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#163 – The Bridge, le trésor de Patagonie

Et allez, encore un titre en « The trucmuche en anglais facilement compréhensible par le français moyen suivi par un sous-titre loi Toubon ». Remarquez, je n’avais pas encore traité de jeu d’aventure avec ce genre de titre… (d’ailleurs, Amazing Race aurait pu y avoir droit, vu que le titre original du programme avait un « The » devant ; mais pour une fois, les marketeux de la VF ont préféré le retirer)
Bon, après, vous allez me dire que, comme c’est l’adaptation d’un format étranger, c’est la faute du format en question pour avoir choisi un titre aussi banal, auquel les marketeux français n’avaient qu’à rajouter le sous-titre habituel… mais pas vraiment. En effet, les versions anglo-saxonnes s’appellent bien « The Bridge », certes ; en revanche, le format d’origine est espagnol, et s’appelle « El Puente ». Et cerise sur le gâteau : la France a été le premier pays à adapter le format, avant les pays anglo-saxons comme le Royaume-Uni ou l’Australie. Donc les marketeux français n’ont aucune excuse pour avoir pondu cette English-touch fainéante sortie de nulle part. Enfin, « nulle part »… j’imagine que les producteurs avaient dû vendre le jeu sous le titre traduit en anglais, pour paraître plus vendeur à l’international. Dommage, ça aurait été original, d’avoir un sous-titre loi Toubon précédé par un titre en espagnol (surtout vu le lieu de tournage, ça aurait été cohérent)… gâchis.

Bref. El Puente est donc un format espagnol, produit par EndemolShine (même si on peut retirer le « Shine », vu que c’est très clairement un programme à la mentalité Endemol… on en reparle), lancé en 2017 ; et qui n’a connu que deux saisons, avec beaucoup d’ajustements pour la seconde, qui n’auront visiblement pas suffi.
La France a été le premier pays étranger à adapter le format : plus précisément sur M6, en janvier 2019, et présenté par Stéphane Rotenberg (qui d’autre ?). Et, bien évidemment, ça a bidé ; à tel point que le format a été déprogrammé en cours de route, en déstockant les épisodes en deuxième partie de soirée.
Mais apparemment, le semi-échec espagnol et le bide français n’ont pas découragé les autres pays de tenter l’aventure à leur tour : puisque, depuis, 10 autres versions ont vu le jour ; et ce, notamment grâce aux plateformes de streaming comme Paramount+, HBO Max, et surtout Amazon Prime Video (qui couvre tous les pays scandinaves), qui sont à l’origine de la majorité de ces adaptations. D’ailleurs, la saison 2 du format originel avait également été proposée sur une plateforme de streaming espagnole et non en linéaire. Comme quoi, le streaming est peut-être bien l’avenir de ce genre de format…
Précisons toutefois que, même si je n’ai pas vu les deux saisons espagnoles qui ont précédé la VF, celle-ci semblait partie pour un format encore différent ; donc ma critique ne s’applique qu’à la version française.

Et enfin, je précise que, si vous souhaitez découvrir le format, ma critique ne contient pas de spoiler sur les 5 premiers épisodes (sauf un, que je signalerai) ; en revanche, pour le sixième, je n’aurai pas vraiment d’autre choix que de divulguer une partie du résultat (parce que ça va saigner…). Donc vous pouvez lire la critique sans problème jusqu’à un certain paragraphe, que je signalerai là encore.

Le concept

Une équipe composée d’une quinzaine de candidats (8 hommes et 8 femmes en VF) dispose d’un nombre de jours limité pour bâtir un pont de 300 mètres sur un lac, afin de rejoindre un îlot sur lequel se trouve un trésor (de 150 000 € pour la VF). S’ils n’arrivent pas à tenir les délais, ils ne gagnent rien.

Mouais, vu comme ça, vous devez vous demander comment ça a pu être jugé assez consistant pour en faire un programme feuilletonnant, sur plusieurs épisodes ; et si ça peut vous rassurer, moi aussi.
Mais dites-vous bien qu’à l’origine, le concept, c’était bel et bien ça… enfin, mis à part un twist final, sur lequel je reviendrai.

J’avoue que j’aurais été curieux de voir ce que ça donnait en VO ; mais malheureusement, j’ai dû me contenter de quelques retours ça et là, et d’une chronique de Télématin qui en parlait.
En fait, un peu à l’instar de Premier de cordée, l’intérêt du visionnage ne semble pas résider dans les enjeux monétaires (même s’il y a un certain suspense dans le fait de savoir si l’équipe va réussir à atteindre son objectif ou non… et quant au twist final, promis on va en reparler…) ; mais plutôt dans sa mise en scène presque cinématographique (dixit la chroniqueuse de Télématin) pour mettre en avant l’aspect « aventure humaine ».
Et dans l’idée, ce n’est pas forcément inintéressant… même si, personnellement, j’ai toujours un peu de mal à voir comment ça peut susciter de l’intérêt sur plusieurs épisodes. Après, vu que les épisodes ne durent que 50 minutes en VO, ça doit un peu aider.

