennuyer de façon récurrente.
Quant à The Wheel, je me suis déjà pas mal exprimé en négatif dessus. L’idée étant de lier artificiellement deux parties entre elles (en jouant au passage là encore sur du meublage d’ambiance dispensable), pour justifier qu’on ait un programme de 2h plutôt que deux épisodes d’une heure ; mais avec un résultat encore plus calamiteux que je ne l’imaginais au départ, qui vient carrément bousiller la crédibilité mécanique déjà assez faiblarde que ce jeu avait dans sa version originale.

Bon, le fait est qu’en tant que passionné, je me suis intéressé à l’histoire derrière ces concepts, voire ai regardé un épisode en VO pour comparer ; d’où le ressenti plus négatif que j’ai très certainement eu par rapport à un spectateur lambda, qui se fiche de savoir d’où vient un jeu TV qu’il va regarder pour se détendre et non pas pour en faire une analyse en profondeur. Et même s’il n’aime pas, il ne va généralement pas se poser la question du pourquoi c’est comme ça, et en quoi le jeu aurait pu faire mieux.
Mais le problème reste là. Je pense que même sans faire de comparaison avec les formats de base, je me serais quand même senti frustré ; parce que j’aurais trouvé que 2h pour ces concepts, ça restait trop pour ce que c’était, et qu’en dépit des efforts fournis pour meubler, le problème de rythme vient clairement de la durée elle-même.
Ainsi, je pense que j’aurais pu tolérer un rallongement de 10 à 30 minutes selon le contexte ; en particulier Le quiz des champions, où je reconnais que le rythme de Quizmaster était peut-être un peu trop effréné, et que ce n’était pas forcément un défaut de vouloir faire quelque chose d’un peu plus reposant. Mais j’insiste sur le « un peu »…

LQDC - Manche 1 (déroulement)
10 candidats, mais 2 heures d’émission…
Quizmaster - Manche 1
… vs. 15 candidats pour moitié moins de temps. C’est quoi, l’excuse de la VF ?

En revanche, là où la comparaison devient plus flagrante et inévitable, c’est quand on parle d’un concept qu’on a étiré sur 2 heures… alors qu’on l’a déjà connu plus court et plus fluide par chez nous.
L’exemple de la saison 7 de Pékin Express étant assez éloquent à ce niveau-là ; mais aussi l’une des rares exceptions où le diffuseur a rétropédalé dès la saison suivante. Là où d’autres jeux que je vais citer n’ont malheureusement pas eu cette chance… parlons donc de mes deux exemples « préférés » en matière de déliquescence qualitative impardonnable que sont Le grand concours et Fort Boyard.
Pour Le grand concours, je vais faire ça assez rapidement. Pour ce jeu, le problème vient clairement du fait que les producteurs n’avaient fichtrement aucune idée de comment rallonger le programme d’une façon harmonieuse ; donc on a eu droit à du rembourrage, en particulier du rembourrage écervelé comme des happenings ou des délires entre people de plus en plus encouragés. Et niveau mécanique, le rembourrage auquel on a eu essentiellement droit, c’est le rallongement de la première manche, qui était de loin la moins intéressante du lot, et qui n’avait pas besoin qu’on la fasse durer encore davantage avec plus de questions.

Quant à Fort Boyard… ça va me prendre un petit moment, l’émission étant là encore un cas d’école assez notable. Mais, déjà, force est de constater que cette augmentation de durée ne date vraiment pas d’hier.
Grâce aux précisions apportées par le site fan-fortboyard.fr, j’ai ainsi pu établir le graphique suivant, qui indique les durées d’épisode minimale, maximale et moyenne par saison :

À partir de là, on peut distinguer plusieurs périodes.
Pour commencer, la période 1990-1994 ; où on note une augmentation globale de la durée d’émission, devenant déjà plus marquée dès la saison 1991. En 1990, la durée moyenne était de 1h06 d’émission ; elle passe à 1h17 en 1991, puis à 1h24 en 1992 et 1h27 en 1993.
En revanche, le résultat en baisse de 1994 n’est pas très significatif, car la moyenne a été faussée par l’une des émissions qui était exceptionnellement plus courte (la raison étant le décès d’Armand Grüss, qui devait originellement y participer, et auquel une émission hommage a été consacrée, diffusée dans la foulée d’un FB raccourci à 1h11). Mais je pense que sans la prendre en compte, on devrait rester à peu près dans les mêmes eaux que 1993.

