Bien que Les Traîtres soit une adaptation spirituelle du concept des Loups-garous de Thiercelieux, l’émission ne pouvait cependant pas se permettre de prendre directement cette identité-là. En effet, les créateurs du jeu sont très à cheval sur l’utilisation de leur licence ; si bien que certains vidéastes qui montraient des parties de Loups-garous ont dû se résoudre à ne pas mentionner le jeu directement, et à le mettre en scène de façon détournée.
En revanche, en 2024, deux œuvres ont eu le privilège de pouvoir utiliser la licence “Loups-garous” : un film Netflix (qui n’a pas été particulièrement bien reçu, comme quoi la licence ne fait pas tout…) ; et une adaptation en jeu TV, qui, elle, a bénéficié d’un accueil critique bien plus chaleureux ; même s’il m’a donné l’impression d’être très tranché, avec une grande partie du public qui a adoré, mais une plus petite partie qui a détesté, avec très peu d’entre-deux.
Ainsi, le nom Loups-garous désigne à présent le jeu diffusé sur Canal+, dont l’adaptation a été faite par Panayotis Pascot et Fary, et qui a été lancée le 11 octobre 2024… exceptionnellement en clair, pour les deux premiers épisodes. Je ne sais pas si ça aura boosté les abonnements à Canal, mais au moins ça aura permis de faire découvrir plus largement cette adaptation. Y compris pour moi, qui n’étais pas abonné à Canal à ce moment-là.
D’autant plus que, sur le papier, je trouvais ça plutôt intéressant. Car je rappelle que, même si j’ai apprécié la saison 1 des Traîtres, j’ai trouvé qu’elle pâtissait un peu trop des travers habituels que je peux avoir avec les jeux d’aventure, et qu’elle restait très largement perfectible. Et puis un casting avec des candidats anonymes au lieu de people ? Si vous me prenez par les sentiments !
Mais en pratique… ben, j’ai détesté ; à tel point d’ailleurs que j’ai eu du mal à comprendre l’engouement autour du programme, et que je le trouve même assez surestimé. Hey, ça vous manquait, une critique où je m’oppose à l’avis général ? Moi aussi, ça tombe bien !
Dès le premier épisode, je me suis dit que quelque chose n’allait pas du tout ; et j’avais du mal à voir comment ça pouvait s’améliorer dans les épisodes suivants. Je leur ai quand même laissé une chance, en essayant de me concentrer davantage sur le positif et la nouveauté ; et même si ça a un peu fonctionné, la légère satisfaction que j’avais pu finir par éprouver n’aura pas duré. Bref, pour résumer : mon appréciation du programme a démarré de façon catastrophique lors de l’épisode 1 ; puis s’est un peu améliorée à partir de l’épisode 2, en se stabilisant sur du passable jusqu’à l’épisode 6 ; avant de rechuter violemment à partir de l’épisode 7, et de finir sur un sentiment de désintérêt assez prononcé envers l’épisode final.
Cela dit, avant de parler du jeu de façon plus thématique et structurée, on va quand même démarrer cette critique par ce fameux épisode de départ, pour que vous puissiez comprendre pourquoi la mayonnaise a eu autant de mal à prendre chez moi.
Le premier épisode

On commence par une introduction, où on voit une partie du jeu de société Loups-garous, avec Panayotis Pascot et Fary qui semblent blasés par celle-ci, déplorant le fait qu’ils jouent avec des gens qui ne sont pas très doués, ce qui les ennuie quelque peu.
Vient alors l’idée de leur part de développer ce qui, selon eux, pourrait être “La meilleure partie de Loups-garous de tous les temps” : et on les voit alors imaginer un jeu grandeur nature, avec un village en pleine forêt, et des candidats castés spécialement selon leurs profils pour promettre des rebondissements et des développements intéressants.
Par la suite, on nous montre… pas mal de choses. Les arrivées des candidats dans le village, les premiers contacts entre eux, les interrogatoires préalables qu’il y a eus entre eux et le duo de concepteurs, la découverte de leurs rôles (mais seulement pour eux… on y reviendra) ; le tout, d’une façon plutôt décousue. Mouais, j’ai eu l’impression qu’on passait sans arrêt du coq à l’âne sans raison particulière.
