Shafted… alors, je sais que je suis plutôt coutumier des jeux britanniques qui n’ont pas très bien fonctionné (The Exit List, The colour of money, Hardball…) ; mais là, je crois que j’ai battu un nouveau record, puisque le jeu d’aujourd’hui n’a eu droit qu’à une salve de 20 épisodes… dont 16 jamais diffusés ; soit uniquement 4 épisodes qui auront été diffusés sur ITV, durant le mois de novembre 2001 !
Et dont le retour critique n’était vraiment pas glorieux ; certains le comptant même parmi les pires jeux TV existants… pour diverses raisons. En effet, certains pointent le côté abject du côté collaboration/chacun pour soi (qui commençait à devenir tendance notamment grâce au Maillon Faible qui venait d’être lancé) ; mais d’autres pointent son animateur, un certain Robert Kilroy-Silk. Que je ne connaissais pas du tout avant ça ; aussi, en regardant un épisode, je n’ai pas trop compris où était le problème avec lui… mais en fait, rien à voir avec sa prestation dans l’émission, puisque son rejet vient surtout de ses tendances politiques très… controversées (pour le dire vraiment très, très, très poliment…).
Et même si ce jeu a tout de même tenté d’être exporté à l’international, ce n’est guère glorieux sur ce plan-là non plus.
Parmi les neuf pays qui se sont montrés intéressés par le concept, cinq n’ont pas été au-delà du pilote, un l’a déprogrammé avant sa première diffusion ; quant aux trois autres, il n’y a pas fait long feu, avec quelques mois de diffusion à tout casser (la Russie étant probablement celui où il a duré le plus longtemps avec environ 6 mois de diffusion, sur deux diffuseurs différents).
Parmi les quelques pays où le jeu a été diffusé, citons notamment l’Australie, qui avait apporté des modifications assez significatives au concept de base ; à tel point d’ailleurs que cette version-là aura droit à son propre paragraphe. Pour les autres (Pays-Bas et Russie), les différences semblaient se résumer au nombre de candidats en début de partie, donc pas la peine de m’étendre dessus. Et de toute façon, même si je trouvais des épisodes, je ne parle ni néerlandais, ni russe, donc ça va être difficile pour moi d’aller vérifier… et, franchement, je fais déjà bien trop d’honneur à ce concept en acceptant d’en traiter deux versions différentes, alors qu’il ne mérite pas spécialement qu’on en fasse de la « publicité ».
Cependant, tout ce que je viens de dire, je l’ignorais avant d’avoir visionné un épisode (de la version originale du moins). Aussi, je n’avais aucun a priori quand je me suis lancé dans le visionnage, ni ne cherchais à en faire une critique négative à tout prix ; et la seule chose que je savais au sujet de Shafted, c’était le fait qu’il mettait en scène un dilemme du prisonnier (sans savoir comment celui-ci était amené), soit la raison pour laquelle je m’y étais intéressé après ma découverte de Friend or foe pour faire un bloc thématique.
Et… honnêtement, même si ça reste un jeu avec lequel j’ai du mal (et pour cause, il est produit par Endemol… j’aurais dû le voir venir), pour moi ce n’est pas le pire que j’aie pu voir. Déjà, parce que même si le côté « dilemme » reste malsain dans la façon de le proposer, on l’a exploité de façon bien pire que ça ailleurs (coucou Divided) ; mais aussi car ce jeu avait des idées intéressantes à mettre en avant, et c’est l’une des raisons pour lesquels j’en parle en dépit de ma piètre appréciation de celui-ci.
Donc même si la critique va plutôt être négative, voyons ce qu’il y avait d’intéressant à décortiquer là-dedans.
Version britannique
Manche de sélection
Six candidats doivent faire une enchère secrète, dans la limite de 25 000 £. Celui qui fait l’enchère la plus élevée est immédiatement éliminé ; tandis que les cinq autres prennent place sur les pupitres, avec le montant sur lequel ils ont enchéri, qui leur servira de base pour la première manche.

(Et au passage, cette mise en scène fait très « réchauffé », beaucoup de jeux du début des années 2000 abusant de ces tons froids, bleutés et solennels.)
