Le 11 octobre 2024, je me suis retrouvé confronté à un choix cornélien : deux jeux d’aventure/enquête (davantage « enquête » qu’ « aventure » d’ailleurs) sont lancés le même soir. En effet, TF1 a décidé de diffuser Le maître du jeu ; tandis que Canal+ a voulu dégainer son adaptation des Loups-garous. Le choix aurait été vite fait en temps normal, vu que je ne suis pas abonné à Canal ; mais, exceptionnellement, ils avaient décidé de diffuser les deux premiers épisodes en clair.
Et, assez ironiquement, alors que mon choix se serait plus naturellement porté vers Canal+ plutôt que vers TF1 en comparant les concepts sur le papier (pour une raison toute bête : l’émission de TF1 était basée sur des people, mais pas celle sur Canal+…), c’est finalement à TF1 que j’ai donné sa chance ce soir-là. D’une part, car il n’y avait que les deux premiers épisodes de gratuits pour le format de Canal, et que je n’avais pas de garantie à l’époque de pouvoir rattraper les suivants ; et d’autre part, parce que TF1 avait vendu son format de façon moins… prétentieuse. Ouaip, depuis 100% logique, je suis devenu un peu sensible à ça…
Et, rétrospectivement, je n’ai pas regretté mon choix ; car j’ai très largement préféré Le maître du jeu à Loups-garous.
Oui, je sais, je dois être l’un des rares à le penser (surtout vu les critiques dithyrambiques qu’on trouve au sujet de Loups-garous un peu partout) ; mais croyez bien que j’en reste le premier surpris. Non pas que je dédaigne TF1 (du moins pas dans ce cas de figure) ; mais je me doutais que son approche allait être plus… « formatée » et « commerciale » par rapport à Canal, dont l’approche allait être plus « artistique » et « novatrice ». Je précise que ce n’est pas un reproche ; c’est juste lié au modèle économique des deux groupes, qui est très différent, et qui les pousse donc à avoir des approches davantage en phase avec leur public cible.
Et vu mes tendances plutôt bobo-hiptser sur les bords, j’aurais donc plutôt parié que le format de Canal allait me parler davantage ; mais finalement, non… Tout simplement car l’un s’est planté en voulant se montrer trop original (et encore, quand je dis « trop original », je parle surtout de sa forme, le fond ne l’étant pas tant que ça…) ; tandis que l’autre m’a paru conscient de n’avoir rien inventé ni réinventé, mais d’avoir assumé cet état de fait, et d’en avoir profité pour faire son job de façon efficace.
Bon, en revanche, niveau postérité, Le maître du jeu s’en est sorti beaucoup moins bien. Les audiences sont restées plutôt correctes, bien qu’en baisse au cours de la diffusion du programme ; mais pas de quoi casser trois pattes à un canard pour TF1. Et quand Laurent Ruquier (animateur du programme) a été questionné là-dessus, il a répondu qu’une saison 2 n’était pas dans les cartons ; donc, cette fois-ci, à moins d’une surprise, je pense que je n’aurai pas besoin de préciser que je ne traite que la saison 1…
Et une dernière chose avant de me lancer : si je ne ferai aucun spoiler sur ce qui fait l’intérêt principal du jeu, je pourrai en revanche être amené à en faire quelques-uns sur des points un peu plus secondaires (que j’essaierai de signaler au préalable). Donc soyez prévenus, si vous préférez garder la surprise.
L’enquête sur l’hôte
12 candidats ont été invités dans un château, dont ils ignorent l’identité de leur hôte (le fameux Maître du jeu). Leur but sera donc de la trouver, sachant qu’il s’agit d’une célébrité.
Pour ce faire, ils devront donc enquêter dessus, à partir de différents indices.
Bon, vu qu’on connaît Mask Singer depuis 2019, ce n’est pas un concept très novateur, vu comme ça. On notera toutefois que l’hôte en question n’apparaît jamais devant les candidats (excepté à la toute fin, pour révéler son identité), et est plutôt présenté comme quelqu’un qui tire les ficelles par le biais de magnétos destinés aux spectateurs, un peu comme le propriétaire du domaine de District Z.
