Voyons voir… quels diffuseurs français je n’avais pas encore coché sur mon bingo jusqu’à présent ?
TF1, France 2 et France 3, je pense qu’ils ont déjà assez accumulé comme ça… ensuite, on a eu Canal+, La Cinq, La Cinquième/France 5, M6, D8/C8, W9, TMC, NRJ12, France 4, et Gulli… je me suis même penché sur Twitch, ou sur des chaînes étrangères…
Après, oui, je ne peux pas “inventer” des diffuseurs de jeux TV parmi les chaînes existantes ou ayant existé, étant donné que ce sont eux qui décident de ce qu’ils vont programmer. Aussi, je ne vais évidemment pas demander à Arte, LCI ou L’Équipe de programmer un jeu, juste pour cocher une feuille de bingo, alors que ça jurerait avec leurs ambitions plus qu’autre chose.
En revanche, il y a encore une paire de chaînes sur laquelle je pourrais me pencher : RMC Découverte et RMC Story. À nouveau, le genre du jeu TV ne fait a priori pas partie de leurs ambitions (du moins, ne faisait pas, puisqu’ils ont relancé Le Bigdil depuis) ; et j’avoue que pour la critique d’aujourd’hui, j’ai peut-être un peu forcé le trait, car certains pourraient considérer qu’il ne s’agit pas vraiment d’un jeu TV, tant ses codes semblent dénoter avec le genre… mais bon, j’ai eu l’occasion de parler de Loups-garous, qui a lui aussi des codes cherchant à se distinguer du genre auquel on est habitué ; donc pourquoi pas.
Escape, 21 jours pour disparaître est une émission produite par EndemolShine (ce qui devrait me mettre sur mes gardes, vu le résultat que ça a tendance à donner, et pas qu’une fois… mais heureusement, cette fois-ci, c’est un concept que j’aime bien), qui a été lancée sur RMC Découverte en octobre 2018, pour la diffusion hebdomadaire d’une saison de 10 épisodes, à raison de 2 épisodes (de 70 minutes environ) par soirée. Oui, évidemment, c’était impensable d’avoir des primes se terminant à 22 heures, d’où les deux numéros d’affilée ; mais ça va, ça restait digeste, surtout comparé à ce à quoi les années 2020 nous ont habitué.
Puis le programme est revenu sur RMC Story l’année suivante, vers la même période, pour une saison 2 ; et… depuis, plus aucune nouvelle. Apparemment, le groupe NextRadioTV l’a rangé dans le même placard que celui où M6 a remisé Qui est la taupe ? et Destination X.
Cela dit… pas tout à fait. En fait, pour être complet, je devrais préciser qu’Escape est l’adaptation du format britannique Hunted (donc, oui, pour la VF, on a traduit un titre anglais par un autre titre en anglais, auquel on a ajouté un sous-titre… au moins, ils n’ont pas mis de “The” devant, c’est déjà ça…).
Format qui a été diffusé par Channel 4 depuis 2015, de façon un peu irrégulière ; mais qui a également connu un spin-off depuis 2017, nommé Celebrity Hunted. Et qui, comme son nom l’indique, fait jouer des célébrités à la place des candidats (la bonne vieille recette pour espérer faire plus de buzz…) ; avec des règles un peu remaniées en ce sens (notamment une durée de jeu plus courte).
Or, depuis 2021, Amazon Prime propose désormais une adaptation française de Celebrity Hunted (sous-titrée “Chasse à l’homme”, pour être plus précis), qui semble plutôt bien fonctionner vu qu’on en est à la saison 3 à l’heure qu’il est. Donc, quelque part, on peut dire que la continuité d’Escape a été plus ou moins assurée, même si Celebrity Hunted ne semble pas trop assumer le lien de parenté…
En revanche, ne comptez pas sur moi pour donner mon avis sur cette version dérivée. Pour les simples et bonnes raisons que, d’une part, je ne suis pas abonné à Amazon Prime (et que j’évite le plus possible d’avoir recours à Amazon tout court…) ; et que, d’autre part… des people ? Bêêêêêh.