Ensuite, de 1995 à 2004, on oscille entre des moyennes de 1h35 et 1h43. À partir de 1995, c’est normal, car ça correspond à l’ajout d’une nouvelle partie de jeu (le Conseil) ; en revanche, on pourrait s’étonner que l’augmentation significative qui suive ne corresponde pas à la saison 2003 (qui correspondait pourtant au changement de formule majeur de la décennie), mais à la saison 2005. Qui correspondrait plutôt à… la récurrence du très décrié parcours de libération récurrent.
Et je ne serais clairement pas étonné que ce soit effectivement l’explication, puisqu’on a cette moyenne de 1h48 à 1h54 jusqu’en 2009 ; soit, saison 2009 exclue, toutes les saisons où on a dû se le coltiner. Pour 2009 cependant, ça s’explique par de nouvelles règles, dont l’épreuve collective en introduction, qui a d’ailleurs permis de meubler le démarrage du prime-time à 20h35 (vu que c’était l’année où la publicité avait disparu après 20h, comme dit plus haut).

FB - Épreuve collective de 2009
L’épreuve collective qui introduit les émissions de 2009 avait d’ailleurs de l’intérêt dans la mécanique globale ; mais son enjeu restait suffisamment « faible » pour qu’on puisse prendre l’émission en cours de route, sans avoir l’impression d’avoir raté quelque chose d’important.

Néanmoins, à partir de 2010, on est au contraire sur une tendance baissière ; puisque le programme revient à une moyenne de 1h40, qui restera à peu près dans les mêmes eaux jusqu’en 2013, en oscillant entre 1h36 et 1h50. Mais le cas de la saison 2012 (celle dont la moyenne est à 1h50) n’est là encore pas très significatif ; dans la mesure où cette saison a eu droit à trois émissions nocturnes hivernales, dont la durée variait de 1h48 à 2h, les épisodes estivaux étant plutôt dans une moyenne de 1h45.
Ce qui, à mon avis, doit s’expliquer par l’échec des primes-times à 20h35, et le réalignement du service public sur un démarrage plus tardif ; mais à une époque où les émissions pouvaient encore finir vers 23h (voire un peu avant) sans problème. En outre, je ne sais pas si ça a eu un impact sur la durée finale ; mais de 2010 à 2014, les rythmes de tournage étaient également très serrés, avec une émission et demie tournée par jour.

En revanche, en 2014, cette durée moyenne passe à 1h50 ; et, surtout, à partir de 2015, on passe le cap symbolique des 2h… et de loin, puisqu’on atteint désormais environ 2h10 de temps moyen d’émission ! Une moyenne autour de laquelle on restera depuis 2015, les émissions durant au minimum 2h, mais pouvant monter jusqu’à 2h24. Assez étonnamment d’ailleurs, c’est la saison covidée 2020 qui affiche la moyenne la plus haute (2h27 en moyenne), alors qu’elle avait pourtant commencé à réduire le contenu des émissions et était bien plus statique.
La hausse de temps d’émission depuis 2015 n’étant malheureusement pas surprenante, puisque c’est à partir de cette année-là que sont apparues de nouvelles parties de jeu, notamment la Cage ou la Salle des aventures, ainsi que la semi-récurrente Grande évasion.