En tout cas, la VF semble s’être fait plus ou moins les mêmes réflexions que moi ; aussi, elle a décidé de remanier le concept, pour en faire un jeu d’aventure plus classique, qu’on pourrait presque résumer à « Koh-Lanta, mais avec la construction du pont qui remplace la survie ». Mouais, quand les producteurs font exprès de faire en sorte que les nouveautés ressemblent autant à ce qui fait déjà référence, c’est difficile de convaincre le public de s’y intéresser…
Ainsi, on y rajoute des épreuves, des éliminations en fin d’épisode, de la stratégie et du drama en veux-tu en voilà, et plus superficiellement une animation façon jeu d’aventure, avec l’animateur qui déblatère les mêmes clichés et les mêmes banalités sans arrêt. (Je comprends pourquoi j’avais autant fini par me lasser des jeux d’aventure pendant quelques années…)

Bon, après, je suis l’un des premiers à dire que ce n’est pas forcément parce qu’un jeu d’aventure se base sur un concept populaire pré-existant qu’il mérite d’être boudé ; car, en dépit de l’utilisation d’une formule déjà éprouvée, ça permet quand même de voir des approches un peu différentes, avec quelques spécificités (à moins que ce ne soit un plagiat complet, mais je n’ai quasiment jamais eu cette impression-là). Et je vous rassure, c’est aussi le cas pour The Bridge ; autrement, je n’en parlerais pas, et je vous dirais d’aller regarder directement Koh-Lanta à la place.
Mais en connaissant l’histoire derrière le programme, je ne peux tout de même pas m’empêcher de penser que la production française a préféré « trahir » la promesse initiale (et donc l’effort créatif et la vision artistique de la saison 1 d’El Puente), principalement par manque de confiance ; que ce soit envers les concepteurs, mais aussi envers le public, que les diffuseurs imaginent réticents à la nouveauté, au point de vouloir leur servir du formaté à la place. Ce qui est d’autant plus stupide que ça fait déjà depuis plus d’une décennie que les diffuseurs ont pu constater que les spectateurs boudaient les « copies » de ce qui existait déjà… donc à quoi s’attendait M6 ? De ce point de vue-là, le flop était plutôt mérité… et le concept de base n’aurait probablement pas fait pire. Aussi bien question audiences que question qualité, comme on va le voir…

Koh-Lanta, mais avec la construction du pont qui remplace la survie (oui je sais, je l’ai déjà dit)

En outre, bien que The Bridge ait ses propres spécificités qui le distinguent d’un Koh-Lanta, je ne les trouve pas non plus à tomber par terre… même si je reconnais que ça vient surtout du fait que, parmi les concepts du Big Four Koh-Lanta/Pékin Express/Fort Boyard/La carte aux trésors, la formule à la Koh-Lanta est clairement celle qui m’intéresse le moins.
À moins d’y introduire une dimension d’enquête/sabotage façon Qui est la taupe, Cash Island et Loups-garous likes ; mais à présent, je le considère plutôt comme un genre à part entière.

Bon, je me suis déjà un peu exprimé sur mon problème avec Koh-Lanta dans mon article précédent sur L’anneau, donc je vais essayer de ne pas trop me répéter.
Mais je vais toutefois rajouter une chose : bien que je n’aime effectivement pas le tournant qu’a pris le programme depuis la saison 9 (hors all-stars), introduisant davantage de twists, pour bouleverser un peu plus souvent le cours du jeu, en mettant davantage de rebondissements et en rendant la stratégie plus importante… je peux quand même comprendre pourquoi il a été pris.
En effet, en dépit de mon appréciation des saisons 6 à 8 et de la première all-stars, je sentais tout de même une lassitude s’installer, et déjà le sentiment d’avoir fait une bonne partie du tour du concept ; et qu’à part les épreuves (qui sont loin de constituer la majorité de l’épisode) et l’attachement envers les candidats, je n’avais finalement pas beaucoup plus d’attache que ça à celui-ci. Certes, le côté survie n’était pas inintéressant ; mais il finissait aussi par devenir un peu redondant à force (sauf en saison all-stars, où le changement de type de lieu avait aidé à redonner de l’intérêt).
Mais bon, ça ne change malheureusement rien au fait que je n’accroche toujours pas à ce genre de formule, où la stratégie vient se corréler à la survie.