Alors, vu comme ça, ça semble assez violent d’éliminer un candidat d’emblée, d’une façon encore plus expéditive que ne le fait le premier tour de La Cible quand un candidat tombe sur un thème qui ne l’inspire pas. Autrement dit, c’est gentil de la part du candidat d’être venu juste pour une minute…
Mais pour relativiser un peu cet aspect-là, dites-vous que certains autres pays qui ont adapté le format (l’Australie n’en fait cependant pas partie) ont fait une manche de sélection, avec le même principe, et avec 5 candidats qualifiés pour la suite… sur un total de 10 candidats, en éliminant les quatre plus gourmands ! Ce n’est pas un peu exagéré ?
Et pour la petite anecdote, dans le pilote britannique, il y avait également 10 candidats, avec les plus gourmands éliminés là encore… mais aussi celui qui a fait l’enchère la plus faible. Mouais, heureusement qu’ils n’ont pas gardé cette idée.
Cependant, je reconnais qu’il y a un côté assez original dans le fait de demander aux candidats eux-mêmes le montant avec lequel ils souhaitent jouer, tout en sanctionnant la cupidité, et en donnant un aspect stratégique à cette façon de choisir sa somme de départ.
Car, évidemment, ça a un intérêt pour la manche suivante ; et démarrer celle-ci avec plus d’argent confère certains avantages.
Bon, après, au lieu d’éliminer un joueur, on aurait pu faire en sorte de plutôt le laisser continuer à jouer, mais en lui conférant un handicap pour la manche suivante ; afin que sa cupidité soit juste pénalisée, mais pas sanctionnée par une élimination pure et simple. Après, vu que cette élimination n’est pas l’aspect le plus abject du jeu (Endemol pouvant faire pire)…
Manches 1, 2 et 3
Pour chaque manche, l’objectif est d’éliminer un joueur, à la suite d’une série de questions.
Chaque manche est composée d’autant de questions que de joueurs en lice (i.e. 5 pour la manche 1, 4 pour la manche 2, 3 pour la manche 3).
Pour chaque question, l’animateur va donner les premiers mots de celle-ci, avant de laisser les candidats décider de ce qu’ils souhaitent faire. (Tiens, il n’y a pas que de Friend or foe que Volte-Face s’est plus ou moins inspiré, vu qu’on y retrouve également cette idée-là…)
Selon leur inspiration ou leur stratégie, chaque candidat va faire une enchère muette, basée sur le montant de leur cagnotte.
Le candidat qui fait l’enchère la plus haute peut alors répondre à la question, qui est complètement dévoilée ; et a 10 secondes pour donner une réponse. Si elle est bonne, il remporte le montant de son enchère ; sinon, en cas de mauvaise réponse ou d’absence de réponse, il perd ce montant. Notons par ailleurs que si sa cagnotte atteint zéro, il ne peut plus jouer jusqu’à la fin de la manche.
À l’issue de la manche, le candidat qui dispose de la cagnotte la plus élevée doit alors choisir le candidat qu’il souhaite éliminer.
Une fois son choix fait, le candidat désigné peut faire un speech pour le convaincre de changer d’avis (notamment en lui promettant de partager le gain à la fin… oui, pour le moment, on n’est pas encore sur le dilemme du prisonnier, ça viendra) ; si ça n’a pas convaincu le « maillon fort », il sera éliminé ; sinon, le « maillon fort » éliminera quelqu’un d’autre (qui, lui, n’aura pas l’occasion de faire un speech pour se défendre… pas très juste, tout ça).



Alors… personnellement, je suis assez mitigé avec ce principe (que je n’ai d’ailleurs pas totalement fini d’expliquer, mais j’y reviendrai juste après).
D’une part, j’aime beaucoup le principe des enchères muettes (et la façon dont on l’exploite), qui est pour moi l’un des points les plus intéressants du jeu. À tel point d’ailleurs que je trouve qu’on aurait pu l’exploiter dans un jeu avec un concept différent, qui ne soit pas basé sur la confiance, et où les montants des cagnottes auraient été la seule chose qui importe.
