Le lundi 27 avril 2026, un rapport assez controversé a été publié concernant la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public.
Un rapport sur lequel je ne vais pas m’appesantir ; et sur lequel j’aurais été de toute façon très négatif, notamment eu égard à sa dimension clairement politique, sa façon de vouloir « mettre au pas » le service public (pour reprendre les propos de Sibyle Veil), et à son côté « règlement de comptes » qui semblait cibler certaines incarnations en particulier. Et non pas que ça me déplairait de parler politique (bien au contraire) ; mais c’est surtout l’un des aspects de ce rapport en particulier sur lequel j’aimerais discuter. Et vu le thème du blog, je veux bien évidemment parler des jeux TV.
En effet, parmi les préconisations du rapport, figure la réduction du budget des divertissements. Bon, en vrai, c’est la réduction de l’ensemble du budget du service public qui est préconisée (d’autres domaines comme le sport n’étant pas épargnés non plus) ; mais le domaine du divertissement et des jeux l’est davantage.
Bon, déjà, précisons que la problématique du divertissement et des jeux n’a rien de nouveau ; vu que ce n’est pas la première fois qu’on demande à France TV de se serrer la ceinture, et que ça fait depuis des années qu’ils jonglent avec des budgets de plus en plus restreints.
Et la principale victime de ces arbitrages budgétaires était déjà le flux, avec les divertissements et jeux TV en première ligne. D’ailleurs, il suffit de comparer l’état des lieux à ce niveau-là entre 2026 et ce qui se faisait 10 ans plus tôt pour constater que c’est un domaine qui a clairement souffert, avec, entre autres : la suppression de jeux cultes comme Motus, Les z’amours ou Des chiffres et des lettres, ainsi que la rétrogradation de Questions pour un champion au week-end ; le quasi-abandon des programmations saisonnières ; le manque de nouveautés, et le peu d’ambition de celles-ci ; et les cases dévolues à l’inédit qui sont moins nombreuses (et j’insiste sur le mot « inédit », j’en reparle un peu plus loin). À ce niveau-là, seul le prime-time s’en sort mieux, avec davantage de nouveautés, et une case du samedi soir mieux identifiée ; toutefois, elle n’a pas non plus nécessité plus de budget que les autres divertissements qu’elle a remplacés (style Le plus grand cabaret du monde).
Et pourtant, d’après le rapport en question, il faut toujours plus raboter ; jusqu’à économiser environ 75% du budget qui y est actuellement dévolu. Donc déjà qu’on a pu voir l’appauvrissement du genre opéré depuis une dizaine d’années, imaginez ce que ça va donner si on supprime encore les trois quarts de ce que le groupe diffuse actuellement…
Mais au juste, qu’est-ce que ce rapport reproche aux jeux diffusés par France TV, pour avoir une telle dent contre eux ?
Trop de jeux… en rediffusion, oui
Déjà, leur supposée omniprésence : ainsi, France 2 et France 3 consacreraient respectivement 14,2 % et 13 % de leur temps d’antenne aux jeux quotidiens ; pour un total de « treize jeux télévisés chaque jour en semaine ».
Bon, quand j’ai lu la phrase que je viens de citer, je me suis demandé dans quel univers parallèle les rapporteurs vivaient ; toutefois, le rapport précise quand même que certaines cases sont des rediffusions.
Néanmoins, parler de « jeux télévisés » dans ce contexte reste particulièrement fallacieux, car ça ne représente pas 13 jeux différents. À l’heure ou j’écris ces lignes, sur France 2, ça n’en fait que cinq (Chacun son tour, TLMVPSP, TLMASMAD, NOPLP et Mot de passe version pastille) ; et sur France 3, seulement deux (Duels en familles et Slam). Donc on serait plutôt sur un total de 7 jeux à proprement parler ; voire 8 si on compte NOPLP deux fois. Soit, tout de même, entre 40 et 46% de rediffusions.