Et, quelque part, j’ai l’impression que cette introduction de stratégie est devenu inhérente aux Koh-Lanta likes, dans la mesure où c’est la recette la plus efficace pour maintenir l’intérêt du spectateur sur le long terme, une fois passé l’effet de curiosité.
Ce n’est cependant pas l’apanage des KL-likes, puisqu’on l’a également retrouvé à plusieurs reprises dans Pékin Express, avec des règles parfois pensées dans cette optique-là. En fait, j’ai même envie de dire qu’on aura souvent tendance à le retrouver dans les jeux feuilletonnants, puisque ça permet de maintenir du drama sur le long terme.

Bref. Si je me suis permis cette parenthèse, c’est parce que j’ai eu, à plusieurs moments, la même impression avec The Bridge. À plusieurs moments, j’ai eu l’impression que certaines règles avaient pour objectif d’introduire de la stratégie et du clash potentiel de façon dispensable, pour le plaisir de la prod de mettre du piment dans le visionnage.
Et franchement, je trouve que ce concept n’en avait pas besoin. Les enjeux sont déjà assez tendus comme ça, aussi rajouter de l’huile sur le feu rend le visionnage lourd. Désolé, mais quand des candidats doivent se tirer dans les pattes à cause d’une règle spécifique, ce n’est pas à eux que j’en veux, mais à la production pour avoir forcé les choses…


(attention, léger spoiler, passez au paragraphe suivant si vous voulez découvrir le rebondissement par vous-mêmes)
Ah, et le pire, c’est que, même si c’est plus ou moins involontaire, The Bridge a également plus ou moins reproduit la structure de Koh-Lanta, avec la confrontation de deux clans se soldant par une « réunification » !
En effet, à partir de l’épisode 2, deux « clans » se sont formés (pas par décision de la production, ce sont juste les tensions entre candidats qui ont conduit à ce scénario) ; mais à partir de l’épisode 5, comme les règles changent et que l’aspect « chacun pour soi » est davantage mis en avant, ça revient un peu au même…

La construction du pont

Bon, même si je viens d’insinuer que la construction du pont passait un peu au second plan, et que la production n’avait pas entièrement confiance envers ce concept ; je vous rassure, l’émission rappelle quand même de façon suffisamment fréquente que l’enjeu reste la construction du pont.
En particulier, en début et fin d’émission, on nous rappelle la longueur de ce que les candidats ont réussi à construire, et ce qu’il leur reste à faire.

Et ne me demandez pas pourquoi ils ont mis l’accent de « TrÉsor » dans le mauvais sens…

Pour y parvenir, les candidats disposent des matières premières nécessaires, ainsi que d’un mode d’emploi pour fabriquer les tronçons de pont, et de matériel de bricolage fourni par la production. Matériel de bricolage qui est au passage un facteur limitant, puisque les candidats ne disposent pas de suffisamment d’outils pour pouvoir travailler en parallèle ; mais ils peuvent potentiellement avoir l’occasion d’en gagner un peu plus tard, on y reviendra.

Il faut construire 300 mètres de pont ; les tronçons fabriqués mesurent 2,50 mètres ; les candidats ont 17 jours pour parvenir à atteindre l’objectif ; bref, après un rapide calcul, ça leur fait 120 tronçons à construire, à raison d’environ 7 tronçons par jour.
Vu comme ça, ça paraît raisonnable (enfin… je ne sais pas, je n’ai pas essayé de faire construire des tronçons de pont à une équipe dans ce genre de conditions…) ; mais évidemment, avec les conditions de vie sommaires, la nourriture qui s’amenuise (on y reviendra), les éliminations régulières, et les clashs réguliers (cependant pas systématiquement induits par le drame forcé que je déplorais un paragraphe plus haut, je dois l’avouer…), ce n’est clairement pas aussi simple.

Dans le premier épisode, on nous détaille rapidement comment les tronçons de pont sont construits…
… ainsi que la façon de travailler des candidats. Mais on insistera un peu moins dessus par la suite.

Aussi, les candidats peuvent tenter d’obtenir des tronçons de pont supplémentaires lors des épreuves ; et… quelque part, j’avoue que ça fait un peu « diversion », vu que ces épreuves nécessitent généralement des qualités physiques, qui auraient pu être utilisées pour avancer sur la construction (et qu’elles peuvent avoir un effet négatif en cas d’échec, on y reviendra).
Mais j’imagine que ça permet de rééquilibrer un peu les enjeux ; d’autant plus qu’une épreuve remportée peut potentiellement faire économiser jusqu’à une journée de travail.