Bref, une fois tout ce petit monde arrivé, ils découvrent chacun leur tour le rôle qui leur a été attribué. Et, chacun leur tour, ils disent “Je suis villageois”. Une mise en scène qui me rappelle l’introduction de Qui est le bluffeur, où chaque candidat ouvrait son pupitre pour découvrir s’il était bluffeur ou non, avant d’annoncer fièrement “Je ne suis pas le bluffeur”. Mais au moins, dans ce jeu-là, c’était plus rapide et plus fluide. Oui, je sais, l’intérêt de cette mise en scène est surtout que chacun puisse scruter la réaction de celui qui annonce être un villageois… mais ça n’empêche pas la scène d’être un peu longuette quand même, et de ne pas avoir d’enjeu directement visible pour le spectateur. Spectateur qui n’est pour l’instant mis au courant d’aucun des rôles, ce qui semble cependant voulu.
Pour ça, il va falloir attendre… une demi-heure d’épisode, avant qu’on ne nous dévoile l’identité de l’un des loups-garous, ainsi que l’existence du rôle de la Petite fille. Oui, seulement son existence ; pour savoir qui c’est, en revanche, il va falloir enchaîner avec l’épisode 2.
Puis… l’épisode se termine là-dessus.

Je crois sincèrement que c’est la pire première approche d’un format d’aventure feuilletonnant que je n’aie jamais vue.
Bon, soyons honnêtes : le premier épisode d’une saison d’un format feuilletonnant a toujours la tâche un peu ingrate de devoir présenter le concept et les intervenants ; quitte à être forcément moins palpitant que les suivants, car on n’a pas encore eu le temps de s’attacher au casting, et qu’on n’a pas encore les codes du jeu à ce moment-là, donc qu’on ne sait pas si les épisodes suivants seront du même acabit.
C’était d’ailleurs le cas pour le premier épisode des Traîtres saison 1, qui était pour moi le seul où je me suis un peu ennuyé (j’insiste sur le « un peu », parce que ça n’a duré que 20 minutes ; mais une fois celles-ci passées, ça allait comme sur des roulettes).
Mais là, le gros problème, c’est surtout que je n’ai pas du tout compris où cet épisode voulait en venir, ni en quoi il était supposé me faire accrocher au concept.
Pour commencer, j’ai l’impression qu’il était destiné à un public qui connaissait déjà le jeu de société ; et que, par conséquent, il n’a pas forcément jugé utile de rappeler les règles dans le détail, ou du moins d’une façon plus académique. Il en a donc profité pour valoriser ce qui allait le différencier d’une partie classique, comme le décor, ou bien le casting. Admettons.
Mais même à ce niveau-là, je reste sur ma faim. Les portraits sont distillés un peu aléatoirement, avec l’un des candidats davantage valorisé ; et, surtout, ça aurait aidé qu’il y ait de l’“action” entre chaque pour m’aider à rester happé, et à commencer à m’attacher aux candidats que je découvre.
En fait, pour faire simple, essayez d’imaginer un premier épisode de Koh-Lanta où on fait juste connaissance avec les candidats et où on les voit juste découvrir leurs camps, sans épreuve ou sans élimination. Même en le faisant durer moins longtemps, ce serait plutôt ennuyeux, n’est-ce pas ?
Ben c’est exactement le ressenti que j’ai eu au visionnage de ce premier épisode de Loups-garous.
Concrètement, tout ce que j’ai retenu niveau ““action””, c’est le fait qu’on nous a révélé un rôle et demi à 3 minutes de la fin. Non, désolé, je ne considère pas la séquence de découverte des rôles par les candidats comme de l’action satisfaisante. Certes, elle est censée avoir un but pour les candidats ; mais en tant que spectateur, je vois juste des candidats répéter “Je suis villageois”, et je n’en tire aucune information. Et à moins d’être mentaliste, comportementaliste ou joueur de poker professionnel, j’ai du mal à voir comment on peut y trouver de l’intérêt plus poussé.