D’ailleurs, d’après les avis que j’ai pu lire, cette version-là semble un peu moins intéressante, car a priori davantage scriptée. Et pas spécialement à cause des candidats, mais aussi des autres acteurs du jeu… donc je préfère me contenter de la version avec les anonymes ; et puis quand je vois certains noms au casting (surtout ceux de la saison 2), ça me dissuade encore plus de regarder…
Après, non pas que je cherche forcément à mettre la version RMC Découverte/Story sur un piédestal, par rapport à la version Amazon Prime ; car, même si c’est un format que j’ai beaucoup apprécié, je n’irai pas jusqu’à dire qu’il était parfait… en particulier à cause d’un certain problème de taille, dont je parlerai plus loin.
Mais pour le moment, lançons-nous dans la critique du jeu.
Le concept
Plusieurs candidats (répartis en binômes, sauf un candidat en solo à chaque saison) doivent vivre « sous les radars » pendant 21 jours, comme s’ils étaient des fugitifs, par tous les moyens (quitte à sillonner la France entière s’il le faut) ; et, s’ils parviennent à tenir cet objectif, ils doivent s’exfiltrer à l’issue de cette période pour gagner le jeu.
Par « vivre sous les radars », j’entends qu’ils ne doivent pas se faire attraper par un comité d’experts, qui a accès à différentes informations (vidéosurveillance, profil des candidats, leurs proches, etc.). Ce comité est divisé en deux parties : le QG, qui organise la réflexion ; et les agents de terrain, qui sillonnent la France à la recherche des candidats, sur les instructions du QG.
Le jeu est par ailleurs régi par quelques règles supplémentaires :
- Les candidats peuvent retirer de l’argent à des distributeurs, mais avec une limite de cash de 50 € tous les deux jours, sur un budget de 400 € maximum ;
- Les candidats peuvent aller où ils veulent, du moment qu’ils ne sortent pas de la France métropolitaine ;
- Les candidats en binôme peuvent se faire intercepter séparément ; autrement dit, si seulement l’un des deux se fait prendre, l’autre peut en revanche continuer l’aventure en solo.
Je précise également que le début de l’aventure pour tous les candidats est un peu décalé, certains étant fugitifs dès le départ, d’autres attendant l’épisode suivant pour se lancer.
Ce qui n’est pas très équitable… mais j’imagine que c’était pour éviter d’avoir un flot d’informations trop conséquent à digérer dès le premier épisode, aussi bien pour le QG que pour les spectateurs.

Et… ben, c’est à peu près tout. On pose les bases, on donne le top départ aux candidats pour démarrer leur cavale ; et ça se déroule, jusqu’à ce qu’ils se fassent intercepter ou qu’ils arrivent à s’exfiltrer lors du 21ème jour.
Pour tout le reste, on n’a aucune épreuve, on suit juste les candidats en train de « survivre ». L’exfiltration de la finale est la seule « épreuve » que l’on verra (et malheureusement, elle sera assez décevante… on en reparle).
Au départ, ça aurait pu me laisser penser que le programme n’aurait pas grand-chose à montrer, ou que j’allais vite m’ennuyer s’il n’y avait rien pour « ponctuer » cette aventure.
Mais en fait, non : j’ai trouvé le programme vraiment addictif ; à tel point que, suite à mon visionnage du premier épisode, j’étais vraiment impatient de savoir comment ça allait continuer. Comment les candidats allaient se débrouiller pour rester incognito, comment le QG allait réussir à les localiser…
Et ça tient à mon sens pour trois raisons.
Premièrement : le rythme. À quasiment aucun moment, je ne me suis ennuyé ; ce qui tient à la fois au fait que les épisodes sont relativement courts pour du jeu d’aventure (moins d’1h15, ça devenait de plus en plus rare fin des années 2010 !) ; et également au fait que le programme alterne habilement les suivis des différents binômes.