Ah, et je me permets une petite parenthèse concernant la mise en scène.
Le trésor se trouve donc sur une île au milieu du lac, signalée par une balise. Ce qui justifie le pourquoi de la construction du pont, c’est donc pour le rejoindre ; et, surtout, le rapporter sur la berge du lac, où se trouve une clé qui permet d’ouvrir le coffre.
Je reconnais qu’en termes de mise en scène, la production a pris la peine d’expliquer pourquoi les candidats doivent construire ce fichu pont ; en revanche, quand on y réfléchit un peu, on peut quand même trouver une ou deux failles là-dedans…
Par exemple, vu que les candidats disposent d’outils, pourquoi ne pas scier le support qui bloque la clé, pour pouvoir l’amener à la nage là où se trouve le coffre ? Ou encore, pourquoi ne pas utiliser le matériel pour construire un radeau plutôt qu’un pont, qu’on imaginerait quand même plus simple à construire ? (Surtout si, dans Koh-Lanta, ils le font régulièrement, et ce sans mode d’emploi…)
Bon, je reconnais que c’est du chipotage avancé. Je veux bien laisser passer cette suspension d’incrédulité, vu qu’on n’est pas non plus dans un format à la Fort Boyard qui donne autant d’importance à la mise en scène.

La fameuse balise.

La structure épisodique

Outre les phases de construction de pont, chaque épisode est composé de :

  • une épreuve collective ;
  • un dilemme alimentaire ;
  • un vote ;
  • une épreuve éliminatoire.

L’épreuve collective

Avant de commencer l’épreuve, un capitaine est tiré au sort.
Il devra dans un premier temps désigner 3 personnes qui ne participeront pas à l’épreuve (2 à partir de l’épisode 4) ; mais qui auront un rôle pour la phase de jeu suivante (on en reparle).
Lui non plus ne participe pas activement à l’épreuve ; mais a un rôle prépondérant, puisqu’il doit attribuer les rôles aux différents candidats.

Car les épreuves ont la particularité d’être composées de plusieurs phases, avec des responsabilités différentes.
Par exemple, pour la première épreuve, il faut traîner une luge de 500 kg jusqu’à l’objectif final, dans un temps imparti de 13 minutes ; mais le parcours est juché d’obstacles à débloquer, nécessitant des qualités diverses pour être passés (par exemple, fouiller un puits d’eau boueuse, résoudre des calculs pour obtenir la combinaison d’un cadenas…).
Au fur et à mesure de l’épreuve, quand un obstacle a besoin d’être passé, le capitaine désigne le(s) équipier(s) qui vont le débloquer ; sachant qu’une fois envoyés sur un obstacle, ils ne peuvent plus tirer la luge par la suite. Le capitaine doit donc non seulement choisir les candidats judicieusement ; mais également jauger les ressources humaines pour être le plus efficace possible.

En cas de réussite, l’équipe gagne 5 tronçons de pont supplémentaires (7 à partir de l’épisode 3).

Par exemple, ici, l’équipe doit pousser un chariot jusqu’au bout ; mais des obstacles bloquent le chemin.
Pour débloquer les obstacles, il faut envoyer des candidats pour ce faire ; mais une fois envoyés, ils ne pourront plus pousser le chariot après.

Pour moi, la structure de ces épreuves collectives est le meilleur point du jeu, pour plusieurs raisons.
D’une part : j’aime les épreuves qui sollicitent plusieurs qualités à la fois ; car elles permettent de faire briller les candidats selon des compétences diverses, et de tester leur polyvalence, d’autant plus que le jeu était assez varié à ce niveau-là (force, endurance, mémoire, réflexion, agilité, adresse…).
D’autre part : le côté stratégique au sein de l’épreuve est particulièrement appuyé. Par exemple, envoyer plus de candidats débloquer un obstacle peut être une bonne idée pour le passer plus vite… mais outre les bras en moins pour la suite de l’épreuve, parfois ce n’est pas le bon plan, car ça fait plus de dispersion (et comme dit le proverbe, trop de cuisiniers gâtent la soupe).
Et enfin, ces épreuves sont plutôt créatives dans l’ensemble. En outre, j’ai cité un exemple particulier, pour montrer la façon dont les rôles peuvent être répartis ; mais pour d’autres épreuves, la structure est un peu différente. Par exemple, au lieu d’un chronomètre donné, l’épreuve peut être chronométrée « humainement », avec des candidats devant tenir le plus longtemps possible sur une barre fixe à la force des bras, ou maintenir des portes à l’aide de poulies ; et le capitaine d’équipe peut là encore désigner autant de candidats qu’il pense nécessaires. Par la suite, les épreuves sont également chronométrées de façon « humaine », mais avec un nombre fixe de candidats attitré. D’ailleurs, je regrette que ce soit devenu la norme au bout du troisième ou quatrième épisode, et que les épreuves aient par la même occasion perdu en diversité à ce niveau-là.