Et le montage n’arrange rien…
Bon, heureusement, les épisodes suivants ne feront pas pire que ça (du moins jusqu’à l’épisode 7…) ; mais, à nouveau, avoir ça en première impression, ça laissait craindre le pire pour la suite.
Alors, certes, il fallait que je mette de côté mon habitude des jeux d’aventure plus classiques, car Loups-garous a une approche différente, davantage orientée “série”. Mais ce n’est pas le problème. Le problème, ici, c’est surtout que j’ai eu l’impression que le montage était inutilement déstructuré, en alternant aléatoirement des entrées au village, des moments “confessionnal”, des interrogatoires avec Panayotis et Fary, et la distribution des rôles. Ce côté déstructuré ne m’a absolument pas aidé à me faire accrocher ni à me faire intéresser à ce que je voyais.
Et pourtant, ce premier épisode n’a duré que 35 minutes environ ! Alors que j’aurais pourtant dû considérer cette durée plus courte qu’un épisode de jeu d’aventure lambda comme un avantage, c’est presque prodigieux que j’arrive quand même à m’ennuyer en aussi peu de temps !
Surtout, je rappelle qu’on a eu droit à une introduction où les concepteurs du jeu parlaient de faire “la meilleure partie de Loups-garous de tous les temps” ; donc c’est aussi leur faute s’ils m’ont fait revoir mes attentes à la hausse. Parce qu’il ne suffit pas de le dire et d’être pavé de bonnes intentions, il faut aussi me le montrer.
Bon, après, la bonne nouvelle, c’est que les épisodes suivants auront davantage d’intérêt… même si ça restait assez variable, pour des raisons structurelles un peu étranges (on en reparlera). En tout cas, le montage deviendra moins déstructuré, et il se passera un peu plus de choses.
En revanche, ils ne seront malheureusement pas dépourvus de ce qui m’aura très majoritairement fait soupirer (pour ne pas dire autre chose) pendant la quasi-totalité de mon visionnage…
L’“animation” et la narration…
Alors, avant de me défouler à ce sujet, je vais quand même commencer par du positif.
Déjà, si j’emploie le terme “animation” avec des guillemets ; c’est parce qu’en réalité, ce jeu n’a pas vraiment d’animateur.
En fait, par le terme “animation”, je désigne Panayotis Pascot et Fary (à qui l’on doit, pour rappel, l’idée d’adaptation du concept au format TV) ; mais les seules interactions directes qu’ils ont avec les candidats, c’est lors des interrogatoires de la phase de casting (qui a donc eu lieu avant la partie). En revanche, pendant la partie, même si on les voit de temps à autre, ils n’interagissent pas avec les joueurs.
Quant au spectateur, on le laisse avec une voix-off, interprétée par le vidéaste Mister V ; et son but est de présenter la situation, les règles des épreuves, etc.
Bref. Pourquoi, pour l’instant, j’ai dit que c’était du positif ?
Eh bien, parce que le fait de voir les candidats en autogestion, ça a un côté assez rafraîchissant et plutôt original ; et, de tête, je serais incapable de citer un autre jeu d’aventure qui se soit passé d’animateur. À part peut-être The Island et Escape, 21 jours pour disparaître ; et encore, à condition de les considérer comme des jeux d’aventure, ce qui est discutable.
Et j’irais même jusqu’à dire que ça permet de renforcer l’ambiance d’isolement recherchée (dont on reparlera avec la mise en scène).
En revanche, quel dommage qu’en dépit de cette mise en retrait des “animateurs” et de la narration par voix-off, ceux-ci arrivent quand même à être aussi pénibles…
Concernant Panayotis Pascot et Fary : ben, déjà, comme je le disais, le format ne nécessitait pas d’animateurs ; donc l’intérêt de leur présence en dehors des interrogatoires est très discutable. Au mieux, on peut voir leurs interventions comme des saynètes qui permettent au jeu de respirer un peu (en considérant qu’il en ait besoin, étant donné que les épisodes ne durent qu’entre 35 et 45 minutes…) ; au pire, comme une façon de s’incruster, histoire de rappeler que c’est à eux qu’on doit l’adaptation du format et qu’ils en sont fiers… les premières minutes du premier épisode allaient d’ailleurs dans ce sens-là.
