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#157 – Golden balls

Aujourd’hui, nous allons parler du dernier jeu de la sélection sur le dilemme du prisonnier ; et qui est (malheureusement) encore une fois une production Endemol. Mais bon, est-ce bien étonnant, vu qu’ils ont souvent couru après tout ce qui pouvait nous faire perdre foi dans le genre humain ; que ce soit au niveau de la télé-réalité, de la perte de dignité, ou de la mise en avant de la cupidité…
Bon, cela dit, le jeu d’aujourd’hui est sans doute l’une de leurs productions que j’ai trouvé… disons parmi les moins pires. Clairement, par rapport à Shafted et surtout à Divided, j’ai une estime légèrement plus grande (j’insiste sur le « légèrement »…) pour ce dont on va parler.

Golden Balls est donc un jeu produit par Endemol, présenté par Jasper Carrott, et diffusé sur la chaîne britannique ITV du 18 juin 2007 au 18 décembre 2009, pour un total de près de 300 épisodes. Ouaip, ils ont bien pris leur revanche sur Shafted et sa saison unique de 20 épisodes, dont 80% a été jetée à la poubelle… en revanche, pour les exports à l’international, Golden Balls n’aura connu qu’un seul diffuseur étranger, basé en Argentine ; donc Shafted a encore le point à ce niveau-là (même en ne comptant que les diffuseurs qui ont donné suite au pilote).
Naturellement, vu le concept, il a eu droit à ses critiques ; notamment du psychologue britannique Adrian Raine, qui a affirmé que ce jeu encourageait la fourberie, et que beaucoup de ses participants étaient célébrés pour leur aptitude à présenter des caractéristiques de psychopathie.
Cependant, j’ai l’impression que, globalement, et même en ayant divisé son public, le jeu est resté mieux reçu que son prédécesseur Shafted, n’ayant pas trouvé autant de critiques négatives à son sujet. Bon, déjà, le jeu est resté bien plus longtemps à l’antenne, et n’a pas été déprogrammé au bout de seulement quatre épisodes ; ensuite, son présentateur n’était pas un politicien controversé susceptible de faire fuir le public ; et puis j’imagine qu’en 2007, le public commençait à avoir un peu plus l’habitude de ce genre de concept.

Et pour ma part, je reconnais que je suis dans un cas d’entre-deux.
Car, d’un côté, j’entends bien les critiques sur le côté malsain ; et, clairement, je n’ai pas envie de glorifier le jeu pour ça. Mais d’un autre côté, c’est un postulat que je peux encore accepter, du moment que ça ne va pas non plus trop loin, aussi bien d’un point de vue mécanique que dans la mise en scène. Après tout, j’arrive à apprécier Friend or foe de justesse ; car en dépit de son concept basé sur le dilemme du prisonnier, il ne met pas non plus d’emphase démesurée sur la situation des candidats, ni sur les enjeux potentiels. En revanche, je ne peux clairement pas cautionner The colour of money ou Spin the wheel, dont les candidats subissent un peu trop la mécanique et pour lesquels la prod met trop d’emphase sur le drama, à leur détriment.
Et Golden Balls… arrive à atteindre selon moi ce délicat exercice d’équilibriste. On va voir pourquoi… même si je préfère dire tout de suite que la critique va être assez courte, n’ayant pas non plus beaucoup de choses à développer à ce sujet.

Les deux premières manches

Une mélangeuse de boules prépare un lot de seize boules dorées, réparties au hasard et équitablement entre les quatre candidats.
Douze boules cachent des sommes diverses, pouvant aller d’un ridicule montant de 10 £ à un montant très élevé de 75 000 £ ; mais les quatre autres cachent une mention « Killer » ; et, vous vous en doutez vu la teneur de cette dénomination, les candidats doivent plutôt chercher à s’en débarrasser, car elles constituent des malus potentiels par la suite (on y reviendra).

Comme au Loto, on prend des boules à partir d’une mélangeuse ; mais ici, à la place des numéros gagnants, on a des gains plus ou moins juteux.
Mais une fois les boules choisies par la machine, l’assistante va introduire quatre boules « Killer », qui, comme leur nom l’indique, n’ont pas le beau rôle.

Chaque candidat est donc doté de quatre boules, disposées sur deux rangées.
Ils ouvrent les deux boules de la rangée de devant, dont le contenu est rendu public ; puis regardent discrètement les deux boules de la rangée à l’arrière.
Ensuite, ils décrivent le contenu de leurs deux boules restées secrètes aux autres candidats ; mais, bien entendu, ils ne sont pas tenus de leur dire la vérité.

Chaque candidat se voit attribuer quatre boules, au hasard…
… puis les répartit devant lui, deux à l’avant, deux à l’arrière.

Les candidats doivent alors voter pour celui qu’ils souhaitent éliminer ; en sachant que c’est dans leur intérêt d’éliminer celui qui a soit le moins d’argent, soit le plus de Killers, afin de s’assurer le plus de chances de sauvegarder des gains juteux.
Le vote se fait secrètement et anonymement, avec l’animateur qui dévoile (après la page de pub, ça va de soi) le nom du candidat éliminé.
En cas d’égalité dans les votes, les candidats sûrs d’être qualifiés doivent alors se concerter entre eux pour se mettre d’accord sur celui à éliminer ; et s’ils n’y parviennent pas (ou que chaque candidat a eu une voix contre lui – sait-on jamais, ça peut arriver…), le candidat éliminé est tiré au sort parmi ceux en ballotage.