Ici, une partie de l’équipe doit envoyer des bolas sur des barres asymétriques pour valider l’épreuve…
… mais le temps qu’il leur sera alloué dépend du temps total que le reste de l’équipe arrivera à rester suspendu à une barre horizontale.

Néanmoins, quelques éléments viennent contrebalancer ces points positifs.
Déjà : c’est léger, mais la mise en scène de certaines épreuves paraît parfois un peu trop alambiquée, et/ou on ressent potentiellement le côté artificiel de certaines règles. Ce qui renvoie l’impression que certaines épreuves peuvent paraître plus difficiles que réellement nécessaire ; surtout vu les enjeux, sur lesquels je reviendrai.

Mais surtout, car le rôle du capitaine va finalement bien au-delà du cadre de l’épreuve ; alors que, de base, il a été tiré au sort. Et autant je peux l’accepter dans le cadre d’une épreuve ; autant quand ça peut bouleverser la stratégie du reste du jeu, ça ne passe pas très bien pour moi…
D’une part, car les trois candidats désignés pour ne pas faire l’épreuve ont une importance plus forte au niveau de la stratégie globale, comme on le verra dans le paragraphe suivant. Et c’est d’ailleurs le seul intérêt de cette règle ; autrement, on aurait très bien pu faire jouer tout le monde dans l’épreuve…
Et d’autre part, à cause de la sanction en cas d’échec. Car si réussir l’épreuve octroie des tronçons de pont supplémentaires, la rater implique un nouveau choix pour le capitaine. Et ce choix, c’est l’envoi de l’un des candidats qui ont fait l’épreuve directement en épreuve éliminatoire.

Et je ne suis vraiment pas fan de cette sanction…
Déjà, car l’enjeu de l’épreuve se suffit à lui-même, que l’épreuve est déjà assez complexe comme ça, qu’elle mobilise des forces qui auraient très bien pu être utilisées pour avancer sur le pont, et qu’il n’y avait pas besoin de remuer le couteau dans la plaie.
Mais aussi car cette nomination de la part du capitaine d’équipe a surtout vocation à susciter du drama inutile, en mode « Mais pourquoi untel ? » quitte à faire détester le capitaine d’équipe…
À la rigueur, ça aurait peut-être pu passer un peu mieux si on avait laissé le choix à l’équipe de disputer l’épreuve ou non ; mais là, ça fait vraiment sanction gratuite…

Le dilemme alimentaire

Avant de parler de cette phase plus en détail, précisons que la gestion de la nourriture fait partie de l’aspect « survie » du jeu.
En effet, les candidats disposent de trois jours de vivres au départ ; mais par la suite, cette nourriture n’est pas fournie gratuitement par la production.
Soit les candidats peuvent essayer d’en trouver dans les alentours, mais c’est assez limité (car à part des fruits et des insectes, il n’y a pas grand-chose… on n’est pas dans Koh-Lanta qui dispose d’un peu plus d’options) ; soit les candidats peuvent en obtenir moyennant des dilemmes.

Revenons sur les candidats n’ayant pas participé à l’épreuve collective.
Ceux-ci se présentent devant l’animateur, qui leur présente de la nourriture (et parfois d’autres choses utiles, comme des outils supplémentaires pour fabriquer le pont), dans le but de les faire saliver.
Mais cette nourriture (et tout le reste) n’est (évidemment…) pas gratuite ; et peut s’obtenir au prix d’un dilemme, sur lequel les trois candidats devront se mettre d’accord.
Par exemple, les candidats peuvent renoncer à la nourriture, afin de s’immuniser mutuellement ; ou bien ramener la nourriture, mais nommer quelqu’un resté sur le camp en contrepartie pour l’obtenir ; ou bien nommer l’un des trois représentants en contrepartie ; bref, les possibilités sont relativement larges.

Mais qu’y a-t-il donc dans ces sacs ? (y a pas de spoiler, c’est généralement de la bouffe ou du confort supplémentaire)

Et vous vous en doutez probablement, mais je n’aime pas du tout cette phase, qui pourrait se résumer en deux mots : drame forcé.
D’une certaine façon, ça me rappelle la phase des ambassadeurs de Koh-Lanta (d’ailleurs, dans l’épisode 4, c’est exactement ça, puisque les désignés devaient choisir entre envoyer un coéquipier en épreuve éliminatoire ou tirer au sort entre eux deux…), dont je ne suis déjà pas fan ; même si ça rappelle plutôt l’époque où l’enjeu de cette phase était un bulletin de vote dans l’urne. Ici, le « pire » qui puisse arriver, c’est l’envoi d’un (ou plusieurs) candidat(s) à l’épreuve éliminatoire, donc il y a toujours moyen de sauver sa place (… sauf plus tardivement dans le programme, mais on en reparle).
Mais franchement, je trouve ça quand même un poil ignoble de faire ce genre de dilemmes, en jouant sur ce genre d’enjeux… car vous imaginez bien que c’est clairement le genre de règle qui est là pour introduire des tensions entre candidats. Et (bon, c’est techniquement un mini-spoil, mais ça me semble évident…) vu que j’ai énormément de mal à voir comment se passer de nourriture sur une période aussi longue, c’est évident que les candidats vont souvent choisir la nourriture au détriment de leurs camarades…
Quitte à faire des dilemmes là-dessus, j’aurais trouvé plus intéressant de les proposer comme enjeu alternatif de l’épreuve collective. Mieux : d’en faire surtout du « confort », mais en ne laissant pas les candidats sans rien…