Ce qui confère d’ailleurs un côté très dépaysant, puisque ceux-ci parcourent la France entière, ce qui permet de ne pas rester figé au même endroit et de voir du pays.

Ce qui m’amène à mon deuxièmement : l’aventure humaine.
Le format autorisant les fugitifs à demander de l’aide auprès de tout individu, qu’il fasse partie de leurs proches ou qu’il leur soit inconnu, c’est fortement encouragé qu’ils le fassent (ce n’est cependant pas obligatoire, un candidat ayant réussi à s’en passer une bonne partie du temps ; au grand dam des enquêteurs qui auront eu beaucoup de mal à retrouver sa piste).
Et c’est quelque chose qui fait plaisir. C’est un peu comme lorsque les candidats de Pékin Express comptent sur les locaux pour les aider ; en moins stressant d’ailleurs, puisqu’il ne s’agit pas d’une course ici. Oui, autant les séquences chez l’habitant sont la plupart du temps très touchantes ; autant les séquences de stop, j’ai surtout en tête les candidats qui gueulent « Go ! Go ! Go ! » à leur chauffeur…
Et ça ajoute même une dimension de sympathie aux candidats, très reconnaissants envers l’aide qu’on leur apporte ; ce qui est assez ironique, alors qu’ils sont censés être fugitifs ! Heureusement que c’est un jeu ; parce que dans la vraie vie, ce serait plus contestable de soutenir des fugitifs que ceux qui mettent tout en œuvre pour les rattraper (enfin, ça dépend des charges qui sont retenues contre eux, certes… mais bon, ne nous lançons pas dans un débat philosophique sur la morale).
Et troisièmement : les différents intervenants actifs, sur lesquels on va s’attarder un peu plus.
Les intervenants
Dans ce programme, nous suivons à la fois les candidats (les fugitifs), ainsi que le QG dont le but est de les retrouver.
Au niveau des candidats, ceux-ci sont en binôme ; à l’exception d’un candidat qui fait cavalier seul, pour chaque saison.
Ceux-ci ont des profils assez variés, certains ayant a priori davantage de prédispositions (un détective privé, un survivaliste, des cascadeurs – pouvant donc filer plus facilement en cas de besoin) ; d’autres étant au contraire moins prédisposés (et se faisant généralement prendre assez vite) ; et d’autres étant… entre les deux.

Personnellement, hormis peut-être un ou deux binômes qui étaient un peu plus ennuyeux à suivre, j’ai beaucoup aimé ces castings. Les candidats étaient très attachants, certains avaient des stratégies très plaisantes pour tromper la vigilance du QG ; et même ceux qui se faisaient griller assez vite arrivaient à être assez drôles dans leur façon de se faire griller.
Bon, en seconde saison, on a eu un binôme de vidéastes (oui, je sais, on avait dit que les candidats étaient censés être anonymes… mais bon, c’est comme pour Loups-garous on va dire : tant que leur popularité reste restreinte, on peut les considérer comme tels) qui ne prenait pas trop le jeu au sérieux… c’était peut-être le binôme le plus borderline du lot, mais ça pouvait encore aller. Et puis bon, heureusement, il s’est fait éliminer sans trop attendre ; ce qui était finalement plutôt logique, au vu de leur attitude.
Quant au QG, celui-ci comporte à la fois des agents sur place, chargés de superviser et d’analyser les indices qu’ils ont à leur disposition (images de caméras de surveillance, transactions bancaires…) ; ainsi que des agents de terrain, qui vont enquêter sur place et intercepter les fugitifs.
Là encore, on a eu de très bons profils, qui ont su rendre cette traque vivante, et jouer leur rôle d’antagonistes à merveille.

Notons au passage que les candidats n’ont aucune interaction entre eux. En fait, ils ne se connaissent même pas ; et s’ils étaient amenés à interagir, ce serait vraiment par pure coïncidence… ou pour le dernier épisode (on y reviendra).