Là où ça devient en revanche davantage surprenant, c’est qu’à partir de 2021, l’émission commence à renoncer à certaines parties de jeu « additonnelles », et à proposer globalement moins d’épreuves de façon générale ; et pourtant, on voit que ça n’a aucun impact sur la durée globale. On peut donc en déduire que l’émission s’en retrouve meublée avec du blabla, et autres remplissages qui n’apportent rien…

D’ailleurs, en dépit des nouveautés plus mécaniques apportées par la saison 2015, on ne peut malheureusement pas dire qu’elles justifiaient réellement cette nouvelle durée moyenne de 2h10. Certes, le programme s’enrichit en contenu ; en revanche, ce contenu n’avait rien de nécessaire, et répondait clairement à la demande du diffuseur de produire une émission plus longue. Pire que ça, il a également contribué à rendre l’émission plus ennuyeuse à regarder ; et, de fait, l’évolution de Fort Boyard depuis 2015 s’inscrit dans cette tendance que je déplore depuis le début.

Néanmoins, je tiens quand même à préciser que les rallongements peuvent être bénéfiques ; et on en a eu l’exemple en 1995 avec l’arrivée du Conseil, dont quasiment personne ne conteste la légitimité au sein de l’émission depuis le temps. Bref, ici, ça a réellement apporté quelque chose.

FB - Conseil 1995

Bon, assez parlé de Fort Boyard ; revenons aux jeux de plateau, pour citer quelques cas de figure où la comparaison ne souffre pas trop avec ce qui s’est fait auparavant.
Car certains diffuseurs ont su rester plus raisonnables ; et finalement, ce sont surtout les diffuseurs historiques qui ont tendance à abuser de la façon de rallonger leurs programmes.
Ainsi, on a certes eu un passage au prime-time pour les revivals de Burger Quiz sur TMC dans les années 2010, et du Bigdil sur RMC Story dans les années 2020 (alors qu’ils étaient diffusés en access lors de leur programmation d’origine), et ce avec des épisodes un peu plus longs qu’à l’époque ; néanmoins, leur rallongement n’a pas non plus été excessif, celui-ci étant de l’ordre de 10 à 20 minutes. Et à moins de s’enchaîner une version de l’époque avec une version plus récente, ça ne se remarque pas trop, ou du moins pas négativement (pour Burger Quiz, ça se traduit notamment par l’ajout de faux sponsors et des questions à la mise en scène plus élaborée, mais ça reste dans l’état d’esprit du programme donc ça passe).
Je pense que ce qui doit un peu aider dans ce cas de figure, c’est aussi le fait que les ambitions et les enjeux sont un peu moindres pour des chaînes comme TMC ou RMC Story, qui ne visent clairement pas des scores d’audience comparables à ceux de TF1 ou de France 2 ; et qui peuvent donc se permettre de ne pas tirer sur la corde de la même façon. En outre, pour la rentabilisation, ces chaînes assument également de davantage rediffuser ce qu’elles ont déjà tourné… ce qui peut avoir un côté un peu agaçant quand on n’est pas prévenu, certes.

Burger Quiz - Faux sponsor
Ces faux sponsors n’étaient pas présents dans les années 2000, et ont été rajoutés dans la version TMC de Burger Quiz, en partie pour pouvoir rallonger l’émission ; mais ils restent dans l’état d’esprit du jeu, donc ils passent.

Il nous reste encore à parler des nouveautés des années 2020 ne résultant pas d’imports de formats étrangers, et étant bel et bien des créations françaises.
À ce niveau-là, on peut en citer plusieurs, comme Le club des invincibles, Le dernier cercle, Qui restera dans la lumière ?, 10/10, combien tu te mets ?, Intuition ou encore Bataille Navale.