Ah, et dans les enjeux non alimentaires, on a aussi le courrier des proches… copie de Koh-Lanta, bonjour !
Je trouve même ça d’autant plus idiot que le programme dure moitié moins longtemps qu’une saison classique de
Koh-Lanta… c’est si compliqué que ça de tenir genre 3 semaines sans nouvelles des proches ?

Le vote

Les épreuves éliminatoires nécessitant trois candidats, ceux qui n’ont pas encore été désignés lors des deux phases supplémentaires le sont grâce à une phase de vote.
Tour à tour, les candidats se présentent à l’animateur, et donnent le(s) nom(s) de celui/celle/ceux qu’ils voudraient voir participer.
S’il ne manque qu’un seul candidat pour l’épreuve éliminatoire, ils n’auront besoin de citer qu’un seul nom ; mais s’il en manque deux, ils devront en citer deux.
Et le(s) candidat(s) qui a/ont eu le plus de votes est (sont) envoyé(s).

Vu qu’il n’y a de toute façon pas de cérémonial particulier pour que les candidats soumettent leur vote (ils vont juste voir Stéphane Rotenberg dans la forêt un par un…), c’est une capture d’écran comme une autre.

Bon, là, je ne vais pas me plaindre d’un quelconque drame forcé ; autrement, je remettrais carrément en cause l’un des fondements de la formule Koh-Lanta (même si, par rapport au format tel qu’il avait été proposé originellement, on aurait pu s’en dispenser).
En fait, je trouve même que la présence d’une épreuve éliminatoire juste après est une bonne idée, qui fait office de « dernière chance » pour les nommés, et permet de distinguer un peu le format de Koh-Lanta à ce niveau-là (qui préfère opter pour une épreuve d’immunité, suivie d’un Conseil éliminatoire), tout en laissant aux nommés une chance de réintégrer l’aventure et ne pas subir complètement le vote.

L’épreuve éliminatoire

Les trois nommés pour l’épreuve éliminatoire s’affrontent dans une épreuve individuelle.
Chaque candidat fait l’épreuve dans son coin, sans savoir quelle a été la performance de ses adversaires ; et l’animateur révèle le verdict une fois l’épreuve réalisée par les trois candidats.
Celui qui a fait le meilleur temps réintègre la partie ; et les deux autres sont éliminés.

Par ailleurs, notons qu’en cas d’abandon volontaire d’un candidat pendant l’épisode, il n’y a qu’une seule élimination à l’issue de l’épreuve.

Je n’ai pas grand-chose à dire sur cette phase de jeu, qui est correcte et correctement amenée.
Les épreuves ne sont certes pas aussi originales et complexes que les épreuves collectives, et sollicitent un peu moins de qualités simultanément ; mais elles passent bien, et ne semblent pas particulièrement (dé)favoriser de candidats plus que d’autres. En fait, j’ai même l’impression qu’elles sont plus ou moins composées en fonction des candidats qui y participent (par exemple, quand ce sont trois hommes, elles requerront plus de force que si ça avait été mixte).

Ici, il faut empiler des cubes, de sorte que les marques horizontales présentes sur ceux-ci soient bien alignées avec le modèle à côté. Et imaginez que deux autres candidates sont en train de faire la même chose en parallèle, sans qu’elles ne sachent la progression de leurs concurrentes.

La fin de saison

À partir de l’épisode 5 (la saison comptant 6 épisodes), les règles précédemment énumérées changent.
Pour l’épreuve collective, en cas de réussite, en plus des tronçons de pont offerts, le capitaine désigne également une personne directement qualifiée pour la finale ; et en cas d’échec, il n’a pas besoin de désigner quelqu’un pour l’épreuve éliminatoire.
Le dilemme alimentaire est remplacé par un dilemme où les émissaires peuvent sacrifier une partie du Trésor pour sélectionner les candidats de leur choix (y compris eux-mêmes s’ils le souhaitent) ; ce qui me fait cette fois-ci penser à Qui est la taupe plutôt qu’à Koh-Lanta… c’est bien de s’inspirer d’autre chose, pour une fois ; mais à nouveau, ça semble encore une fois présent pour créer potentiellement du drama à la noix… et stylistiquement, je trouve même que ça sort un peu de nulle part.
Ensuite, au lieu de voter pour les candidats à envoyer en épreuve éliminatoire, les candidats doivent cette fois-ci voter pour quelqu’un qui sera immunisé et accèdera directement en finale.
Quant à tous ceux qui n’auront pas été immunisés, ils iront en épreuve éliminatoire ; avec toujours deux éliminations à la clé, même si davantage de candidats participent.
Ce n’est pas plus mal d’avoir un peu tourné différemment les règles, histoire de marquer le coup ; ce qui permet également de rebattre un peu les cartes.