En outre, c’est une histoire de goûts et de couleurs ; mais à aucun moment, leurs interventions ne m’ont fait ne serait-ce que sourire…

Et la voix-off de Mister V ne fait malheureusement pas mieux ; à tel point que je la mettrais facilement dans mon top 5 des pires voix-off/voix-in de jeux TV (aux côtés de Clic du Kouij et de la tentative de voix-off de la version Combal d’Une famille en or).
Bon, niveau utilité, elle reste davantage justifiée, certes. Autant je trouve que se passer d’animateurs en interaction avec les candidats est déjà un parti pris plutôt audacieux, autant ça aurait peut-être été un peu trop déconcertant de ne voir et entendre que les candidats tout au long de la partie. Quoique, j’aurais été curieux de voir ça…
Alors, je précise que je n’ai aucun a priori contre Mister V ; et qu’en dehors d’un épisode de Fort Boyard où il était candidat, je ne connais rien à son sujet. Je partais donc en terrain totalement inconnu avant de me lancer dans le visionnage. Mais, très sincèrement, ce n’est certainement pas sa prestation dans Loups-garous qui va me donner envie de m’intéresser à ce qu’il fait…
Désolé pour les fans, mais j’ai trouvé que cette voix-off n’était ni faite, ni à faire. Tout comme Panayotis Pascot et Fary, à quasiment aucun moment ses tentatives d’humour ne m’ont fait ne serait-ce que sourire ; que ce soient ses variations de voix, ses blagues, ou sa façon de paraphraser les choses. Pire que ça, par moments, j’ai même eu l’impression (très personnelle j’en conviens) qu’on me prenait pour un imbécile…
Je ne pensais pas revoir la performance d’Éric Antoine dans Les Traîtres à la hausse ; mais en ce qui le concerne, même si son extravagance tend à m’agacer, au moins je ne me sens pas pris pour moins que je ne suis quand il commente le jeu…
Bon, je n’irais pas non plus jusqu’à dire que tout était à jeter dans leurs prestations ; et je reconnais que si j’avais été pris dans le délire, il y a quand même une poignée de remarques et de jeux sur le montage qui m’auraient fait rire. Mais comme c’est soit noyé dans un tas de réflexions ou de gags qui m’ont ennuyé, soit arrivé à un stade où j’étais déjà blasé… difficile pour ces moments de véritablement tirer ces aspects-là vers le haut en ce qui me concerne.

Après, je suis conscient que beaucoup de monde ne sera pas d’accord avec moi sur ce que je viens de dire.
En effet, je pense que certains rétorqueront que, même si je ne l’aime pas, c’est bien d’essayer de donner davantage de personnalité à la voix-off, pour la rendre plus mémorable. Ce à quoi je répondrai que je suis d’accord sur le principe, mais pas spécialement sur l’exécution. Par exemple, prenez la voix-off de la saison 2 de Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! qui était assurée par Jean-Claude Donda : de par le talent du comédien, elle était identifiable et avait une certaine personnalité, sans avoir besoin de faire des blagues pas drôles.
Ensuite : que je ne suis probablement pas la cible de ce genre d’humour (je sais, je suis vieux… à 33 ans) ; et là, vous avez sans doute raison. D’ailleurs, si vous appréciez l’humour de Mister V, tant mieux pour vous. À nouveau, mon but n’est pas de juger le personnage, mais juste de dire ce que j’ai pensé de sa prestation dans ce contexte-là en particulier.
Mais je trouve dommage de vouloir cibler explicitement une certaine catégorie de public, au point que mon appréciation du jeu puisse en pâtir ; alors que le concept semble davantage universel. C’est un peu comme Fort Boyard durant la décennie 2010 (en moins pire, j’avoue…) : alors que la base de jeu reste intemporelle et appréciable à tout âge, le fait de vouloir renforcer l’attention d’un public “jeune” en particulier de façon très écervelée (avec des moments “tarte à la crème” réguliers ou un montage beaucoup trop haché et coupé, entre autres) ne me caresse pas du tout dans le sens du poil…
Enfin, là où j’émets de très fortes réserves, c’est que cette voix-off fait limite diversion par rapport au concept du jeu.