En revanche, ils vont potentiellement avoir un impact mutuel les uns sur les autres. En effet, les moyens du QG ne sont pas illimités ; aussi, au départ, les fugitifs sont un peu plus favorisés, dans la mesure où le QG ne pourra mobiliser qu’une poignée d’agents de terrain, et où ceux-ci peuvent potentiellement sillonner la France entière.
Mais au fur et à mesure que les fugitifs se déplacent, certains agents de terrain peuvent se retrouver plus idéalement placés pour intercepter d’autres fugitifs que ceux prévus ; et au fil des émissions, plus il y a de candidats éliminés, plus ça fait d’agents de terrain disponibles pour intercepter ceux qu’il reste.
Ce qui fait qu’assez indirectement, bien que les candidats ne se connaissent pas et n’interagissent pas, leurs chances de survie resteront plus fortes tant qu’ils seront plus nombreux. C’est assez ironique quand on y pense.
Bon, d’une certaine manière, on peut voir ça comme un problème ; dans la mesure où ça reste une performance collective plutôt involontaire.
En effet, chaque élimination de candidats simplifie dès lors la tâche pour le QG, qui aura donc plus de ressources à disposition pour intercepter les fugitifs restants… sauf que les fugitifs restants n’auront rien demandé, ni cherché à ce que ça arrive. Pas très juste donc.
Après, on peut aussi voir ça comme une progression « naturelle » de la difficulté. Ce qui est personnellement mon cas ; donc je ne tique pas trop là-dessus pour le moment (mais à nouveau, on reviendra sur le dernier épisode).
Jeu TV ou pas ?
Je vais me permettre un petit encart, pour développer un point que j’ai soulevé en introduction.
En effet, j’ai insinué qu’on pouvait considérer qu’Escape n’était pas forcément un jeu TV ou un jeu d’aventure à proprement parler. Pourquoi ? À mon sens, pour deux raisons.
La première raison, c’est que ce jeu n’a pas vraiment d’enjeu réel. Ce qui constitue d’ailleurs une différence avec la version originale britannique, où il y a potentiellement 100 000 £ à gagner ; mais en VF, à aucun moment on ne nous précise que les candidats ont quelque chose à gagner s’ils réussissent à survivre jusqu’au bout de la partie. Donc si ça se trouve, il y a peut-être un enjeu plus concret ; mais si c’est le cas, la VF ne semble mettre aucune emphase dessus. En outre, vu le budget de RMC Découverte/RMC Story, ça m’étonnerait beaucoup qu’il soit aussi élevé qu’en VO…
Cela dit, ça ne diminue en rien les enjeux du programme. Même sans enjeu matérialisable, j’ai trouvé que le programme restait prenant à suivre, et offrait son lot de moments intéressants et haletants ; et dans un sens, je me dis que l’absence d’enjeu réel est peut-être même plutôt un atout, compte tenu des accusations potentielles de trucage qu’il pourrait y avoir (bon, je n’ai pas souvenir que cette version-là en ait fait l’objet, certes).
La seconde raison, c’est que ce qu’on voit à l’écran ne reflète pas toujours la réalité, et que le jeu est assez monté et un peu scripté sur les bords ; notamment pour récupérer des images ou mettre en scène des situations qu’il n’était pas possible de montrer de façon naturelle. Un peu comme les reproches qui ont été adressés à la version people d’Amazon Prime.
Ce qui est d’ailleurs assez logique quand on y pense : vu la nature du programme, si on veut que les fugitifs restent les plus discrets possible, mieux vaut éviter de les voir en compagnie d’un cadreur attitré 22h/24 comme dans Pékin Express…
En outre, on imagine bien que comme tout ça ne reste qu’un jeu, on ne va pas donner accès au QG à toutes les informations possibles et imaginables comme le contenu réel des caméras de surveillance, comme si les candidats étaient des meurtriers ou des trafiquants de drogue. Les informations dont dispose le QG sont donc “reconstituées”, et mises en scène d’une façon qui paraîtrait naturelle.