Bon, dans ce contexte-là, je comprends cependant l’idée de partir sur des éliminations par vote, plutôt que d’éliminer le candidat ayant le moins bon score. Après tout, on reste dans un jeu façon Maillon faible, où l’intérêt n’est pas de voir le candidat le plus performant gagner, mais de voir les joueurs user de stratégie et de confiance pour aller le plus loin possible. (Et au passage, puisque je parle du Maillon Faible, ça n’empêche pas d’avoir des motifs d’élimination débiles, genre le machisme ou la solidarité féminine…)
Mais là où je suis le plus sceptique, c’est dans le fait que les montants des cagnottes… ne pèsent finalement pas dans la balance, quant à la façon de choisir les candidats à éliminer. Le « maillon fort » peut tout aussi bien éliminer celui qui a la cagnotte la plus faible que celui ayant juste 1 000 £ de moins que lui, qu’au final ça ne change pas grand-chose.
À la rigueur, un motif d’élimination pourrait être d’éliminer les candidats les plus performants, pour éviter qu’ils ne prennent la place du « maillon fort » dans les manches suivantes… mais c’est vraiment la seule raison qui pourrait pousser à le faire. Autrement, le niveau des candidats importe relativement peu ; en particulier à l’issue de la manche 3, où la suite du jeu ne met aucune emphase sur l’intérêt d’avoir gardé les candidats les plus forts (à l’instar de la manche compte triple du Maillon Faible).
Et c’est appuyé par un point que j’ai volontairement omis dans ma description du principe : en début de manches 2 et 3, chaque candidat voit sa cagnotte être réinitialisée avec le montant de la cagnotte du « maillon fort » de la manche précédente.
Autrement dit : si, à l’issue de la manche 1, le « maillon fort » a 40 000 £, tandis que les autres ne dépassent pas 10 000 £ ; en manche 2, tout le monde démarrera à 40 000 £.
Donc, en effet, n’importe qui peut se refaire pas trop difficilement, puisque la possibilité d’accumuler du retard n’existe pas. La manche 1 reste la seule où chacun démarre avec un capital différent.
Cela dit, je reconnais que c’est dû au problème de base des enchères muettes ; où, forcément, moins on a d’argent dans sa cagnotte, moins les enchères qu’on peut faire sont élevées. Et vu que ce n’est pas très difficile de s’envoler au niveau des scores, le jeu aurait fini par perdre en intérêt au fil des manches si on avait laissé les candidats en retard avec leurs cagnottes faiblardes.
Après, est-ce que la solution de remettre tout le monde au même niveau était le meilleur parti à prendre… je ne pense pas. Comme je l’ai dit, ça gâche un peu l’idée de choisir les candidats en fonction de leur niveau, ou par stratégie basée sur les montants potentiels.
Et enfin, avant de passer au dilemme, précisons également que les manches 2 et 3 disposent d’un twist supplémentaire.
En effet, une fois la question entière posée au candidat qui a pris la main, celui-ci peut décider (si elle ne l’inspire finalement pas) de la donner à quelqu’un d’autre. Si cette autre personne n’a pas la réponse non plus, elle perd le montant de l’enchère qui a permis de poser la question ; en revanche, si elle y répond correctement, elle gagne ce montant… qui est alors prélevé de la cagnotte de celui qui lui a refilé la patate chaude !
Pour le coup, c’est un twist que j’aime bien, qui rajoute un côté stratégique, et qui colle également à l’idée de découvrir la question dans son intégralité.
Le dilemme
Bon, il fallait bien qu’il arrive à un moment ou à un autre, celui-là. Après tout, c’était le thème de la sélection de jeux du moment…
Bref. Les deux candidats encore en lice doivent décider secrètement s’ils décident de partager le montant de la cagnotte (« Share ») ou le garder pour eux en éliminant l’adversaire (« Shaft ») ; sachant que si les deux choisissent de se « shafter » mutuellement (bon, disons-le en français : de s’entuber mutuellement), personne ne remporte rien.