Mais finalement, à quelques exceptions près, on se rend compte qu’on en revient plus ou moins au même cas de figure que pour les concepts importés ; et qu’en fin de compte, certains de ces concepts auraient pu être un peu remaniés pour durer moitié moins longtemps. D’où ma remarque de tout à l’heure sur le fait que, même sans comparer les formats importés avec leur VO, j’aurais remarqué qu’ils restaient trop longs pour ce qu’ils étaient.
En fait, Le club des invincibles est totalement dans ce cas de figure ; puisque sa saison 2 avait la particularité de proposer des épisodes individuels d’environ 1h10, vs. environ 2h20 pour les saisons 1 et 3. Et, oui, c’est l’un des rares cas où le diffuseur (France 2, donc une « grande » chaîne comparée à TMC ou RMC Story) a assumé de diffuser deux épisodes « indépendants » les uns des autres à la suite pour remplir le créneau du prime-time (j’utilise des guillemets car il y a un système de cagnotte qui ne rend pas ces épisodes totalement indépendants les uns des autres, mais on peut les suivre séparément presque sans problème, un peu comme un jeu à champion plus classique)… mais bon, ça n’aura duré qu’une saison ; et dès la suivante, on sera revenu sur des émissions d’une durée incompressible de plus de 2h.

Mais là où je veux en venir, c’est qu’en dépit de concepts qui devraient pourtant être pensés pour remplir du prime-time de 2h à la française, on reste encore assez souvent sur une mentalité où on se dit qu’on pourrait les faire durer moins longtemps.
Les cas de figure les plus évidents étant Intuition, qui suit le même genre de formule que 100% logique ; et Bataille Navale, qui suit la même formule que la VF de The Wheel. Franchement, si ces formats venaient à être exportés outre-Manche, je ne serais pas étonné que les hypothétiques diffuseurs anglo-saxons arrivent à remanier les concepts de sorte qu’ils ne durent pas plus d’une heure chacun. Pour Intuition, il suffit juste de mettre moins de candidats, et de réduire la longueur des manches voire d’en supprimer (et de virer les people inutiles…) ; quant à Bataille Navale, enchaînez juste un duel avec une finale individuelle plutôt que de faire cette espèce de mini-tournoi entre quatre équipes, et on est bon.
Néanmoins, je ne serais pas étonné qu’à l’instar des formats importés, ces créations françaises aient d’abord été pensées pour ne durer qu’une heure, afin de pouvoir potentiellement les exporter à l’international plus facilement (quitte à les remanier un peu après) ; puis réadaptées au marché français pour meubler les 2 heures syndicales. En tout cas, ça expliquerait pourquoi je ne ressens finalement aucune différence entre les formats importés et exportés à ce niveau-là, car le sentiment de forçage pour remplir un créneau inadapté resterait le même.

On a toutefois quelques exceptions, où je trouve que la durée reste encore à peu près adaptée au concept, comme Qui restera dans la lumière ? ou 10/10, combien tu te mets ? (et vaguement Le dernier cercle) ; et où le rythme reste certes perfectible, mais où je n’ai pas non plus cette impression qu’on a étiré pour rien des concepts qui auraient mieux fonctionné sur une durée significativement plus courte.
Bref, quand on arrive à vraiment justifier la durée, on peut encore s’en sortir sans trop de dégâts.

Mais voilà : à nouveau, ce n’est pas une solution idéale ni adaptée à tout, car tous les concepts sont clairement loin d’être adaptés à ce genre de durée.

Intuition - Question (fourchette courte)
Ils se lèvent le plus tard possible, car ils ont dû se coucher plus tard à cause de votre tendance à faire se terminer les programmes trop tardivement, voilà !!!

Des formules davantage privilégiées… et un peu regrettables

Et enfin, quelques pensées vagabondes avant de conclure, au sujet de certaines autres tendances que ces programmes tendent à privilégier.