Donc en soi, est-ce que le reproche ne serait pas plutôt qu’il y a trop de rediffusions ? Mais surtout : qu’est-ce qui motive ces rediffusions ? Ben, principalement le fait que le service public ne roule pas sur l’or, et n’a pas les moyens de mettre de l’inédit sur les cases en question ; et ce, même sans parler de jeux TV. Au « mieux », FTV mettrait juste un autre type de rediffusion, comme ce qu’elle avait fait après avoir supprimé Motus en 2019 (la case ayant connu un passage où c’était une rediffusion de Ça commence aujourd’hui) ; et comme ce qu’elle fait d’ailleurs avec Un si grand soleil sur France 3, où elle précède l’inédit du jour par une rediffusion de la veille (une technique digne des chaînes TNT post-canal 8…).

Par conséquent, ce que ce constat devrait plutôt dénoncer, c’est que le service public n’a au contraire pas assez de budget à consacrer à sa programmation… et vu la teneur du rapport, il ne préconise pas d’y mettre davantage de moyens, au contraire.
À la place, on a une réduction du nombre de canaux, avec France 4 qui passerait à la trappe, et France 2 et France 5 qui fusionneraient. Idée stupide, alors que toutes ces chaînes ont des lignes éditoriales claires (et même davantage que certains groupes privés où certaines chaînes sont interchangeables), et que la fusion les rendrait au contraire plus brouillonnes.
Et à ce niveau-là, il va falloir que je défende un point… dont j’ai tendance à me plaindre (et je ne suis pas le seul) depuis au moins une bonne dizaine d’années.
En effet, on reproche beaucoup aux chaînes TNT (certaines plus que d’autres…) de meubler leurs grilles avec des rediffusions. Une pratique très agaçante pour le spectateur ; mais évidemment très rentable pour les diffuseurs, et c’est bien pour ça qu’ils ont parfois (euphémisme) tendance à en abuser.
Mais c’est aussi une pratique qui a connu son essor à cause de l’évolution de la façon de consommer les contenus audiovisuels. Avec d’une part, une partie du public qui s’est détournée de la TNT ; et d’autre part, les chaînes TNT qui se sont multipliées, éclatant d’autant plus un marché publicitaire devenu moins puissant à cause du premier point.
Par conséquent, la rediffusion devient non seulement un moyen de remplir les grilles pour moins cher ; mais également d’amortir les productions audiovisuelles. Ce qui est donc également valable pour les jeux TV diffusés par France 2 et France 3 ; or, si le rapport s’oppose à cette pratique, ce serait bien qu’il propose un autre moyen de rentabiliser les productions, ce qui (on le rappelle) n’est pas le cas.
Donc au final, FTV ne fait que s’adapter à l’évolution de l’audiovisuel ; et ce que propose le rapport en substance, c’est limite un retour à l’époque de l’analogique… mais uniquement pour ce groupe-là.
Parce qu’il ne faut pas se leurrer, TF1, M6 et RMC continueront de raisonner de la même manière qu’aujourd’hui, avec une ou deux chaînes en trop ; et les canaux libérés serviront très probablement à accueillir de nouvelles chaînes privées qui deviendront à leur tour des robinets à rediffusions, même avec de nouveaux acteurs sur le marché (j’ai beau avoir défendu l’arrivée de T18 et Novo19 dans un autre aparté, je reconnais toutefois que leur programmation reste globalement assez pauvre, et que je ne suis pas très optimiste quant à leur amélioration à l’avenir).
Et à moins qu’une vraie réflexion sur la TNT de façon générale ne soit prévue, avec une réduction globale du nombre de chaînes à la clé, ce serait très injuste que le service public soit le seul à trinquer, alors qu’il reste celui qui contribue le plus à la diversité télévisuelle.
Le snobisme anti-jeux TV…
Bon, mais admettons que 7 jeux quotidiens, ça reste trop ; d’autant plus que le rapport souligne que TF1 et M6 se contentent d’un seul.
Je trouve que ça reste une critique fallacieuse. France TV ne se limite pas aux seules France 2 et France 3 ; et si on inclut France 4, France 5 et franceinfo (qui n’en diffusent pas, vu que ce n’est pas dans leur ligne éditoriale), ça ferait donc une moyenne d’à peine plus d’un jeu TV quotidien par chaîne. Et c’est sans parler de ce que France TV ne diffuse pas en linéaire, comme Slash (que le rapport préconise également de supprimer, tiens donc…).