Montant de la cagnotte qui est, au passage, basé sur celui du « maillon fort » de la dernière manche ; appuyant donc là encore le manque d’intérêt de sauver les candidats en fonction du montant de leur propre cagnotte…
Pas la peine que je développe davantage cette mécanique ; mais précisons toutefois qu’après avoir fait ce choix secrètement, on révèle aux spectateurs les options choisies par les candidats ; et qu’on va redemander aux candidats de faire ce choix, après une passe de blabla pour convaincre l’adversaire.

Et c’est là que je devrais parler du côté du programme qui me gêne le plus : le drama… parce que oui, évidemment, pour convaincre et émouvoir l’adversaire, et vas-y que ça part sur des « j’ai vraiment besoin de cet argent », et patati et patata… et cette possibilité de changer son choix juste avant de révéler le résultat entre également dans cette optique.
Alors, oui, je reconnais que dans Friend or foe aussi, on a un peu cet aspect-là ; vu que, dans un jeu basé sur la confiance, il faut bien que les candidats s’expriment pour que chacun se fasse une opinion. D’autant plus qu’ici, on n’est pas sur une mécanique de sabotage à la Qui est le bluffeur, où on peut se faire une idée d’après les actes des candidats.
Mais ici, on sent qu’on cherche à en faire un aspect plus « marketing », un peu comme Spin the wheel ou The colour of money, finalement. Où le concept n’avait pas besoin qu’on mette autant d’emphase sur la situation des candidats ; et où, pire, ça devient potentiellement contreproductif, car ça devient moralement malsain sur les bords.
Ce qui n’est d’ailleurs pas arrangé par deux choses.
D’une part : le fait que la mécanique de base aurait pu être utilisée pour un concept partant sur tout autre chose qu’un dilemme du prisonnier.
Néanmoins, je reconnais que ça reste mieux amené qu’un Divided ; dans la mesure où, d’une part, la question de confiance était déjà présente avant ce dilemme (là où celui de Divided arrivait complètement comme un cheveu dans la soupe et n’avait pas été instauré une seule seconde) ; et d’autre part, dans la mesure où, tout comme dans Friend or foe, le scénario de partage équitable existe (là où Divided fait vraiment exprès que les candidats se tirent dans les pattes pour se tailler la part du lion).
Et d’autre part : les montants en jeu sont non seulement potentiellement très élevés ; mais, de plus, la production peut être régulièrement amenée à les dépenser.
Bon, déjà, précisons que dans un scénario parfaitement optimal, le gain le plus élevé qu’on puisse atteindre est de… 2 500 000 £. Mais c’est comme les montants optimaux de The Wall et Spin the wheel : c’est parfaitement théorique. Vu qu’en pratique, ça impliquerait que tous les candidats aient fait une enchère à 25 000 £ au départ, puis que le même candidat fasse à chaque fois des enchères sur l’intégralité de sa cagnotte, sans jamais se tromper à chaque question… bref.
En revanche, on peut quand même atteindre assez « facilement » des montants dans les 100 000 £. De ce que j’ai pu lire sur un wiki, il semblerait même qu’on soit monté jusqu’à 217 000 £ (mais, spoiler : la prod les a gardés bien au chaud, puisque les finalistes ont été beaucoup trop cupides et ont voulu s’entuber mutuellement – cheh).
Je suis quand même assez étonné que ça puisse monter aussi haut. Alors, certes, du point de vue d’Endemol, plus les gains sont élevés, plus ça promet du drama croustillant (après tout, À prendre ou à laisser fonctionne également sur ce principe) ; mais tout de même, la production devait être sacrément confiante en la capacité des candidats à s’entuber mutuellement de façon aussi fréquente ; parce que sinon, ça leur fait quand même de sacrées pertes.
D’ailleurs, le « secret » des jeux qui permettent de remporter beaucoup d’argent réside dans le fait qu’ils s’arrangent pour que ces montants pharaoniques ne tombent pas non plus très souvent. Pour Money Drop, par exemple, le magazine VSD (qui avait soulevé les accusations de trucage du jeu à l’époque) avait avancé un budget moyen de 18 000 € par épisode, pour un gain maximal théorique de 250 000 € (voire 500 000 € une fois le lingot apparu). Ce qui, en pratique, ne m’étonnerait d’ailleurs pas, vu que les binômes qui arrivent à sauvegarder plus de 100 000 € sont rares, et qu’il y a aussi des défaites où les candidats ne gagnent tout simplement rien.