Justement, en termes de mise en scène, j’aurais vraiment aimé pouvoir me concentrer sur la partie en cours ; et, quitte à avoir une voix-off, j’aurais préféré qu’elle reste davantage fonctionnelle.
Or, ici, j’ai vraiment l’impression de devoir faire un effort continuel pour être pris par le fond, et de devoir prendre sur moi à chaque fois qu’on tente de faire une blague. Très sincèrement, je me suis senti beaucoup moins investi dans les enjeux du programme en grande partie à cause de ça.
Mais bon, même si j’ai trouvé la forme vraiment ratée dans l’ensemble, je vais tout de même essayer de me concentrer sur ce que le fond a à proposer.

La mécanique
Dans le fond, ce jeu correspond à peu près à ce à quoi je m’attendais pour une adaptation télévisuelle des Loups-garous de Thiercelieux ; d’autant plus après avoir vu Les Traîtres, dont la structure est à peu près la même.
On a donc, pour commencer, l’attribution des rôles effectuée dans le premier épisode (dont j‘ai déjà eu l’occasion de me plaindre, mais on en reparlera un peu plus loin) ; puis une alternance entre phases nocturnes (où les Traîtres Loups-garous se concertent pour éliminer un Loyal Villageois) et Conseils du village, où les candidats votent pour celui qu’ils veulent voir éliminé, en espérant qu’il s’agisse d’un Loup-garou.
Et, adaptation télévisuelle oblige, des épreuves, appelées “Quêtes” (ou plutôt : “QUÊÊÊÊÊTE !!!”… vous ai-je déjà dit à quel point je n’aimais pas la narration du jeu ?), avec des enjeux supplémentaires.
Je vais cependant m’attarder un peu plus sur ces dernières.
À l’instar de Qui est la taupe ?, ce sont des épreuves collectives, dont la réussite dépend du bon vouloir et des capacités de chaque candidat. Les Loups-garous peuvent donc tenter de les saboter, au risque que les Villageois pensent qu’ils l’ont fait exprès.
En revanche, l’enjeu de ces quêtes n’est pas monétaire, puisqu’il s’agit d’événements relatifs au déroulement de la partie.
Ainsi, si la quête est réussie, les villageois auront l’occasion de gagner un rôle censé les avantager ; mais si elle est ratée, un événement en faveur des Loups-garous aura lieu.
En outre, les quêtes peuvent également avoir des enjeux plus secondaires (comme les jokers et immunités dans QELT), comme des décisions impactant le prochain Conseil : en interdisant à un candidat de voter, en interdisant à un candidat de s’exprimer durant la séance, en donnant une double voix à un autre candidat, ou en… forçant un candidat à prendre un accent marseillais pendant le Conseil à chacune de ses prises de parole (merci de me faire penser au même genre de gimmick stupide auquel Pékin Express aime recourir de temps en temps…).


Concernant les épreuves elles-mêmes… globalement, je n’ai pas été particulièrement emballé par celles-ci.
Déjà, le fait est qu’elles sont de toute façon très peu nombreuses, puisqu’elles n’interviennent que dans un épisode sur deux, entre une concertation de Loups-garous et un Conseil. Mais, globalement, en dehors de leurs enjeux, elles restent assez oubliables ; et même un peu disparates.
Ainsi, la première épreuve était uniquement verbale ; la seconde conciliait des dilemmes et des actions physiques ; la troisième était une épreuve de saut à l’élastique avec des candidats sélectionnés par les Loups-garous et le reste de l’équipe qui a dû miser sur le nombre de candidats qui ont sauté (concept déjà vu dans QELT au passage, à quelques différences près) ; et une épreuve… on en reparle un peu plus loin, car elle est gratinée celle-là.