Cependant, la réflexion des candidats est bien évidemment guidée par des indices qu’ils doivent trouver. Et ce, de plusieurs manières.
D’une part : dans le château. Un peu comme pour les indices de Qui est la taupe, les candidats doivent fouiller un peu partout pour déterminer ce qui, selon eux, pourrait être un indice ou non. Et comme pour Qui est la taupe, les indices en question sont loin d’être évidents, pour des raisons compréhensibles…
Notons par ailleurs que certaines séquences peuvent servir à en obtenir davantage, comme lors de l’émission 3, qui proposait un petit moment rappelant les escape games, avec des énigmes à résoudre dans une salle à débloquer, et des indices à y trouver. J’ai apprécié.

Et d’autre part : en remportant les épreuves proposées (on reviendra sur celles-ci un peu plus loin).
Pour chaque épreuve, une bobine est en jeu. Celle-ci est ensuite projetée dans une salle à cet effet ; dans laquelle on peut voir le Maître du jeu en scène (bien évidemment déguisé, et dont la voix a été camouflée), avec différents indices le concernant.
Mais attention : cette bobine n’est véritablement utile que si l’épreuve en question a été remportée au préalable. Autrement, les candidats gagneront une bobine sabotée, qui ne leur sera pas d’une très grande aide… par exemple, celle-ci peut être doublée en coréen (ce qui est plutôt fun, surtout quand on le découvre).
Après visionnage d’une bobine non sabotée, ils peuvent donner 6 éléments (visuels, auditifs…) aperçus durant la projection, qu’ils pensent être des indices. On leur confirmera après le nombre d’indices qu’ils ont juste ; mais ce sera ensuite à eux d’en déduire lesquels sont les bons.


À l’issue de certains épisodes, les candidats se retrouvent dans la Salle des portraits, devant une galerie de 100 portraits, représentant tous des célébrités susceptibles d’être l’hôte.
Ils bénéficient alors d’un indice supplémentaire, leur permettant d’éliminer une partie des propositions. Par exemple, « L’hôte a moins de 40 ans ».
Ils peuvent alors désigner 25 portraits ; et une fois la sélection validée, tous ceux ne correspondant pas à l’indice sont éliminés, et les candidats sont alors sûrs que l’hôte n’en faisait pas partie. En revanche, ceux qui y correspondaient restent en place. Pour reprendre l’exemple avec l’indice « L’hôte a moins de 40 ans », si les candidats ont désigné 19 personnalités ayant moins de 40 ans et 6 qui ont plus de 40 ans, les 19 seront éliminés, mais les 6 autres resteront en place.

Ah, et bien sûr, hors de question de vérifier sur Wikipédia avant pour voir si l’indice donné ne colle pas aux personnalités qu’on souhaite éliminer.

Tous les portraits en bleu seront alors définitivement éteints ; mais ceux en rouge seront rallumés, car il n’est pas impossible que parmi eux, se cache l’identité de l’hôte.
Je n’ai pas grand-chose à dire de plus sur cet aspect « enquête sur l’hôte », qui est plutôt efficace dans sa mise en scène, et prenant sur les six épisodes de la saison.
Enfin, si : les candidats verront leur réflexion être perturbée par un certain élément… mais ça, on en reparlera plus loin.
Les épreuves
Pour l’instant, revenons sur les épreuves.
Bon, vous me direz : quoi de plus naturel pour un jeu d’”aventure”. Oui, certes, ici, le côté “aventure” n’est pas particulièrement marqué, les candidats prenant place dans un château plutôt somptueux, et les épreuves ne jouant pas sur le dépassement de soi ni sur des caractéristiques physiques. Mais bon, par « jeu d’aventure », je parle surtout de la formule elle-même.
L’enjeu pour les candidats est bien évidemment de les réussir ; auquel cas, ils remportent une bobine “intacte” pour la projection qui s’ensuit. Sinon, ils remportent une bobine “sabotée”. Mais ça, j’en ai déjà parlé plus haut.