Mais ici, à supposer qu’on ait des scenarii équiprobablement répartis (« share/share » ; « share/shaft » ; « shaft/share » ; « shaft/shaft »), ça fait quand même une seule configuration sur quatre où la production ne débourse rien (dans les autres cas, même en cas de partage, elle doit débourser toute la cagnotte en jeu). Bon, en pratique, si ça se trouve, on a davantage de scenarii « shaft/shaft » que les autres ; mais quand même, ça m’étonne.
Et en vrai, je ne serais d’ailleurs pas étonné qu’au-delà de l’accident industriel en termes de réception du programme, ça ait bien arrangé la prod et/ou le diffuseur de n’avoir retransmis que 4 épisodes sur les 20 prévus initialement, pour limiter les pertes…
Ah, et au passage, pour la petite anecdote : dans l’un des épisodes non diffusés, un candidat qui s’était fait entuber sur une cagnotte de 120 000 £ avait fondu en larmes. Ben, finalement, aucun regret ; puisque, même s’il avait gagné, il n’en aurait quand même pas vu la couleur, vu qu’il faut que l’épisode soit diffusé pour que les candidats puissent toucher leurs gains… enfin, si c’est pareil qu’en France, mais ça m’étonnerait que ce ne soit pas le cas aussi au Royaume-Uni.

Version australienne
Dans les grandes lignes, la version australienne reste la même que l’originale.
On a toujours une manche de sélection, avec six candidats, dont le plus gourmand qui se fait éliminer ; puis trois manches se soldant par le « maillon fort » éliminant le joueur de son choix (sauf si celui-ci arrive à le convaincre d’éliminer quelqu’un d’autre) ; et enfin, le dilemme du prisonnier, qui reste exactement le même qu’en VO (quelle surprise…).
Au niveau des différences, on peut déjà constater, dès le départ, que les montants en jeu ne sont pas aussi élevés qu’en VO (loin de là). Alors qu’on pouvait assez facilement dépasser les 100 000 £ outre-Manche, ici on est plutôt dans une moyenne de 5 000 $, je dirais.
Ce qui n’est pas plus mal : comme j’ai pu le dire au sujet de Friend or foe, ce genre de concept passe un peu mieux avec des montants en jeu moins gargantuesques.
Bon, cependant, quand on voit que la manche de sélection part sur une enchère muette à faire dans la limite de 500 $, ça fait quand même un peu ridicule… donc raison de plus de ne pas chercher à la garder…

La différence la plus notable réside cependant dans le déroulement des manches ; avec un principe d’enchère muette totalement remanié.
En effet, au début de chaque manche, chaque candidat doit décider secrètement d’un montant qu’il mettra en jeu pour toutes les questions de la manche (au lieu de le décider pour chaque question). Notons au passage que si deux candidats ont choisi le même montant, celui qui l’a choisi le moins rapidement partira sur une enchère inférieure de 5 $ (une règle dont je ne comprends pas trop l’intérêt, car je ne vois pas en quoi c’est gênant que deux candidats puissent faire une même enchère dans ce nouveau contexte, mais bon… ça reste relativement bénin).
Ensuite, l’animateur donne le choix entre quatre thèmes. Au début de la manche 1, le candidat qui avait fait l’enchère la plus élevée pendant la manche de sélection choisit le thème (sur lequel toutes les questions de la manche porteront) ; et au début des manches 2 et 3, c’est le « maillon fort » de la manche précédente qui choisit parmi les thèmes restants.
Puis l’animateur pose une quinzaine de questions ; mais cette fois-ci, on oublie (pour l’instant) l’idée de poser uniquement le début, en posant l’intégralité de la question ; et les candidats prennent la main au buzzer, façon Questions pour un champion (ils peuvent donc buzzer avant que l’animateur n’ait fini de poser la question… à leurs risques et périls si la fin de la question diffère de ce qu’ils attendaient). Si le candidat a la bonne réponse, il remporte le montant de son enchère de début de manche ; sinon, il le perd (et à nouveau, s’il atteint zéro, il ne peut plus jouer jusqu’à l’issue de la manche). Notons par ailleurs qu’il est possible que personne ne tente de prendre la main sur une question, auquel cas elle est juste passée.