Bref. Pour en revenir à la diversité des épreuves ; pour moi, ce n’était pas un atout. Certes, j’ai dit au sujet de QELT que j’avais beaucoup apprécié la diversité des épreuves présentes ; mais avec 3 épreuves par épisode, c’était plus approprié. Alors qu’ici, au contraire, vu le peu d’épreuves présentes (une tous les deux épisodes), ça aurait été à mon sens plus intéressant de se focaliser sur des qualités précises, plutôt que de se disperser. J’ai d’ailleurs un ou deux jeux en tête qui ont pris ce parti-là, et dont on parlera les prochaines fois.
L’autre aspect qui ne m’a pas aidé à accrocher aux épreuves, et qui est plus symptomatique du problème de fond que j’ai avec cette émission, c’est le montage ; même si je reconnais que toutes les épreuves n’ont pas été logées à la même enseigne. Au moins, les deux premières épreuves restaient suivables et un peu prenantes.
La troisième épreuve (le saut à l’élastique), en revanche, m’est passée par-dessus l’épaule. En fait, le montage a tellement peu mis l’emphase sur les appréhensions des candidats ou le côté stratégique de l’épreuve, que je n’en avais limite rien à faire. Mince, même le moment où les candidats sautent, c’est limite si on ne le rate pas si on a cligné des yeux à ce moment-là… c’est stupide d’avoir une épreuve jugée impressionnante si c’est pour la traiter comme une micro-formalité au montage !

Quant à la quatrième épreuve… j’ai eu l’impression de revoir le premier épisode (rien que ça…), tellement le côté déstructuré n’a jamais été aussi présent qu’ici.
Bon, conceptuellement, déjà, ça avait l’air assez naze, avec un mix entre le concept de Mot de passe et une attaque de chiens à laquelle deux candidats devaient résister ; et encore, je vous dis ça, mais je n’ai pas du tout réussi à comprendre clairement et précisément quel était le concept. À nouveau : un grand merci au montage, qui n’aide clairement pas !
Car la prod a eu l’idée assez saugrenue de commencer à montrer l’épreuve par sa fin, avec les candidats qui se font attaquer par les chiens (et les montrant en train de perdre – désolé du spoiler, mais vu la mise en scène totalement foireuse, j’ai l’impression que c’est ce que l’émission voulait de toute façon…) ; et puis, ensuite, de montrer le reste de l’épreuve éparpillé par petits bouts façon puzzle entre quelques magnétos… et encore, un puzzle auquel il manque plusieurs pièces.
Ah, et vous voulez savoir le pire avec cette quatrième épreuve ? C’est que non seulement elle me rappelle l’une des épreuves de Fort Boyard, et plus précisément des mauvaises saisons de Fort Boyard (puisqu’elle date de 2024) ; mais que même Fort Boyard, en dépit de son inaptitude chronique à faire de la mise en scène correcte, a réussi à faire mieux avec ce concept d’attaque de chien ! Car même si l’épreuve n’a absolument rien à y faire, au moins on en comprend le principe ! VOUS VENEZ DE ME FAIRE DIRE DU BIEN DE LA PIRE PÉRIODE DE FORT BOYARD ! HONTE SUR VOUS !!!


Cependant, même si j’ai été légèrement plus convaincu par QELT à ce sujet, ça reste tout de même beaucoup plus intéressant qu’un jeu comme Les Traîtres, puisqu’on reste vraiment dans le cœur de la mécanique, i.e. les rôles des candidats et ce qui peut impacter leur parcours. Là où Les Traîtres essayait d’entrelacer très maladroitement les enjeux monétaires et les enjeux d’immunité.
Et j’irais même jusqu’à dire que c’est sans doute ce qui justifie le mieux cette adaptation télévisuelle du concept, et qui lui apporte une certaine plus-value en matière de règles. Car non seulement le côté collectif est mis en avant (avec ce que ça implique concernant les différents rôles) ; mais, de plus, ça permet de créer du rebondissement d’une façon assez naturelle, sans donner l’impression que les producteurs voulaient forcer le destin pour qu’il aille dans leur sens.
Bon, même si, techniquement, le jeu de société reste relativement souple dans sa structure, et qu’un Maître du jeu peut dégainer tous les événements qui lui plaisent pour bouleverser le cours de la partie, certes.