Sans forcément toutes les citer, on peut néanmoins trouver certains points communs entre elles.
En effet, toutes les épreuves sont basées sur des qualités plutôt « intellectuelles », comme la réflexion logique ou la mémoire.
Néanmoins, il y a tout de même quelques épreuves où les candidats peuvent être amenés à courir un peu ; mais ça reste mineur, le but étant surtout de les amener d’un point à un autre, et non de leur faire piquer un sprint.

J’apprécie tout particulièrement le fait que ce jeu ait choisi d’axer ses épreuves sur des qualités davantage associées à la réflexion, la mémoire, la logique ; bref, des qualités plutôt cérébrales.
D’une part, ça lui donne un certain cachet, en axant les épreuves sur une thématique commune ; ce qui évite de donner une impression de fourre-tout façon Fort Boyard des années 2010, ou façon Loups-garous. Et d’autre part, c’est d’autant plus cohérent avec le thème du jeu lui-même, dont les fils rouges consistent à réfléchir, que ce soit sur l’identité de l’hôte ou de celle du complice, et avec un casting semblant davantage orienté pour ça.
D’ailleurs, sur la sélection de jeux d’enquête/sabotage que j’ai pu traiter jusqu’à présent, c’est celui que j’ai trouvé le plus cohérent à ce niveau-là. Non pas que les autres faisaient mal leur job à ce sujet (au contraire, les épreuves de Qui est la taupe ? étaient très bonnes dans leur contexte, et Cash Island mettait très bien en avant le côté plus polyvalent de ses épreuves) ; mais c’est en tout cas le premier jeu de la sélection à se focaliser sur un ensemble de qualités plus spécifiques.

Ce qui est autrement plus intéressant que de la poser en catapultant le candidat ou en lui balançant des insectes sur la figure… (j’adore comment j’arrive à tacler la décennie 2010 de Fort Boyard de façon totalement improvisée)
En revanche, j’ai tout de même quelques bémols à émettre ; avec pour commencer le fait que certaines épreuves ont été purement et simplement tronquées au montage.
Par exemple, dans la première émission, les candidats doivent trouver les réponses de 10 énigmes consécutives, avec à chaque fois une minute de réflexion. Mais, finalement, on n’a pas vu l’intégralité des énigmes, on en a vu seulement quatre ou cinq… et les énigmes manquantes ont été purement et simplement coupées au montage. Par conséquent, le nombre d’énigmes résolues à la fin était juste balancé comme ça…
Dans la troisième émission, les candidats doivent, par groupes de trois, décrire le plus précisément possible la couverture d’un livre, afin de communiquer les détails à un coéquipier, qui communiquera lui-même les détails qu’il a retenus au dernier coéquipier, qui devra identifier le bon livre dans la bibliothèque. Mais, à nouveau, on ne nous aura montré l’épreuve que de façon partielle, avec seulement trois livres identifiés, et le quatrième qui l’aura été hors champ…
Ce côté tronqué est d’autant plus frustrant vu le parti pris de l’émission de faire des épreuves davantage axées sur l’intellect, qui ont d’autant plus le potentiel de se montrer interactives avec leur public. Pour une fois que TF1 a l’occasion de prouver qu’elle ne cherche pas que du temps de cerveau disponible, c’est dommage de ne pas aller jusqu’au bout !

Épreuve intéressante… mais nous, spectateurs, n’aurons droit qu’à 6 énigmes au lieu de 10. Dommage…
En outre, même si j’ai apprécié les différentes épreuves, je me dois quand même de parler de celle que j’ai trouvée la plus décevante du lot : la dernière… et ce, pour deux raisons, dont une que je détaillerai plus tard.
Pour l’instant, je dirai juste que la dernière épreuve consistait en plusieurs binômes de candidats, qui devaient répondre à des QCM, jusqu’à ce que l’un d’eux fasse une erreur.