La toute dernière question reprend cependant le principe de la version britannique, avec uniquement le début de donné, puis les candidats faisant une enchère muette selon l’inspiration.


Je trouve sincèrement cette façon de procéder plus efficace que la version originale.
Déjà, en termes de culture générale, on a beaucoup plus de questions par émission ; et en plus de ça, ça rend les manches encore plus rythmées (non pas que j’avais un problème particulier avec le rythme de la version originale, cela dit).
Ensuite, j’aime bien le côté stratégique de décider en début de manche du montant en jeu pour chaque question ; incitant les candidats à soit jouer prudemment avec de petites enchères (quitte à monter lentement, mais à limiter la casse en cas de mauvaise performance), soit prendre des risques pour monter plus vite (quitte à se mettre hors jeu avec seulement une ou deux questions).
Mais surtout, ça permet aussi aux candidats de rester un peu plus dans la partie, en ne faisant pas jouer uniquement ceux qui sont en tête ; comme ça risquait d’être le cas avec le principe d’enchère muette de la version initiale. Principe qu’on a tout de même gardé pour la dernière question, mais qui passe mieux en tant que conclusion.
Bref, pour moi, c’est du tout bon.
Par ailleurs, à chaque début de manche, chaque candidat voit sa cagnotte être réalignée sur celle du « maillon fort », comme dans l’original (ce qui restait malheureusement nécessaire, au cas où un candidat se serait retrouvé à zéro et ne se serait pas fait éliminer) ; toutefois, le montant de la cagnotte mise en jeu pour le dilemme final est la somme des cagnottes des finalistes à l’issue de la manche 3. Ce qui permet de remettre un peu d’emphase sur le côté stratégique, en incluant dans l’équation la dimension monétaire.
Une autre particularité assez notable de cette version australienne, c’est qu’elle a introduit une… espèce de système de champion. Comprendre par là qu’un candidat gagnant peut revenir dans l’émission suivante… mais sous certaines conditions.
En fait, si un finaliste arrive à garder l’intégralité de la cagnotte pour lui-même (laissant son adversaire bredouille), il revient dans l’émission suivante ; et peut donc espérer encore plus d’argent.
Ce n’est bien sûr pas le cas si les deux finalistes de l’émission précédente ont voulu tout garder pour leur pomme, ni lorsqu’ils se sont partagé la cagnotte ; auquel cas, l’émission suivante démarre avec six nouveaux candidats, de façon usuelle.
Alors, déjà, on peut vraiment se questionner sur la pertinence d’avoir introduit cette règle, dans un format qui ne se prête pas particulièrement à un système de « champion ». Quelque part, je soupçonne d’ailleurs la version australienne de l’avoir fait pour compenser le fait que les gains promis sont beaucoup moins élevés que ce que la version britannique pouvait atteindre…
Après, stratégiquement, on peut aussi voir ça comme une façon d’inciter les finalistes à davantage opter pour le choix de l’égoïsme, en leur faisant miroiter la possibilité de gagner encore plus s’ils prennent ce risque. Non pas que le concept de base avait particulièrement besoin d’inciter encore davantage les candidats, mais bon… à nouveau, j’imagine que le budget amoindri a dû peser dans la balance.
Mais bon, admettons qu’il puisse y avoir ce côté stratégique.
Là où la production a en revanche été particulièrement stupide, c’est dans le fait que, dans l’émission suivante, l’identité de ce « champion » (nommé « Master Shafter ») était mise en avant, et que les 5 nouveaux candidats savaient donc qui il était.
Sauf qu’on n’est pas dans un Questions pour un champion où les candidats ne sont jamais ciblés par leurs concurrents ; ni même dans Les 12 coups de midi où les candidats peuvent choisir ou non de défier le champion quand ils sont sur la sellette (surtout selon l’humeur de la prod quand il s’agit d’avoir le scénario qui les arrange…).