Néanmoins, je n’ai quand même pas pu m’empêcher de trouver qu’à une ou deux reprises, on a eu droit à quelques deus ex machina pour relancer l’intérêt de la partie, comme Les Traîtres avait pu le faire.
Ainsi, alors que les Villageois étaient en difficulté, un événement ayant pour but de les aider a eu lieu, moyennant certes un sacrifice. J’ai trouvé que ça sortait un peu de nulle part, et que c’était surtout là pour relancer l’intérêt de la partie, qui commençait à devenir un peu trop unilatérale.
L’enquête
D’ailleurs, puisque j’en ai brièvement parlé dans les exemples : la gestion des rôles est assez particulière, par rapport à une partie classique.
En effet, si des rôles comme les Loups-garous ou la Petite fille (qui a la possibilité d’espionner discrètement les concertations nocturnes des Loups-garous) sont attribués dès le départ, pour d’autres, c’est l’enjeu des quêtes.
C’est un parti pris que je trouve… pourquoi pas.
Mais, de toute façon, même pour les rôles attribués dès le départ, le spectateur n’est pas mis au courant dès le départ ; contrairement aux Traîtres.
Ce qui m’a particulièrement agacé dans ce fameux premier épisode, me donnant l’impression d’une perte de temps stupide… mais qui n’est pas inintéressant comme parti pris sur le papier. En effet, dans Qui est la taupe ?, le fait de ne connaître l’identité de la Taupe qu’au tout dernier moment contribue à impliquer le spectateur dans le visionnage, en créant le suspense, et en le faisant même enquêter de son côté. Donc, finalement, pourquoi pas.
Mais Loups-garous est… un peu hybride à ce sujet. En fait, j’ai envie de dire qu’il en dévoile soit trop, soit pas assez ; et qu’il aurait, à mon sens, finalement gagné à adopter de bout en bout l’un des deux partis possibles : soit en révélant au spectateur le rôle de tout le monde dès le départ, soit en conservant le mystère pour chaque candidat jusqu’à son élimination.
Or, ici, à l’issue du premier épisode, on n’a dévoilé que deux rôles. Ce que j’ai trouvé un peu arbitraire, genre : pourquoi ces deux-là en particulier ? Pourquoi à ce moment-là ? C’était histoire de mettre l’emphase sur deux candidats censés avoir une personnalité plus forte ? Je n’ai pas trouvé que ces révélations-là en particulier constituaient un suspense ou un dénouement efficaces ; et, surtout, ce sont les seules auxquelles on a eu droit en dehors des éliminations de candidats. Si j’étais mauvaise langue, je dirais que c’était limite pour insinuer que le premier épisode n’était pas une perte de temps totale…

Cela dit, l’intérêt de cette partie-là réside également sur le casting, dont on va parler rapidement.
Sur le papier, je reconnais que c’était effectivement un bon point. Déjà, parce que, contrairement aux Traîtres, on n’a pas eu recours à des people pour incarner les candidats… enfin, presque. Oui, certains candidats comme Pierre Frolla peuvent être relativement connus ; mais, d’une part, il n’y a pas non plus de “grosse” célébrité médiatique du même acabit qu’on peut trouver dans Les Traîtres (ou quasiment n’importe quel jeu de prime-time mainstream de TF1, France 2 ou M6…) ; et, d’autre part, ce n’est vraiment pas leur relative célébrité qui importe ici.
Non, ici, la spécificité du casting, c’est qu’il a été réalisé en fonction des profils, et donc de l’aptitude des candidats à pouvoir jouer efficacement à ce niveau-là. D’ailleurs, puisque le jeu s’en est vanté dans son introduction, il avait clairement intérêt à réussir cet aspect-là…
Et… certes, le casting est plutôt réussi ; mais il ne m’a pas particulièrement fait revoir le programme à la hausse pour autant. Du moins, clairement pas autant que ça n’aurait dû.
Cela dit, je ne pense pas que le problème vienne du casting lui-même ; mais plutôt de l’enrobage (encore une fois). À nouveau, l’aspect particulièrement déstructuré du premier épisode ne m’a pas du tout aidé à suivre ; et c’est valable également au niveau du portrait des candidats… candidats que j’ai certes fini par apprendre à connaître au fil des épisodes (certains plus que d’autres), mais qui ne m’ont globalement pas beaucoup marqué à l’exception de trois ou quatre.