Au départ, j’avais trouvé l’épreuve plutôt intéressante, car les questions portaient sur la mémoire des candidats ; et plus précisément sur des détails de ce qu’ils ont vécu, comme “Dans quel contenant ont-ils dû mettre leurs portables en début de jeu ?” ou “Quelle était la couleur de la veste de telle personne avant son élimination ?”. Mais, rapidement, c’est passé sur de la culture générale lambda (ou plutôt, de la culture cinéma, vu qu’on n’a eu que des questions là-dessus…). Là, c’est un carton rouge. Même si la culture générale des candidats est mise à l’épreuve dans l’aspect “enquête” (afin de savoir dans quel film joue telle personnalité par exemple), les questions posées sortaient en revanche vraiment de nulle part. Pourquoi ne pas être jusqu’au bout de l’idée de départ, et ne pas avoir continué à poser des questions de mémoire ?
Et c’était d’autant plus agaçant vu l’enjeu particulier de l’épreuve… mais ça, j’y reviendrai.
Le complice et le danger d’élimination
Depuis tout à l’heure, je parle surtout de l’enquête sur l’hôte du château ; toutefois, il y a un autre élément qui va venir la pimenter… ou plutôt, la perturber.
D’ailleurs, il serait clairement temps que j’en parle ; car, jusqu’à présent, on pourrait se demander pourquoi j’ai comparé Le maître du jeu à Loups-garous ; et pourquoi je l’ai incorporé à ce mini-bloc de jeux de sabotage/démasquage… alors que certes, les candidats doivent « démasquer » le MJ ; mais celui-ci ne fait rien de particulier durant le jeu, hormis révéler son visage à la fin. (Au passage, on pourrait limite soupçonner qu’il n’est venu réellement qu’à ce moment-là, et que pour le reste de ses interventions, c’était un intermittent déguisé… mais bon, ce ne sont que pures spéculations)
En fait, si le but premier des candidats est de trouver le nom du MJ ; l’un d’entre eux a, au contraire, tout intérêt à faire capoter l’enquête. Car celui-ci est en réalité le complice de l’hôte mystérieux ; dont il connaît l’identité !
Son but sera de faire en sorte que les autres candidats ne la découvrent pas ; que ce soit en suggérant des fausses pistes de réflexion, ou bien en tentant de saboter les épreuves, ou de gâcher les propositions d’éliminations de visages. Le tout le plus subtilement possible, bien entendu.

Et, s’il y parvient, il sera alors considéré comme le seul et unique vainqueur du jeu. Dans le cas contraire, les autres candidats encore en lice à la fin se partageront la récompense (enfin, pour leurs associations, évidemment).
La surprise n’est cependant pas gardée très longtemps pour le spectateur, celui-ci apprenant l’identité du complice assez rapidement ; là où les candidats n’apprennent l’existence d’un complice qu’en fin d’épisode 1 (sur un cliffhanger un peu mal amené d’ailleurs).
Bon, dans un sens, on peut se dire que c’est dommage de ne pas avoir gardé l’identité du complice secrète, afin que le spectateur puisse enquêter dessus de son côté, façon Qui est la taupe ; mais de l’autre, on peut aussi juger la façon dont le complice tente de saboter le jeu en sachant qui il est, donc pourquoi pas. En outre, étant donné que le mystère principal reste l’identité de l’hôte, ça permet de ne pas trop s’éparpiller non plus.
Cependant, le reste de l’équipe pourra toujours essayer de démasquer le complice, lors des Conseils du village euh, pardon, Cérémonies du soupçon. Oui, c’est là que le côté Loups-garous-like intervient. Peut-être un peu trop, même.
A la fin de (presque) chaque épisode, et avant qu’un indice permettant d’éliminer des personnalités potentielles ne soit révélé, les candidats procèdent à l’élimination de l’un des leurs, lors de ce qui s’appelle la « cérémonie du soupçon ».
Au préalable, ils ont élu un “enquêteur de confiance”, i.e. celui qui, selon eux, n’est pas le complice. Celui-ci sauve alors quelqu’un d’autre, qu’il pense ne pas être le complice. La personne sauvée doit alors désigner quelqu’un d’autre, qui ne sera pas éliminé ; et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une seule personne qui n’aura pas été désignée. Celle-ci est alors éliminée.