Et en tant que généraliste du groupe, je ne trouve pas choquant que France 2 soit la chaîne qui en diffuse le plus ; d’autant plus que c’est loin d’être le seul genre de programme diffusé par la chaîne, même en quotidienne (Télématin, un magazine de société en après-midi, les JT…).
Mais sinon, ce qui me dérange le plus dans tout ça, c’est l’insinuation comme quoi le genre du jeu TV ne serait pas digne du service public ; que le privé peut très bien s’en charger à sa place ; et que ce serait un genre limite monolithique où tout ce qui pourrait s’y apparenter entrerait forcément dans une seule et même catégorie avec une image peu glorieuse, voire décérébrée.
Et au passage, je pense que c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le genre avait déjà été l’un des premiers à subir les coupes budgétaires fin des années 2010 ; par rapport à d’autres genres qui étaient jugés plus importants à sanctuariser, comme la production de fictions, l’information, le sport ou les documentaires.
Bien entendu, je trouve ces insinuations honteuses, en particulier au sujet du côté monolithique ; et j’espère avoir réussi à convaincre au travers de mes critiques que certains jeux et concepts n’étaient pas que du divertissement décérébré, et méritaient pleinement leurs lettres de noblesse. D’ailleurs, je pense que n’importe qui serait capable de faire la différence entre Questions pour un champion et À prendre ou à laisser, et d’admettre que le premier est bien plus intellectuel que le second. Idem si l’on compare Des chiffres et des lettres au Bigdil ; et je ne dis pas ça pour dénigrer le second, qui reste un divertissement produit avec passion, mais qu’on aurait beaucoup de mal à imaginer sur France 3.
Mais ça, j’ai l’impression que c’est un argument auquel le rapport n’était pas particulièrement sensible, vu qu’il parle surtout en termes de volume horaire qu’en termes de qualité des jeux en question. Et s’il l’avait fait, je pense qu’il aurait plutôt déploré la placardisation (voire suppression) de DCDL et QPUC, et appuyé la dérive sensationnaliste de Fort Boyard que l’Arcom avait déjà constatée quelques années plus tôt.
Ce qui m’amène toutefois à préciser que, oui, le service public a déjà eu quelques casseroles à ce niveau-là, avec des jeux dont j’ai personnellement estimé qu’ils n’avaient clairement pas leur place dessus, et que je ne défendrai pas. En particulier Les z’amours (qui n’existe de toute façon plus depuis 2021) ; ou encore N’oubliez pas votre brosse à dents (bon, celui-ci, ça date d’une trentaine d’années, certes). Limite, on pourrait citer Votre vie en jeuX, plus récent, qui en est un héritier spirituel d’une certaine façon.
Bref, le genre du jeu TV est plus complexe que ça ; et c’est la raison pour laquelle je trouve très réducteur de ne raisonner qu’en termes de volume horaire.
D’ailleurs, même en se concentrant sur les jeux qui font davantage « service public », on peut trouver une certaine diversité conceptuelle qui puisse justifier qu’on en diffuse autant.
Rien que pour citer l’époque où France 3 diffusait quatre jeux durant ses après-midis entre 2018 et 2021 (DCDL, Personne n’y avait pensé, Slam et QPUC), ils ne faisaient pas forcément doublon et méritaient tous leur place :
- DCDL mettait en avant la logique mathématique et la langue française (avec des capacités d’anagramme) ;
- PNYAP proposait de la culture générale, mais dont l’intérêt était de le mettre au service d’un concept d’estimation original ;
- Slam est un concept qui repose sur un mélange de pas mal de qualités requises (mémoire, stratégie, logique, culture générale, vocabulaire…) ;
- et QPUC était bien évidemment le jeu de culture générale pure par excellence.