Cependant, c’est un aspect qui est totalement assumé par l’émission, et sur lequel elle reste d’ailleurs assez transparente ; donc on ne peut pas dire qu’elle soit malhonnête là-dessus. D’ailleurs, l’absence d’enjeu permet également d’éviter des soupçons de trucage ou d’autres accusations de ce genre, et est donc plutôt à porter à porter au crédit de cette version française encore une fois.
Mais bon, au final, tout ce qui m’importe personnellement, c’est que l’illusion fonctionne bien. Après tout, j’aime beaucoup Fort Boyard (du moins jusqu’en 2009), alors que ça me semble évident que le jeu a besoin d’être truqué de temps à autre pour pouvoir tenir ses impératifs de formule : comme ne pas avoir une équipe qui survolerait tout le jeu, ou au contraire une équipe beaucoup trop à la ramasse qui ne survivrait pas à la première moitié de la partie… ou encore s’assurer qu’une partie intermédiaire soit jouée, ou que des people ne restent pas en prison jusqu’à la fin de l’émission (ce qui est déjà bien plus discutable). Mais je digresse.
Bref. À mon sens, l’important n’était pas forcément d’avoir un programme 100% naturel ; mais un programme qui arrive à rester crédible dans ce qu’il essaie de mettre en avant, pour que la suspension d’incrédulité puisse fonctionner. Et pour moi, Escape le réussit très bien.

Bref, jusqu’à présent, j’ai été très sincèrement conquis, aussi bien par le concept que par son exécution ; et les quelques défauts que je pouvais reprocher relevaient surtout du chipotage plus ou moins avancé. Quasiment tous les épisodes que j’ai pu regarder étaient très plaisants à suivre ; et j’avais tout aussi hâte de découvrir comment cette aventure allait se terminer, pour voir si nos fugitifs allaient réussir à s’exfiltrer.
Et… malheureusement, c’est à partir de là que c’est devenu beaucoup plus discutable.
Le dernier épisode…
Dans ce dernier épisode, l’objectif des candidats encore en lice est de s’exfiltrer, en rejoignant une base aérienne, où un avion (un hélicoptère en saison 2) les attend. C’est le même point de chute pour tous les candidats.
L’information sur la base aérienne est communiquée aux candidats à la dernière minute ; et ils doivent évidemment se débrouiller par leurs propres moyens pour la rejoindre, tout en passant au travers des mailles du filet formé par les enquêteurs de terrain.
Sachant que les membres du QG et les enquêteurs de terrain ne sont officiellement pas au courant de l’emplacement de la base aérienne ; mais qu’ils disposent toutefois de l’heure et du jour prévus pour le décollage, peu de temps avant qu’il ne soit prévu.
Et… le problème, c’est que même si on ne leur fournit pas toutes les informations, ils arrivent à les déduire par eux-mêmes depuis le QG ; donc autant dire qu’ils savent quoi faire… et que, par conséquent, ils n’ont plus qu’à envoyer tous les enquêteurs de terrain sur place, pour qu’ils puissent cueillir, pardon je voulais dire intercepter les fugitifs.
Et à partir de là… ça se transforme juste en exercice d’infiltration dans la base, avec les candidats qui doivent rejoindre l’avion/hélicoptère en évitant de se faire attraper par les (nombreux) enquêteurs qui les attendaient de pied ferme.

Celles données au QG sont beaucoup moins précises ; mais restent suffisantes pour qu’ils en déduisent là où doivent se rendre les candidats.
J’ai déjà eu l’occasion de dire, dans ma critique de Cash Island et mon classement des pires règles de Pékin Express, à quel point ça pouvait être frustrant de voir un format maintenir une qualité relativement plaisante quasiment tout du long de la saison ; pour qu’il se solde finalement par un épisode beaucoup plus décevant.