Avec, pour commencer, un certain essor des formules à la Que le meilleur gagne (qui a d’ailleurs lui aussi eu droit à un retour en prime-time en 2024, merci M6…) : où on fait jouer un grand nombre de candidats, de sorte qu’il n’en reste qu’un seul à la fin. Là encore, 100% logique est le premier exemple qui vient en tête ; mais on peut aussi citer Le dernier cercle, Intuition, The Floor, J’en connais un rayon ou Qui restera dans la lumière ?.
Pour le coup, je comprends pourquoi les producteurs et diffuseurs ont tendance à privilégier ce genre de format ; car en dépit de mon manque d’appétence pour cette formule, ça peut avoir un côté prestigieux, surtout quand on y met les formes, avec des enjeux alléchants à la clé (que les jeux de day-time ne peuvent désormais plus se permettre) pour bien souligner le mérite du candidat qui aura battu tous les autres.
Mais bon, au bout d’un moment, ça reste assez répétitif et monotone. Même si pour la plupart des jeux cités, je reconnais qu’ils ont quasiment tous leurs mérites dans leur façon de réinventer ce genre de formule ; toutefois, ça me renvoie la même impression que la mode des jeux à grands champions des années 2010, où en dépit de leurs mérites potentiels, ça devenait lassant de voir cet élément presque comme si ça devait désormais faire partie du cahier des charges des productions de cette décennie (surtout par rapport à certains aspects écervelés, comme le fait d’arriver comme une fleur en cours de partie…).

Après, ça ne veut évidemment pas dire que toutes les nouveautés de prime-time suivent ce modèle (tout comme les nouveaux jeux des années 2010 n’étaient pas tous des jeux à champion).
On retrouve encore des bons vieux concepts people-centrés comme 10/10, combien tu te mets ?, Qui sera le plus nul ? ou Le club des invincibles (saison 2 mise à part) ; on peut même dire qu’une tendance nouvelle s’est dégagée avec Le quiz des champions (même si on a déjà eu des jeux « All-stars » auparavant, comme un épisode du Grand concours spéciale vainqueurs de jeux TV ou une spéciale Qui veut gagner des millions similaire) ; et on a également des The Wheel ou Bataille navale qui font jouer un nombre de candidats restreint, comme des jeux d’access plus classiques. Pour lesquels ça ne fait d’ailleurs que renforcer le côté « pas sa place en prime-time de 2 heures » à mon goût, mais bon…

QRDLL - Plateau
Les fabricants de gradin doivent se frotter les mains durant cette décennie.

Et pour terminer, une autre tendance que je trouve un peu discutable ; concernant la façon d' »événementialiser » les programmes.
En effet, certains programmes ont droit à davantage d’épisodes que 2 à 5 par an ; et peut-être est-ce à cause de cela (ainsi que de leur éventuelle ancienneté) que les producteurs cherchent un autre moyen de « fidéliser » le public. Et pour ça, ils n’hésitent pas à faire des « spéciales », ou à chambouler la formule du programme de façon récurrente.
Dans cette catégorie, on peut notamment citer Fort Boyard de 2022 à 2024, avec les fameux « Atouts du Père Fouras » ; mais aussi la saison 2 du Bigdil sur RMC Story, où tous les épisodes sont des spéciales. Et cette tendance ne semble pas concerner que les formats unitaires, puisque Danse avec les stars et Star Academy s’y seraient également mis de leur côté (en revanche, ne me demandez pas plus de détails sur ces deux-là, ils sortent de mon rayon).

Bon, les émissions spéciales, que ce soit sur un plan thématique ou un plan mécanique, ça n’a rien de nouveau.
Thématiquement, pour citer quelques exemples, Questions pour un champion faisait des spéciales Francophonie et Grandes écoles (entre autres) ; La Cible aimait bien faire des spéciales de tout et n’importe quoi de temps à autre (speaker·ine·s, Moyen-Âge, frères-sœurs, belles-mères, célibataires/entremetteurs, catherinettes…) ; et, bien sûr, toutes les spéciales people qu’on peut retrouver dans beaucoup de jeux TV.
Et mécaniquement, je peux citer les variantes de N’oubliez pas les paroles centrées sur les grands maestros, ou encore de façon plus générale les formats dérivés pour les grands champions type Des chiffres et des lettres le championnat, Questions pour un super champion, Le grand Slam et j’en passe.