Donc finalement, vu la diversité de ce que le genre peut représenter, ça ne me choque pas forcément d’avoir 7 jeux inédits par jour répartis sur deux diffuseurs différents ; qui ont eux-mêmes leurs propres spécificités et pas forcément les mêmes publics. Ainsi, certains préfèreront peut-être l’ambiance plus détendue d’un TLMASMAD que celle plus formelle d’un DCDL, malgré des concepts qui peuvent se recouper sur certains aspects.
Alors imaginez si le service public devait faire la même diète à ce niveau-là que TF1 ou M6 (dont le rapport rappelle qu’ils ne se contentent que d’un seul jeu par jour) ; on perdrait sacrément en diversité. D’ailleurs, quand on voit l’intérêt encore relativement limité pour le genre de ces deux diffuseurs (surtout TF1, qui était bien plus prolifique à ce niveau-là dans les années 2000-début 2010), ce serait très présomptueux de penser qu’ils pourraient se charger de faire le boulot à la place de France TV…
… et ce, même sans parler du fait que les jeux de France TV ne correspondent généralement pas à la ligne éditoriale de ces diffuseurs-là.
Exemple type : vous imagineriez DCDL être diffusé sur TF1 ou M6 ? QPUC ? Motus ? La gym des neurones ? Un mot peut en cacher un autre ? Slam ? Harry ? Personne n’y avait pensé ? Le jeu des 1000 euros ? Télé la question ? Pyramide ? … non, hein ?
Alors, peut-être que ça aurait pu être le cas jusque vers la fin des années 80-début des années 90, où TF1 pouvait encore diffuser Jeopardy sans problème; mais depuis, les chaînes privées ont davantage tendance à privilégier des formats plus divertissants, qui peuvent se regarder davantage pour leurs enjeux et leur potentiel à divertir, que pour la réflexion qu’ils apportent aux spectateurs (si on excepte certains jeux ça et là comme Le dernier cercle, mais on en reparle juste après) ; quand ce n’est carrément pas du « temps de cerveau disponible pour Coca-Cola » comme l’assumait le diffuseur dans les années 2000.
Ainsi, même si Qui veut gagner des millions ? reste un format de qualité, je pense que TF1 ne s’y serait peut-être pas autant intéressé sans l’aspect « suspense » particulièrement appuyé et sans ses enjeux conséquents ; et même un format comme Le grand concours que je trouve pourtant excellent à la base semble avoir besoin qu’on le tourne comme un divertissement lambda pour intéresser le public, du moins selon la logique des producteurs et des diffuseurs. Je pourrais aussi citer Les 12 coups de midi (dont on reparlera juste après là aussi), qui à mon avis n’aurait clairement pas autant fidélisé son public sans son système de champion illimité.
Et ne parlons même pas de M6, qui, lorsqu’elle a installé sa nouvelle case quotidienne (puis une nouvelle case hebdomadaire), a évidemment pioché parmi des gloires passées de TF1 plus divertissantes comme Le juste prix et La roue de la fortune plutôt que Pyramide ou La Cible ; alors qu’elle aurait également pu lancer ses propres formats, comme elle aurait pu le faire avec Hit List qu’elle a préféré déstocker sur Gulli.
Ce qui m’amène d’ailleurs à considérer un certain côté « précurseur » du service public à certains égards ; qui aura même influencé le privé.
Oui, j’ai beau détester TLMVPSP par rapport à ce qu’il représente et à sa mécanique particulièrement branlante ; je reconnais toutefois qu’à l’époque de son lancement, c’était une tentative audacieuse et, surtout, originale. À tel point qu’elle aura influencé bon nombre de jeux par la suite ; dont son concurrent direct sur TF1, Les 12 coups de midi, qui a beaucoup moins de mérite en tant que remake d’un concept plus oublié auquel on a adjoint ce qui cartonne chez la concurrence sans réflexion très poussée. De fait, ça me fait mal de le dire : mais si on ne devait garder qu’un seul jeu parmi les deux, TLMVPSP le mériterait davantage. Et ça reste quand même France 2 qui a pris le risque, TF1 n’ayant fait que suivre paresseusement la tendance impulsée par son concurrent pour ne pas être distancée.