C’est malheureusement le cas pour Escape, dont je trouve la fin non seulement largement moins bonne que le reste du programme ; mais aussi vraiment foireuse, en partie dans son idée, mais surtout dans son exécution.
Bon, déjà, je tiens quand même à préciser que je comprends pourquoi partir sur une exfiltration des candidats pour terminer la saison.
En effet, on aurait pu terminer le programme plus simplement, en laissant gagner les fugitifs qui sont restés dans l’ombre jusqu’à l’issue du 21ème jour ; mais ça aurait fait une fin un peu plate, et ça n’aurait probablement pas donné un sentiment très conclusif à cette aventure. D’où une exfiltration, qui, thématiquement, restait intéressante dans l’idée, tout en étant plus visuelle.
En revanche, ce qui pêche le plus, ça reste les informations transmises au QG.
Autant dans le lore du programme, on peut s’imaginer pourquoi les fugitifs doivent rejoindre un certain point d’exfiltration à un moment précis, et pourquoi ils n’ont cette information que vers la fin ; autant pour le QG, ça donne vraiment l’impression qu’il fallait que la prod intervienne pour leur communiquer les détails. Ce qui casse un peu le côté immersif qu’on avait depuis le début du jeu, en donnant vraiment l’illusion d’un programme presque autogéré, où il n’y avait quasiment aucune intervention de la production (si ce n’est pour imposer deux ou trois règles comme le plafond monétaire à ne pas dépasser ou l’interdiction de quitter le territoire français).
Néanmoins, je comprends quand même vaguement pourquoi on a quand même tenu à donner certaines informations au QG à ce sujet. Parce que si on ne l’avait mis au courant de rien, ça n’aurait sans doute pas changé grand-chose par rapport à un épisode « classique » ; et que si un candidat avait réussi à rester hors des radars jusqu’alors, il n’allait pas pouvoir le retrouver par miracle pour ce dernier épisode.
De fait, avec ces informations, comme il suffit juste pour le QG de rapatrier ses agents de terrain vers le point d’exfiltration, ça casse vraiment tout l’intérêt de ce qu’on a pu voir pendant les 20 précédents jours. Voir des fugitifs qui arrivaient à se fondre quasi-totalement dans le décor, et que le QG arrive finalement à cueillir juste à cause d’informations totalement extérieures, et pas à cause d’une erreur qu’ils auraient faite, c’est particulièrement frustrant.
Car c’est bien là le problème : les fugitifs ne font quasiment que subir une phase de jeu très mal calibrée, et exagérément en faveur du QG. Sincèrement, durant cette phase, c’est la production elle-même qui les livre en pâture ; et à ce stade, à part courir vite jusqu’à l’avion ou l’hélico, tous leurs talents d’infiltration ne servent plus à rien.
Et la mobilisation de toutes les ressources du QG n’arrange rien. Certes, je disais plus haut que je ne voyais pas forcément comme un problème la diminution des fugitifs en cavale tandis que les agents de terrain restaient à nombre égal ; en revanche, là, ça devient carrément exagéré, vu qu’il ne reste généralement à ce stade de la partie que trois ou quatre candidats… donc franchement, c’est presque trop facile pour le QG de gagner, là.

Mais le pire, c’est que je n’ai même pas encore fini avec ça !
En fait, ce que je vais dire paraîtra assez paradoxal ; mais, quitte à vraiment vouloir partir sur cette fin-là (qui serait toujours restée foireuse de mon point de vue, pour les raisons que j’ai pu énumérer), je trouve que la prod aurait même dû y aller plus franco, en donnant directement toutes les informations au QG, plutôt que quelques informations sélectives qui leur permettent de déduire où ils devront se rendre.