Si c’est le complice, tant mieux pour les candidats ; en revanche, si ce n’est pas le cas, ils auront non seulement éliminé une innocente victime ; mais, de plus, le complice devra également secrètement désigner une nouvelle victime, qui sera elle aussi éliminée sur-le-champ !

Avant de donner mon avis là-dessus, précisons une dernière chose.
Cette cérémonie du soupçon n’est effectivement pas récurrente (comme je l’ai insinué plus haut), certains épisodes en étant dispensés.
En particulier le premier, où son absence est justifiée par le fait que les candidats y apprennent l’existence du complice à la fin ; et où on peut de toute façon s’en passer, car on est déjà occupé à appréhender le concept du jeu.
Mais dans un autre épisode, le complice a été amené à remplir une mission un peu spéciale ; où il a l’occasion d’éliminer un candidat, s’il parvient à ne pas se faire démasquer. Auquel cas, la cérémonie du soupçon n’a alors pas lieu d’être, puisqu’une élimination a eu lieu. L’idée est d’ailleurs intéressante ; mais elle ne pouvait marcher qu’une seule fois, les autres candidats étant alors davantage sur leurs gardes dans les épisodes suivants.

Concernant les autres éliminations, en revanche, l’inspiration des Loups-garous likes me paraît assez évidente.
Et autant je n’ai rien à redire sur les cérémonies du soupçon elles-mêmes (dont le déroulement est plutôt rafraîchissant, avec l’idée de se sauver mutuellement plutôt que de voter de façon plus classique façon Conseil de Koh-Lanta ou des Loups-garous) ; autant la possibilité pour le complice d’éliminer la personne de son choix juste après (façon Loups-garous, mais avec une seule personne prenant la décision, plutôt qu’un accord mutuel) est peut-être un peu de trop ; et me donne l’impression d’être là parce qu’on a cherché à reproduire cette formule un peu trop fidèlement, au détriment de l’élément principal du jeu qu’est l’enquête sur l’identité de l’hôte.
Dans les Loups-garous ou Les Traîtres, ça a effectivement du sens de procéder à des éliminations pendant la nuit ; car c’est le but des “méchants”. Mais ici, le but du complice est principalement de brouiller les pistes et de saboter la partie ; et, pour ce faire, il n’y avait pas nécessairement besoin d’aller jusqu’à éliminer directement d’autres candidats. Bon, cela dit, ça reste quand même un moyen pour le complice de le faire, en semant encore plus de confusion, je l’admets.
En outre, j’ai tout de même des réserves par rapport aux différents scenarii possibles, y compris après avoir visionné l’intégralité de la saison (attention, spoilers à partir de maintenant, sautez au paragraphe suivant si vous ne voulez rien savoir).
Car même si l’idée d’avoir un élément perturbateur pour brouiller les pistes est très intéressante, et qu’on ajoute une enquête secondaire pour ne pas faire reposer l’intérêt de visionnage uniquement sur l’identité de l’hôte mystère, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’il en serait advenu dans un scénario moins optimal pour la production.
En effet, dans cette saison, le complice n’a été éliminé que tardivement (donc, oui, il a été démasqué…), dans l’avant-dernier épisode, lors de ce qui devait être a priori la dernière cérémonie des soupçons. Mais s’il avait été démasqué beaucoup plus tôt, ça aurait sans doute posé plusieurs problèmes.
Déjà, ça aurait bouclé l’enquête secondaire beaucoup plus vite, et je suppose que ça aurait mis la production un peu dans l’embarras pour meubler les épisodes suivants aussi efficacement, malgré l’enquête principale qui suit son cours.
Et puis surtout… vu que les cérémonies du soupçon n’ont alors plus lieu d’être, comment meubler ces phases-là ? Et est-ce que les candidats peuvent tout de même continuer à se faire éliminer ? Et c’est à partir de là que je vais devoir faire quelques suppositions.
Ainsi, dans le dernier épisode, on a eu la fameuse épreuve à base de QCM, dont je parlais plus tôt.