Bref. Ici, la particularité, c’est que le côté « spécial » est beaucoup plus récurrent, voire systématique ; à tel point qu’il en devient finalement la norme. Ce qui est idiot, d’une certaine manière ; car à force que tout soit spécial, plus rien ne l’est…
Néanmoins, la logique sous-jacente des producteurs, c’est que ça incite les spectateurs à regarder toutes les émissions, pour donner l’impression qu’ils rateraient quelque chose s’ils ne le faisaient pas.
En effet, un spectateur lambda peut se dire qu’en regardant trois ou quatre épisodes d’une saison de Fort Boyard, il aura fait le tour des nouveautés de la saison, et pourra se passer des autres épisodes ; tandis qu’avec un « atout du Père Fouras » différent par épisode, ça l’incitera à voir l’ensemble des épisodes, pour ne rien rater. Idem pour Le Bigdil, où les spéciales sont le plus souvent accompagnées de mini-jeux thématisés pour l’occasion, voire inédits et spécifiques à chaque épisode.

Bon, même si je vais encore passer pour le râleur de service, je reconnais que ce genre de stratégie a des bons côtés ; car, outre la fidélisation potentielle, ça incite aussi les producteurs à se montrer plus créatifs pour remplir chaque épisode. Néanmoins, c’est plutôt un compliment que je réserverai au Bigdil ; parce que vu les producteurs derrière Fort Boyard depuis les années 2010 qui m’ont habitué au hors-sujet et à l’affliction, il y a bien plus de chances que le résultat soit décevant qu’autre chose…
Et, sur le papier, c’est aussi censé diminuer la lassitude, en proposant quelque chose de nouveau à chaque épisode.

Mais finalement, j’y vois tout de même un peu plus d’inconvénients que d’avantages.
En fait, ce que je n’aime pas avec cette tendance, c’est qu’elle sous-entend que le programme de base ne serait pas assez efficace pour fonctionner « au naturel », avec juste sa structure de base, sans artifices, sans thématisation, ou sans particularités mécaniques. Et pour des programmes comme Fort Boyard ou Le Bigdil, je trouve ça assez insultant, alors qu’ils ont prouvé pendant des années que leur côté « formulaïque » n’empêchait pas le public de les adorer, bien au contraire. Pourquoi ce ne serait plus le cas pour le public des années 2020 ; surtout quand, à côté de ça, les jeux de day-time continuent à fonctionner sur un modèle où on n’a pas besoin de rendre chaque épisode spécial ?

Et surtout, à force de déployer des efforts de créativité pour rendre chaque émission spéciale, ça épuise d’autant plus rapidement les idées potentielles à mettre en œuvre pour renouveler les concepts ; voire force à privilégier la quantité à la qualité. À ce niveau-là, l’exemple de Fort Boyard me semble à nouveau particulièrement probant ; même si le programme n’a pas attendu l’arrivée des Atouts pour dériver de cette façon-là (vu que ça fait depuis les années 2010 que chaque saison introduit un nombre de nouveautés souvent conséquent, mais rarement très probant).

Cependant, j’ai l’impression que ce genre de stratégie montre déjà ses limites.
Bon, je ne me suis pas davantage intéressé à Danse avec les stars ou Star Academy pour voir si le public recevait bien cette nouvelle philosophie de production ; mais en ce qui concerne le Bigdil, je n’ai pas l’impression que la saison 2 fonctionne mieux que la première (le soufflé du retour du programme étant retombé depuis un moment) ; quant à Fort Boyard, après 3 ans d’atouts, le programme est revenu à une structure formulaïque plus classique pour sa saison 2025.

Bref, on constate finalement que rendre chaque épisode « spécial » n’est pas une recette magique qui permet automatiquement à un programme de reprendre des couleurs ; et à mon avis, c’est encore moins le cas sur la durée.