Bref, ici, si les candidats savent qu’il y a eu un gagnant par « traîtrise », susceptible de récidiver… évidemment qu’ils ont tout intérêt à l’éliminer dès que possible !!! Sérieusement, comment les producteurs ont-ils pu ne pas penser à ça ?! Alors, oui, il existe toujours la possibilité que le champion ne se fasse jamais éliminer (s’il arrive à avoir systématiquement le plus haut score à l’issue de chaque manche) ; mais d’une part, c’est ardu, et d’autre part, ça ne change rien au fait qu’en finale, le « challenger » saura qu’il a affaire à un traître, et fera son choix en conséquence ! Et même si ça me fait plaisir de voir un « champion » être désavantagé par la mécanique (pour une fois), faut pas non plus que ça tombe dans l’excès inverse…
Enfin, cela dit, ils se seront rendu compte de ce problème au bout de quelques épisodes (où le « champion » se faisait systématiquement éliminer en premier), et ont fini par rendre l’identité du « champion » confidentielle. Au moins, je peux apporter un peu de crédit à ce jeu, dans la mesure où il se rend compte de ses erreurs grossières et essaie de les corriger, pas comme certains que je connais (toujours prêt à faire des tacles là-dessus !).
Et enfin, pour parler rapidement de quelques aspects superficiels : cette version australienne a tenté quelques gimmicks, que je n’aime décidément pas. Et pour cause : ils me rappellent Still Standing…
En effet, on a un animateur un peu blagueur façon Julien Courbet, qui aime bien faire des interventions de temps en temps entre deux questions (ce qui casse un peu le rythme autrement très bon…) ; et quand un candidat se fait éliminer, l’animateur actionne un levier pour le faire passer littéralement à la trappe, avec une musique dramatique par-dessus… bon, ok, le passage à la trappe est légèrement moins violent que dans Still Standing ; mais quand même, on n’avait vraiment pas besoin de ce genre d’effets de manche.

Bref, dans l’ensemble, même si je n’aime pas les ajouts plus superficiels de cette version australienne, je la préfère quand même à la version britannique ; et ce, notamment pour des raisons mécaniques.
En effet, les idées qu’elle apporte sont plus porteuses à mon sens (notamment le jeu au buzzer), et permettent de corriger plus ou moins certains défauts de l’original ; et les montants en jeu un peu moins élevés permettent de rendre le dilemme du prisonnier un peu moins malsain, à la manière de Friend or foe.
Mais bon, malgré tout, elle pâtit elle aussi de problèmes de fond, qui constituent d’une certaine manière le péché originel de ce jeu…
Total (version britannique) : 7/20
Total (version australienne) : 7,5/20
Bon, même si je maintiens que Shafted est loin d’être le pire jeu que j’aie jamais vu (que ce soit en version britannique ou australienne), je comprends tout de même très bien d’où vient le rejet autour de celui-ci, et le partage dans une certaine mesure ; surtout dans son contexte de début des années 2000, où le public n’y était pas encore habitué, et où les diffuseurs étaient encore en roue libre à ce sujet.
Car on sent effectivement le côté assez putassier de la mise en scène du dilemme du prisonnier, avec du drama plus appuyé, et des enjeux plus élevés ; et, au final, une emphase bien plus importante qu’un Friend or foe légèrement plus inoffensif à ce niveau-là.
Dommage, car je trouve quand même certaines idées intéressantes ; et, globalement, pas mal d’idées de mécanique (comme le principe de mise pour la sélection, ou le système d’enchères) auraient sans doute gagné à être exploitées dans un tout autre contexte.
Bref, si je devais comparer Shafted à un jeu que j’ai déjà traité, ce serait Spin the wheel. Dans la mesure où les deux ont un concept de base avec des idées vraiment intéressantes à faire valoir ; mais qui se sont montrés trop gourmands dans leur façon de faire du drama, à tel point que le côté malsain s’en fait ressentir, et que je ne peux donc pas décemment les apprécier dans leur ensemble. Mais après tout, est-ce bien étonnant de la part d’Endemol, qui nous a malheureusement un peu trop habitués à ce genre de travers…
… et qui va continuer à le faire dans le jeu de la prochaine fois ?