L’autre raison pour laquelle j’ai trouvé la présence de cette épreuve plutôt malvenue, c’est son enjeu. En effet, ici, il n’était plus question de récupérer une bobine ; mais tout simplement… de ne pas se faire éliminer ! C’est d’ailleurs la seule épreuve où les candidats sont autant mis « en concurrence », ce qui fait d’autant plus tache par rapport aux autres.
Et vu le principe de l’épreuve… oui, on a eu deux candidats éliminés, là comme ça, tout simplement parce qu’ils n’ont pas su donner le prénom d’un personnage présent dans le film Intouchables…
Pour moi, c’était très facilement le pire moment du jeu, dans la mesure où non seulement je trouve que se faire éliminer sur une question de culture générale dans ce contexte est franchement naze et pas inspiré ; mais aussi parce que c’était la façon la plus artificielle possible d’écrémer des candidats.

De deux : qu’elle soit responsable à elle seule de l’élimination de deux candidats, ça m’agace particulièrement.
Mais la question que je me pose, c’est : est-ce que cette épreuve était prévue depuis le début ? Est-ce qu’en réalité, son but n’était pas de pallier l’absence de cérémonie du soupçon, devenue obsolète une fois le complice démasqué ? Et si celui-ci s’était fait éliminer dès l’épisode 2 ou l’épisode 4, est-ce qu’on aurait eu d’autres épreuves dans ce genre-là en contrepartie dans les épisodes restants ?
Ça reste une hypothèse de ma part (qui devrait le rester, vu que le jeu n’aura probablement pas de saison supplémentaire) ; mais si c’était avéré, je serais quand même assez mitigé là-dessus.
Déjà, parce que le concept de base du jeu ne justifie pas spécialement d’éliminer des candidats de façon régulière. L’idée du complice est intéressante et s’incorpore bien, certes ; toutefois, des épreuves éliminatoires en plus, ça fait surtout penser à une ficelle des jeux d’aventure un peu éculée.
Mais d’un autre côté… je reconnais que ça permet de meubler un peu les épisodes, ceux-ci n’étant pas très longs, et pour lesquels l’enquête sur le MJ seule aurait peut-être été un peu trop légère.
Donc… au final, le système de gestion du complice et des éliminations est un aspect du jeu sur lequel je suis assez partagé ; même si, dans l’ensemble, je trouve que ça reste quand même un plus de l’avoir incorporé.
En effet, comme je le disais, je pense que je me serais sans doute plus rapidement lassé d’un programme de 6 épisodes qui se serait focalisé uniquement sur la recherche de l’identité du MJ ; et même si l’introduction d’un complice démasquable à tout moment pose la question de savoir quoi en faire après son élimination, elle apporte tout de même un bénéfice certain par rapport à l’intérêt de visionnage, en ajoutant une enquête supplémentaire (mais cette fois-ci, à destination des candidats seulement).
Et le complice était plutôt bien choisi. Nonobstant quelques moments où la subtilité lui a fait défaut (mais qui passait dans le contexte, car une partie du casting n’était pas particulièrement finaude non plus, avouons-le…), le fait qu’il ait pu mystifier les autres candidats aussi longtemps a quand même prouvé son intérêt (ou bien ça a prouvé que les candidats n’étaient pas très bons, à vous de voir…) ; et certaines situations et réactions l’impliquant valaient d’ailleurs leur pesant de cacahuètes.
D’ailleurs, puisqu’on en parle…
Le casting
Terminons la critique en parlant rapidement du casting.
Comme je l’ai expliqué en intro, est composé de people ; mais pas n’importe lesquels, puisqu’on nous explique qu’ils sont censés avoir un lien avec la thématique du jeu, en ayant incarné des policiers/enquêteurs à l’écran, ou en étant fans d’enquêtes policières.
Mouais. A mon avis, ils auraient pris n’importe quels people, même sans ces liens, que ça n’aurait pas foncièrement changé l’expérience de visionnage, je pense… au bout d’un moment, admettez tout simplement que les anonymes ne sont pas jugés assez fédérateurs, quoi.