Quant à l’épisode 6, l’épreuve collective est réalisée par tous les candidats (i.e. aucun n’est mis de côté cette fois-ci), sans capitaine, l’enjeu redevient uniquement les tronçons de pont, et il n’y a pas de contrepartie négative en cas d’échec.
En revanche, il y a toujours un dilemme ; et là, je me dois de spoiler. Mais de toute façon, à ce stade, ça va être difficile de faire autrement ; donc sautez directement à la conclusion si vous ne voulez rien savoir.

Car j’ai l’impression qu’il a été proposé sur mesure, compte tenu de la situation.
En effet, un candidat (désigné par l’équipe) peut prendre la décision d’éliminer quelqu’un, en échange des tronçons de pont manquants (d’où le spoiler, car le dilemme n’aurait sans doute pas été proposé si l’équipe n’avait pas été en retard…) ; et, bien sûr, sans aucune concertation avec les autres, parce que drama. D’ailleurs, à ce stade du jeu, même le reste de l’équipe l’avait subodoré, c’est dire à quel point la prod pouvait être prévisible…
Bon, après, par rapport aux dilemmes alimentaires, l’enjeu reste peut-être un peu plus justifié pour mettre l’élimination d’un candidat dans la balance, je le reconnais. C’est juste que, comme d’habitude, la façon de le faire me pose toujours autant problème…


Bref, après cet énième dilemme à la mords-moi-le-nœud, il n’y a quasiment plus qu’à finir la construction du pont ; et si les candidats y parviennent et ramènent le trésor sur leur camp avant le coucher du soleil, félicitations. Sauf qu’évidemment, ça ne se termine pas là…
Oui, parce que, comme il ne faut qu’un seul gagnant (parce que merde), et qu’on a encore une trentaine de minutes d’épisode à remplir, on va demander aux finalistes encore en lice de voter pour celui qui, à leur sens, mérite le plus le trésor…
Bon, à ce stade, j’ai déjà été bien essoré par les dilemmes, drames forcés et compagnie ; aussi, je ne suis clairement plus à ça près.
En fait, mon « vrai » problème avec ça, c’est plutôt sur la forme ; car le dernier épisode en devient surtout très verbeux, et par conséquent plutôt ennuyeux, vu qu’il ne se termine pas sur une dernière épreuve. Et puis bon, je ne vous cache pas que j’en avais un peu rien à cirer du nom du grand gagnant, vu l’état d’esprit dans lequel le programme m’a mis…

Mais ce n’est toujours pas fini ! Car, surprise : le grand gagnant aura encore un dernier choix à faire ! En effet, il peut décider de soit tout garder pour lui, soit partager avec les autres (et si oui, comment).
… j’en peux vraiment plus d’Endemol et de sa façon d’incorporer du drama de merde à tout va. Jusqu’à la dernière minute, on a droit à des dilemmes à la con comme ça.
Parce que bon, dans le « meilleur » des cas, le trésor est partagé équitablement par tout le monde, auquel cas on a l’impression d’avoir perdu 30 minutes de sa vie, parce que la saison aurait pu se terminer sur le pont construit et le trésor ramené au camp ; et dans le pire des cas, le grand gagnant passe pour un connard pour avoir décidé de tout garder pour lui. Et entre les deux, on aura droit à des « Hé mais pourquoi j’ai gagné que x euros, je suis déçu je m’attendais à mieux… » de la part de ceux qui ont mal pris la décision… ou de réflexions de la part du spectateur parce que le grand gagnant s’est gardé un peu trop de fric.
Ah, et histoire de bien mettre l’emphase sur les dilemmes, la mise en scène s’y met aussi ; et fait étirer inutilement tout ça, genre en montrant le gagnant s’expliquer envers chaque candidat individuellement plutôt que d’annoncer sa décision collectivement… à nouveau, il faut bien meubler…