Conclusion

Pour l’heure, le bilan des jeux dans les années 2020 reste très contrasté. Bien qu’on sente que le genre du jeu TV ait toujours le vent en poupe, et que la créativité existe toujours ; on sent toutefois qu’il a dû s’adapter à de nouvelles tendances et stratégies de programmation… qui, dans l’ensemble, ne me convainquent vraiment pas, et ne me rendent pas optimiste pour la suite.

Alors, bon, dans un sens, j’aurais aussi pu voir ça positivement. En effet, je reconnais que toutes ces stratégies de programmation pourraient être adaptées à un public devenu plus occasionnel ; dont je fais d’ailleurs partie. Ça fait depuis plusieurs années au bas mot que je ne regarde plus de jeu TV de façon régulière, pour diverses raisons (passage à la vie active, jeux qui m’intéressent beaucoup moins…) ; et que lorsque je me remets devant ma TV, c’est surtout l’effet de découverte des nouveaux concepts qui me motive. Et dans ces circonstances, je reconnais qu’une programmation en prime-time par petites salves est plus appropriée qu’une diffusion quotidienne que je ne pourrais pas suivre assidûment (hebdomadaire, en revanche, pourquoi pas).
Mais je pourrais aussi prendre le problème à l’envers. Est-ce que je ne me suis pas également désintéressé d’un suivi assidu du média télévisuel, parce qu’il ne sait plus comment me fidéliser, comme il savait le faire à une époque ? D’une certaine façon, ce blog en est un peu la preuve ; puisque j’ai tiré une partie de ma motivation de la nostalgie du temps où je suivais avec plaisir ce que les diffuseurs pouvaient proposer, même quand ça ne fonctionnait pas niveau audiences. Bon, à présent que j’ai traité la grande majorité de ces jeux qui m’intéressaient, c’est désormais l’effet de découverte qui me motive ; comme quoi, la passion reste présente, malgré les temps qui changent et ma façon désormais différente de profiter d’un jeu.
Cela dit, même si mon suivi des nouveautés ne va désormais qu’assez rarement au-delà du stade de la découverte, ça ne veut pas dire pour autant que ce sera le cas quoi qu’il arrive. Je n’exclus pas de me retrouver à nouveau happé par un format qui me donnerait envie de le suivre régulièrement, quitte à bouleverser mes habitudes.
Mais en l’état, je n’ai malheureusement pas l’impression qu’on en prenne le chemin ; vu qu’au contraire, le PAF est plus que jamais gouverné par davantage de concurrence de tous côtés, ainsi que des motivations économiques, qui me semblent difficilement compatibles avec ce que j’en recherche. Et la programmation de formats étirés sur 2 heures en fait partie, dans la mesure où ma patience finirait par ne plus supporter les gâchis de potentiel sur le long terme (qui a d’ailleurs déjà commencé depuis un moment…).

Et à force de déployer ce genre de stratégies d’optimisation au détriment du confort du spectateur, il ne faut malheureusement pas s’étonner que certains voient la télévision comme un média en déclin, qui ne cherche plus à redevenir vraiment attractif, mais plutôt à tirer davantage profit du public qui continue à le suivre par habitude ou impossibilité de passer à autre chose.
On pourra certes toujours rétorquer que les diffuseurs ont des plateformes en ligne, pour profiter des programmes en s’affranchissant des contraintes du linéaire (lancer le visionnage à n’importe quelle heure, pouvoir l’interrompre pour le reprendre plus tard, accélérer les moments ennuyeux…) ; néanmoins, cette solution ne reste pas satisfaisante, vu que les programmes restent conçus à la base pour leur diffusion en linéaire, et ne sont pas repensés exprès pour le replay pour éviter les désagréments liés à leur conception de base. N’importe quel jeu des années 2020 étiré sur 2 heures durera toujours 2 heures en replay, avec les inconvénients que ça implique en termes de structure ; et puis bon, ce n’est pas au spectateur de faire le travail des producteurs et diffuseurs en gérant les temps morts à leur place.

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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