Alors qu’à côté de ça, dans Qui est la taupe ?, j’ai eu l’impression de m’attacher plus rapidement aux candidats, et surtout d’avoir un souvenir encore assez net de leur personnalité et de leur parcours quelques semaines plus tard. Et pourtant, même si son casting avait été plutôt soigné (en particulier pour le profil de la Taupe), ce jeu n’avait pas fanfaronné dessus non plus, ni mis en avant des profils de candidats particuliers…
Bref, nonobstant un casting intéressant sur le papier, celui-ci me renvoie un peu la même image que le jeu lui-même, au final.

Total : 8/20
Dans le fond, Loups-garous est un jeu que je trouve plutôt correct. Sa mécanique est assez solide (nonobstant quelques moments ex machina), en partant d’un jeu de société qui constitue une bonne base, tout en l’étoffant afin de justifier son adaptation télévisuelle. Ainsi, on a un nouveau cadre de jeu plutôt intéressant, et des épreuves qui viennent s’ajouter de façon certes prévisible, mais avec des enjeux adaptés aux besoins, et qui vont même plus loin que le jeu de société classique.
En revanche, dans la forme, j’ai beaucoup moins apprécié cette émission. Je ne peux pas nier qu’elle a essayé d’être plus originale dans sa structure, son montage et sa narration ; néanmoins, j’ai trouvé que cette façon de procéder n’était clairement pas aussi efficace, et qu’elle m’a même sorti de mon visionnage à plusieurs moments, en particulier au démarrage et lors de certaines épreuves. Même si je suis conscient que c’est justement cette narration qui a plu à une grande partie des fans de ce jeu ; et que je ne semblais de toute façon pas en être la cible.
Par conséquent, désolé si je parais insultant avec cette comparaison, mais ce programme m’a renvoyé la même impression que C’est déjà Noël : à savoir, un jeu correct en soi, mais dont l’appréciation dépend finalement assez grandement du style qu’il se donne ; si ce n’est qu’ici, à la place de Jean-Luc Reichmann, on a Mister V et le duo Panayotis Pascot/Fary. Et comme je n’ai pas apprécié ce style, c’est finalement la lourdeur de l’enrobage que je retiens le plus.
Et ce n’est pas arrangé par l’image assez prétentieuse que ce jeu m’a renvoyée par ailleurs. Même en faisant abstraction de la forme, je suis loin de le trouver exceptionnel ou novateur dans son fond, alors qu’on avait déjà d’autres exemples de jeux de la même trempe auxquels on pouvait le comparer. Et, certes, j’ai trouvé que Loups-garous était plus solide que Les Traîtres ou Cash Island dans sa mécanique ; mais j’ai trouvé ces jeux-là plus efficaces au niveau de leur rythme, et finalement un peu plus agréables à regarder en dépit de leurs défauts. Et ne parlons même pas de Qui est la taupe ?, que j’ai trouvé supérieur sur tous les plans. De fait, j’ai vraiment du mal à comprendre en quoi il est censé constituer “la meilleure partie de tous les temps”, comme il l’a prétendu dès ses premières minutes…
Sinon, le succès du programme a naturellement poussé le diffuseur à commander d’autres saisons ; qui, à l’heure où je publie cette critique, ne sont pas encore sorties à ma connaissance. Mais bon, vu que cette saison 1 ne m’a pas convaincu, et que ça m’étonnerait beaucoup qu’elle change de ton… je m’en contenterai largement, encore plus que pour Les Traîtres (pour lequel je garde en tête l’idée de rattraper les saisons suivantes un jour, lorsque l’envie viendra). Même si ça m’a soulagé de pouvoir exprimer un ressenti négatif, mon but n’est clairement pas de m’acharner sur cette licence, que je laisserai désormais tranquille.
Et à présent que j’ai critiqué négativement un format qui a été plutôt globalement apprécié, la prochaine fois, je vais plutôt critiquer positivement un format qui n’a pas reçu un accueil aussi dithyrambique…