Alors, certes, certains diront que cet ultime rebondissement peut, au contraire, être l’occasion de proposer une fin plus ouverte et plus « modulaire » qu’un jeu d’aventure classique, où pour une fois, ce ne serait pas qu’une seule personne qui gagnerait tout (si on excepte certains programmes comme Le maître du jeu ou les Loups-garous likes) ; bref, qu’on pourrait justement voir ça comme une façon plus positive de terminer un programme.
Mais pour moi, non. Je suis hélas bien trop conscient de la mentalité d’Endemol pour pouvoir affirmer avec certitude que ce n’était clairement pas l’intention voulue (auquel cas, l’émission se serait terminée sur le pont construit et le trésor ramené, et le gain aurait été partagé quoi qu’il arrive) ; et quand bien même, ça dépendrait beaucoup trop de la mentalité du grand gagnant. En outre, dans la réalité, il pourrait très bien partager le gain hors champ s’il tenait à le faire…

Mais avant de terminer, je me dois tout de même de préciser que cet ultime dilemme à la con n’est pas une spécificité de la VF. En fait, il était présent dès la première saison d’El Puente ; et j’ai même envie de dire que c’était peut-être limite l’argument de vente ultime du programme, tout comme c’était le cas pour Divided… comme quoi, ça confirme que l’enjeu seul de la construction du pont en un temps limité restait trop peu intéressante à leurs yeux, et ce dès le départ.

Bref, c’est vraiment à croire que la prod s’adressait directement à moi en mode « Tu pensais qu’on était déjà salauds avec nos règles pour que les candidats se tirent entre les pattes ? Mais t’avais encore rien vu mon pote ! ».
Vraiment, déjà que j’avais une bien piètre estime du reste du programme, cet épisode final ne fait que conforter le ressenti malsain que j’ai globalement eu. Et vu que la dernière impression est déterminante, attendez-vous donc à une note finale salée…

Total : 7/20

Entendons-nous bien : je ne cherchais évidemment pas à détester The Bridge (enfin, du moins, pas à ce point-là…) avant de me lancer dans le visionnage ; et je ne m’attendais donc pas à en être carrément dégoûté après avoir vu ses six épisodes.
Je cherchais sincèrement à explorer une alternative à Koh-Lanta, dont je m’étais désintéressé depuis longtemps, en espérant trouver quelque chose qui me plaise un tant soit peu, et qui se démarque un peu plus positivement ; mais au final, The Bridge aura surtout fait pire.
Dans un sens, j’ai tout de même envie de dire qu’un fan de Koh-Lanta pourrait éventuellement y trouver son compte (enfin, sauf ceux qui regardent pour les plages et l’océan, et trouveraient que la Patagonie n’est pas aussi dépaysante…), dans la mesure où les atouts du format sont assez similaires, tout en proposant des enjeux un peu différents ; et que si on a envie de varier les plaisirs, The Bridge n’est pas spécialement un mauvais choix.
En revanche, le principal problème du programme, c’est très clairement son overdose de situations sujettes à drama et prétextes pour que les candidats se tapent dessus ; jusqu’à un ultime épisode qui en est carrément l’apogée, et qui a tout le potentiel pour laisser le spectateur sur une note potentiellement très amère. Et bien que je ne puisse pas l’affirmer avec certitude (vu que je suis très loin d’en avoir vu toutes les saisons), même Koh-Lanta ne me semble jamais avoir atteint ce stade de foutage de gueule dans la façon de le faire.

Après, tout n’est clairement pas à jeter. On a toujours le côté dépaysant d’un jeu d’aventure bien produit ; hormis l’épisode final qui traîne beaucoup en longueur, le rythme du reste est relativement bien géré ; j’aime sincèrement la plupart des épreuves, et surtout la créativité dans la façon de les avoir construites, avec un rôle de capitaine d’équipe assez rafraîchissant ; et le casting était plutôt bon, et j’aurais sans doute sincèrement apprécié le voir dans un contexte moins délétère que celui-là pour garder une meilleure impression globale des candidats.
En fait, si Endemol n’avait pas cherché à rendre son programme aussi malsain (presque comme d’habitude, j’ai envie de rajouter… tu es vraiment un cas à part, Qui est la taupe), j’aurais sans doute trouvé The Bridge tout à fait correct, si le programme s’était davantage focalisé sur ces points positifs. Ils méritaient d’être soulignés, et ils m’ont quand même permis de rendre le visionnage plaisant à quelques moments ; mais bon, ils sont malheureusement très loin de suffire à compenser ce que j’ai détesté.
Et même si j’ai d’habitude plutôt tendance à encourager les alternatives au Big Four des jeux d’aventure, je trouve quand même que The Bridge a amplement mérité son échec à l’époque, pour en avoir proposé une itération aussi grossièrement exécutée.


Bon, après avoir traité des alternatives au Big Four ; la prochaine fois, on partira sur un format inclassable… et qui devrait au passage me faire revoir EndemolShine à la hausse.

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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