Je pourrais aussi parler de 100% logique. À mes yeux, ça reste toujours un concept surestimé, profitant du fait que les tentatives similaires ayant été faites jusqu’alors étaient restées bien plus confidentielles, et moins mises en avant ; mais toujours est-il que lui aussi a eu une certaine influence sur la concurrence. Je reste ainsi convaincu que TF1 n’aurait peut-être pas tenté Le dernier cercle s’il n’y avait pas eu un jeu au préalable pour montrer que ce genre de thématique orientée réflexion pouvait cartonner sur du prime-time.
Et quitte à remonter encore plus loin, on peut aussi citer Fort Boyard, fleuron de la création française parmi les plus exportés à l’international, pour lequel il fallait bien qu’un diffuseur prenne le risque de se lancer dans un tel projet. Bon, en revanche, je suis d’accord pour dire qu’au vu de sa déliquescence qualitative opérée durant les années 2010, j’ai fini par trouver que le jeu devenait de plus en plus malsain et indigne du service public ; mais à la base, il avait des ambitions plus nobles.


N’oubliez pas les paroles dans le collimateur
Bon, mais sinon, pour les autres jeux actuellement en place sur le service public que je n’ai pas cités : est-ce qu’ils justifient leur place dessus ?
Pour moi, si on se focalise sur les jeux actuellement présents, la réponse reste majoritairement oui (même s’ils ne sont pas tous indispensables, je pense notamment à Chacun son tour qui présente le moins de plus-value « service public » par rapport aux autres) ; en particulier pour le cas NOPLP, qui a été cité dans le rapport de façon plus notable.
Je subodore que NOPLP était particulièrement visé par le rapport en particulier au travers de son animateur-producteur, de la place assez prépondérante qu’il prend dans la grille des programmes, et des coûts de production qui ont été cités. Mais j’estime toutefois que les critiques à son égard quant à son manque de pertinence sur le service public restent pour la plupart injustifiées.
Après, je reconnais qu’il aurait aussi pas mal de chances d’être repris par un diffuseur privé ; vu qu’il correspond un peu à ce que je disais par exemple au sujet des raisons qui pouvaient pousser TF1 à privilégier certains formats par rapport à d’autres. En effet, je pense que la plupart des gens y voient surtout un format divertissant, à la fois de par son ambiance et de par son système de champion illimité ; davantage que comme une façon de mettre en avant la variété française. Qui reste pour moi le principal argument qui justifie sa place sur France TV, et qui est un moyen comme un autre de mettre la musique en avant, au même titre que Taratata ou Culturebox.
Quant aux coûts qu’il représente, ça reste à relativiser. Certes, le rapport est critique à ce sujet, en citant un versement à Air Prod de 250 millions d’euros pour 10 ans pour cette seule émission ; et la société de production a refusé d’accéder à la demande du rapporteur de transmettre le contrat de travail et les fiches de paie de Nagui. Bref, pas mal en ont déduit que Nagui se gavait sur le dos du service public ; et ça ne m’étonne d’ailleurs pas de voir que les premiers résultats que j’ai pu voir à ce sujet dans mes recherches soient surtout des réactions outrées provenant de sites médias qui ne creusent pas particulièrement, voire se complaisent dans le populisme façon Les grandes gueules (soit l’équivalent de ce que je pourrais entendre au bistrot du coin).
Néanmoins, quand on regarde le jeu, ça me paraît quand même relativement évident qu’il nécessite pas mal de moyens. On a tout de même un public, une quinzaine de musiciens, des ambianceurs, sans compter toutes les contraintes techniques qui doivent jouer ; et pour avoir assisté à plusieurs reprises aux tournages, j’ai même été impressionné par l’efficacité de la production pour enchaîner autant de numéros (6 en une après-midi !) avec tout ce monde à coordonner, sans temps morts notables de surcroît. Bref, je peine clairement à croire que tout passe dans les poches de Nagui, alors que l’émission est tout de même très créatrice d’emplois.
Mais surtout, ce qu’on omet de dire, c’est que le jeu est rentable pour France TV ; et que c’est même de loin la source de revenus publicitaires principale de France 2, puisque le groupe ne peut désormais plus diffuser de publicités après 20h. À tel point que NOPLP est carrément autofinancé par les revenus publicitaires, et que les critiques concernant son coût par rapport au service public n’ont finalement pas lieu d’être.