Enfin, nonobstant ces critères de sélection vaseux, je ne vais pas me plaindre ; parce que, dans l’ensemble, j’ai quand même trouvé le casting plutôt bon. Sans aller jusqu’à être optimal, ils semblaient quand même tous plutôt bien jouer le jeu et bien s’y prendre ; et même si certains semblaient légèrement à l’ouest par moments, je reconnais qu’ils m’ont offert de beaux fous rires.
Et puis, surtout, critère indispensable en ce qui me concerne lorsqu’on parle de people : aucun d’entre eux n’était lourd. Oui, je sais, mon niveau d’exigence à ce sujet est un peu bizarre ; mais après avoir vu un peu trop de programmes gâchés par des people qui se la ramènent un peu trop, ça me fait toujours du bien de voir des programmes où ce n’est pas le cas.
Enfin, j’aurais quand même une petite chose à reprocher : le couple…
Alors, je n’ai rien contre Arnaud Ducret ni contre Claire Francisci en eux-mêmes ; mais c’est plutôt le fait que les producteurs aient eu l’idée de mettre un couple parmi les candidats. Déjà, parce que Les Traîtres le fait à chaque saison ; mais aussi parce que, forcément, ils vont afficher un soutien mutuel davantage marqué dès le départ.
Et je pourrais résumer ça en quatre mots : les cérémonies des soupçons. Chacun des deux a été élu “enquêteur de confiance”, et avait donc la possibilité de sauver l’un des autres candidats en premier ; et, bien évidemment, ils se sont à chaque fois mutuellement choisis ! Quel suspense, dites-moi !
Et si ça parvient à fonctionner dans Les Traîtres, c’est parce que le nombre de saboteurs est plus élevé, et qu’il y a donc plus de possibilités quant au statut des tourtereaux (deux Loyaux, deux Traîtres, deux rôles opposés… plus la possibilité de devenir Traître en cours de route). Ici, en revanche, soit les deux sont des candidats normaux, soit l’un des deux est le complice… et ce deuxième cas de figure aurait paru un peu téléphoné, surtout deux ans après que Les Traîtres l’a déjà fait. Et puis, surtout, le mode d’élimination des candidats n’y est pas le même, ce qui permet d’échapper à « Si lui reste en jeu, alors elle aussi »…

Total : 14/20
Comme je le disais en introduction : Le maître du jeu est une émission qui n’a certes rien inventé ni réinventé ; mais, à mon sens, elle a tout de même su exploiter sa formule d’une façon suffisamment efficace pour que je prenne un grand plaisir à la suivre jusqu’au bout.
L’enquête sur l’hôte est bien gérée ; l’introduction du complice pose quelques petits problèmes et quelques questions sur la solidité de cet élément de mécanique, mais elle a bénéficié d’un alignement des planètes assez favorable durant cette saison-là, rendant cet élément de jeu très plaisant ; le casting était globalement bon, nonobstant quelques moments de flottement ; la production était très propre et bien rythmée ; les épreuves suivaient majoritairement une thématique commune apportant un peu de cachet à l’ensemble…
D’autant plus de choses qui me font regretter qu’une saison 2 ne soit pas prévue ; car, outre le fait que ce concept m’a très sincèrement plu, j’aurais été également curieux de pouvoir éclaircir les quelques zones d’ombre de la mécanique liée à l’aspect « sabotage ». Ce qui m’aurait peut-être fait dévaluer le jeu, si cet aspect avait été mal amené… mais bon, c’est un risque que j’aurais été prêt à prendre ; et qui, de toute façon, ne m’aurait pas fait dévaluer cette saison 1. Toujours est-il qu’une hypothétique saison 2 aurait dû néanmoins faire preuve d’autres surprises, certains éléments de cette saison 1 ne me semblant pouvoir fonctionner qu’une seule fois…
En tout cas, c’est ainsi que se conclut cette sélection de jeux d’aventure orientés sabotage… ah, non, attendez ; nous avons un concurrent de dernière minute qui s’est incrusté dans celle-ci.
Bon, ben… je sais ce que je vais faire la prochaine fois…