Bon, ça, c’est un peu la faute du montage, certes. En effet, je reprécise bien que le QG n’est censé disposer que d’informations relativement vagues au sujet du lieu et de l’heure ; et que s’ils trouvent précisément où aller et quand, c’est parce qu’ils ont fait des recherches complémentaires. Sur lesquelles le montage ne fait quasiment aucune emphase, donnant l’impression que c’est une simple formalité pour eux, alors qu’il a en réalité fourni tous ses efforts hors champ.
Néanmoins, ça me renvoie finalement l’impression qu’on a finalement communiqué soit trop d’informations au QG, soit pas assez. Malgré l’effort qu’il doit fournir, le résultat reste finalement le même que si on leur avait directement dit. Et à nouveau, les fugitifs n’y sont pour rien.
Et je précise malheureusement que les deux saisons ont exactement le même problème. Ça m’avait déjà agacé de le constater en saison 1 ; mais ça m’a encore plus énervé de constater que la saison 2 n’avait même pas cherché à corriger un tant soit peu ce qui n’allait pas, même pour les détails les moins signifiants.
Alors qu’on aurait pu, par exemple, donner des points d’exfiltration différents selon les fugitifs (ou leur laisser le choix), histoire de ne pas concentrer tous les agents de terrain du QG au même endroit ; ou donner des informations moins précises au QG, de sorte qu’il n’en déduise pas aussi « facilement » où il doit aller… bref, les idées ne manquaient pas.
Cependant, pour relativiser un peu, je pourrais dire que c’est là que l’absence de véritable enjeu constitue finalement un avantage pour le programme.
Après tout, officiellement, les candidats n’avaient à y gagner qu’un baptême de planeur ou d’hélicoptère ; aussi, je peux toujours me dire que ceux qui ont réussi à résister jusqu’à l’arrivée sur le point d’exfiltration sont des gagnants à titre honorifique, pour faire fi de cette conclusion limite hors sujet.
Ce qui est finalement beaucoup plus simple pour un programme dépourvu d’enjeu monétaire comme Escape, que pour des jeux comme Cash Island ou Pékin Express, dont les finales n’en sont rendues que plus frustrantes.
Total : 14,5/20
À nouveau, ça m’ennuie de conclure ma critique d’Escape, 21 jours pour disparaître par une diatribe sur la conclusion ratée d’un format que j’ai sincèrement apprécié par ailleurs… toutefois, même s’il est loin de terminer sur la meilleure note, j’aimerais quand même rester majoritairement positif.
En effet, outre l’absence d’enjeu concret qui tourne en sa faveur, j’ai également trouvé que celui-ci était un quasi sans-faute sur le reste de ce qu’il avait à proposer à chaque fois : concept original, gestion du rythme, montage, casting, sentiment de dépaysement digne d’un bon jeu d’aventure… ça fait quand même 90% du programme de sincèrement plaisant à suivre !
Et, finalement, ce que j’aimerais retenir d’Escape, c’est la découverte d’un petit ovni télévisuel qui m’a sincèrement happé, et qui montre qu’on pouvait encore faire des jeux d’aventure originaux, même sans avoir de grandes ambitions ou un budget élevé. Et j’aurais adoré pouvoir revivre ma découverte du programme, qui a été l’une des plus agrippantes que j’ai eues pour un jeu d’aventure lancé ces dernières années.
Et après avoir parlé de candidats qui disparaissent ; la prochaine fois, c’est d’une chaîne qui a disparu dont on parlera…
Note de l’auteur : désolé pour la relative pauvreté des captures d’écran pour illustrer cet article…
J’avais rédigé le texte depuis un bon moment, mais j’ai attendu le dernier moment pour prendre des captures ; et entre temps, les émissions qui étaient disponibles en ligne (légalement) ont été retirées. Par conséquent, hormis quelques captures que j’avais déjà en ma possession, j’ai dû me contenter de bandes-annonces.
En outre, j’étais également embêté au vu de la nature même du programme, qui n’était pas forcément le plus évident ou intéressant à illustrer de cette manière…