Mieux : étant donné que le programme contribue à maintenir à flot le budget de FTV, pourquoi vouloir le supprimer, vu que le rapport préconise au contraire de réduire les financements du service public pour faire des économies ? Encore une fois, avouez que c’est très hypocrite de vouloir priver le groupe d’une source de revenus sans vouloir la compenser…

Le service public doit parler à l’ensemble du public, quitte à élargir ses façons de le faire
Bref. Tout ça donne l’impression que le genre du jeu TV devrait avoir mauvaise presse, et que le service public devrait plutôt se focaliser sur d’autres genres ; notamment le documentaire, dont le volume horaire aurait baissé de plus de 26 % en cinq ans, se faisant même dépasser par le groupe BFM-RMC. En détail : une baisse de 17 % pour France 2, 20 % pour France 5, 23% pour France 3 et 80 % pour France 4 ; et en 2024, France TV représentait seulement 28 % de l’offre documentaire sur les chaînes gratuites, vs. 52 % pour BFM-RMC.
Bon, je sors un peu du sujet ; mais la comparaison me paraît un peu fallacieuse là encore. Notamment en ce qui concerne la baisse marquée de France 4, le modèle de la chaîne n’était pas du tout le même en 2019 qu’en 2024 ; et désormais, la chaîne consacre ses soirées au spectacle, qui est un domaine qui mérite tout autant d’être représenté sur le service public, et qui n’avait pas de case attitrée fixe auparavant (… même si elle semble avoir un peu rétropédalé depuis avec davantage de cinéma).
En outre, je pense aussi que les pourcentages cités doivent inclure un certain volume de rediffusions ; et avec tout le respect que je peux avoir pour BFM-RMC, je doute que leur modèle économique ne permette d’avoir une offre 100% inédite à ce niveau-là, pour les raisons que j’ai citées plus haut concernant le modèle de la TNT actuellement en vigueur. Donc pas sûr que ce groupe propose réellement un ordre de grandeur d’environ deux fois plus de documentaires inédits que FTV en un an.
Je ne vais pas m’attarder plus que ça là-dessus ; mais ce que ça renvoie, c’est l’image d’un service public qui devrait absolument privilégier certains genres de programmes par rapport à d’autres, comme justement les documentaires. Et à en entendre certains, ça donne l’impression qu’ils devraient même passer du théâtre ou de l’opéra tous les soirs, vu qu’il n’y aurait quasiment qu’eux pour le faire.
Alors, oui, ça donnerait une image plus qualitative ; et pour le coup, ce ne sont pas forcément des missions dont le privé se chargerait sans broncher. Surtout quand on voit à quel point certains diffuseurs aimeraient réduire leurs obligations en matière de programmation, et qui s’arrangent la plupart du temps pour diffuser ce qui les ennuie en pleine nuit quand personne ne regarde (et c’est pour ça qu’en parlant de CStar, j’ai davantage les douanes australiennes qui me viennent en tête que la programmation musicale, qui est pourtant censée en être la thématique principale d’après sa convention…).
Mais bon, on ne va pas se leurrer : si le service public ne devait passer que des trucs « chiants » dont le privé ne veut pas, quasiment personne ne le regarderait. Évidemment, je caricature ; d’autant plus qu’on peut avoir une programmation qui se distingue et faire de l’audience, comme le fait Arte qui a signé son record historique en 2025 (à 3,1% hein, évidemment qu’on reste loin des audiences de TF1, France 2 ou France 3). Néanmoins, je gage que même si FTV se mettait à donner raison à ses détracteurs à ce niveau-là, ceux-ci ne regarderaient pas le service public pour autant ; et pour cause, la TV reste un média principalement axé divertissement pour une bonne partie du public.
Mais voilà, il y a divertissement et divertissement, comme je l’ai dit plus haut. On peut très bien avoir du divertissement décérébré qui ne cherche qu’à faire rire d’une façon pas très finaude, comme du divertissement qui va chercher à enrichir son public, sans même forcément qu’il s’en rende compte.
Et au final, ne serait-ce pas un moyen plus ludique pour intéresser du public, qui regarderait davantage un jeu susceptible de lui apprendre des choses en dépit des apparences ; plutôt qu’un documentaire plus formel et plus instructif, mais vers lequel il ne se dirigera pas naturellement ?
En outre, un jeu, ça reste un programme vivant, incarné, apte à faire réagir son public. Même s’il est le plus souvent enregistré et « décongelé » à la diffusion, ça reste un moyen de voir des gens, même à travers un écran interposé.
Aux yeux des rapporteurs, ce n’est peut-être pas le moyen le plus « noble » de remplir une case ; mais ça restera toujours bien mieux qu’une programmation sans âme avec des séries multirediffusées, comme le font hélas bien trop de chaînes TNT complètement désincarnées. Personnellement, je préfère d’ailleurs avoir un jeu que je n’aime pas sur une case (même un Jeu des 1000 euros ou un Trouvez l’intrus) plutôt qu’une énième rediffusion de série ; car, au moins, dans le premier cas, ça a quand même demandé un effort (aussi minime soit-il) pour proposer quelque chose.
Et même si FTV devait être amenée à réduire sa programmation de jeux selon les recommandations du rapport ; je crains que ça ne se solde concrètement par encore plus de rediffusions qu’aujourd’hui. Vu que l’état actuel du groupe est déjà la conséquence de restrictions budgétaires, qui n’ont clairement pas attendu la publication de ce rapport pour faire ressentir leurs effets sur les grilles des chaînes.
Donc au final, ce que le rapport devrait mettre en lumière, ce ne sont pas les conclusions qu’il en a tiré ; comme quoi il faudrait que le service public se « recentre » sur des missions en particulier, d’une façon plus restrictive, avec le moins de budget possible.
Au contraire, il aurait fallu se questionner sur la façon dont FTV (et le service public de façon générale) en est arrivée là, à force de lui demander de satisfaire le plus d’objectifs possible, tout en faisant le plus d’économies possible sur son dos. Car je ne nie clairement pas que la gestion de FTV est loin d’être exemplaire, et moi-même j’ai déploré beaucoup de décisions prises par le groupe depuis une bonne dizaine d’années ; toutefois, certaines d’entre elles n’étaient pas forcément prises par gaîté de cœur, et il fallait bien quelqu’un pour les assumer, aussi impopulaires qu’elles pouvaient être.
Par conséquent, pour rendre le service public plus qualitatif, ce qu’il faudrait surtout, ce soit qu’on lui accorde plus de confiance pour faire aboutir ses projets ; et non l’inverse, comme le préconise le rapport qui est particulièrement dominé par des restrictions diverses et variées, avec des enjeux qui se mettraient surtout au service de ses rapporteurs et de leurs ambitions politiques plutôt qu’à l’intérêt du spectateur.
Sincèrement, ne vous laissez pas avoir par les arguments populistes des détracteurs et des médias qui les relaient, et qui jurent la main sur le cœur qu’ils font tout ça dans l’intérêt du public, avec en première ligne la gestion monétaire histoire de dire « Voilà où vont vos impôts » (anciennement la redevance), quitte à mésinformer ou désinformer pour arriver à leurs fins, et au final servir leurs propres intérêts avant tout. Le système actuel est clairement loin d’être parfait, et peut toujours être corrigé ; mais à force de vouloir y aller de façon radicale en partant sur de mauvaises conclusions, le résultat sera surtout pire.
Bref, prenez du recul par rapport à ce que vous lisez, ne laissez pas immédiatement parler vos émotions au détriment de votre réflexion, et informez-vous plus concrètement sur les faits, pour que vous puissiez développer votre esprit critique, et en conclure comment véritablement améliorer les choses.
Sources
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/RAPPANR5L17B2698-t1.html
https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/rapport-alloncle-sur-laudiovisuel-public-y-a-t-il-vraiment-trop-de-jeux-sur-france-televisions-09-05-2026-S3YABHS3SRANHEGTTG6F7QL5LI.php