Celui-ci quitte alors le plateau de jeu, en révélant au préalable le contenu des boules qu’il avait gardé secret (et s’il avait donc bluffé ou non) ; puis l’intégralité de ses boules sont retirées du jeu. Si les candidats ont retiré des Killers, tant mieux pour eux ; mais s’ils ont retiré de fortes sommes, c’est bien fait pour leur gu**** tant pis pour eux.
On révèle par ailleurs le contenu des boules secrètes des autres candidats.

Ici, parmi les boules que le candidat a révélé, on a un gain potentiel juteux de 10 000 £ ; mais aussi un Killer. Est-ce que ça peut valoir le coup de prendre le risque de garder ce Killer dans la partie, ou faudrait-il plutôt l’éliminer pour éviter ce risque ? Et si ça se trouve, peut-être a-t-il d’autres gains encore plus juteux dans les boules qu’il n’a pas dévoilées ?

Une fois le candidat éliminé, la deuxième manche commence.
Les boules des candidats encore en lice sont remélangées ; auxquelles on ajoute deux boules contenant de l’argent (prises au hasard là encore), ainsi qu’un Killer. Ce qui fait donc un total de 15 boules, réparties équitablement entre les trois candidats.
Le principe de cette manche est alors le même que celui de la première ; si ce n’est que les candidats ont cette fois-ci trois boules gardées secrètes au lieu de deux ; et que la plupart des montants en jeu sont désormais connus (seules les deux boules rajoutées en début de manche ne sont pas connues).


Je ne vais pas forcément avoir grand-chose à dire sur ce principe. Clairement, c’est un concept à base de bluff avec un peu de hasard ; et à ce titre, je pense qu’on peut le comparer à une partie de poker.
Bon, le poker, j’aime bien y jouer de temps en temps (mais pour le fun hein, pas question pour moi d’y mettre de l’enjeu plus concret) ; mais à regarder… mouais. Après, je sais que certains aiment bien suivre les tournois de poker professionnels ; donc pourquoi pas.
Bref, je pense que votre appréciation de ces deux manches va surtout dépendre de si vous aimez voir des candidats bluffer ; mais dans le genre, ça passe.

Bin or win ?

Il ne reste donc plus que deux candidats, ainsi que dix boules ; auxquelles on va rajouter une onzième boule, contenant un Killer. Ces boules sont ensuite disposées au centre d’une table, à laquelle les deux candidats sont assis.
Chacun leur tour, les candidats devront sélectionner une boule qui sera jetée, et une boule qui sera gagnée ; jusqu’à ce que cinq boules soient choisies. Le contenu des boules est systématiquement dévoilé après choix ; et chaque boule gagnée permet d’augmenter la cagnotte avec le montant indiqué sur celle-ci (tandis que pour chaque boule jetée, ce montant est définitivement perdu).

Ici, le candidat doit choisir une boule à garder, qu’il placera sur l’un des cinq supports en arrière-plan, et qui définira une partie du gain de la finale. Puis une boule à jeter, qui ira dans le tuyau en premier plan.

Je ne vous cache pas que cette manche est pour moi la moins intéressante du lot ; puisque c’est juste du hasard pur et simple, qui s’étend même un peu trop si le but est juste de garder cinq boules à la fin.
Bon, cependant, cette mise en scène où on dévoile les contenus des boules au fur et à mesure n’est pas là juste pour appuyer le suspense d’une façon (trop) soutenue ; car, pour le coup, l’ordre dans lequel les boules sont choisies a son importance.

Et pour ça, on va (enfin !) s’attarder sur ces fameux Killers.
À ce stade de la partie, leur nombre peut varier de un à sept, selon le nombre de Killers que les candidats auront réussi à éliminer dans les manches précédentes. Mais, clairement, plus ils en ont, plus le choix sera délicat et la cagnotte mise en péril.
En effet, si les candidats ont la malchance d’en sélectionner un, la cagnotte sera instantanément divisée par dix.

Decimate - Décimation d'une colonne
Oups, pardon, j’ai eu une réminiscence de Decimate. Je me demande bien pourquoi…

À l’instar de Hold-up, cette division du montant de la cagnotte par 10 ne s’applique cependant que lorsque la boule est choisie. Donc quitte à piocher un Killer, il est préférable de le faire avant de piocher des montants (vu que zéro divisé par dix donnera toujours zéro), pour avoir moins de chances de décimer une cagnotte déjà constituée.
Mais bon, le mieux reste évidemment de les piocher pour les jeter, ainsi leur effet ne sera pas activé.

Et je reconnais que cette façon de gérer la cagnotte est finalement plutôt bonne, notamment grâce à la menace (progressive) des Killers, qui me semble plutôt bien équilibrée.
En effet, la sanction de diviser la cagnotte par 10 est à la fois suffisamment conséquente pour avoir de l’importance, mais pas non plus pénalisante au point de rendre le jeu sans intérêt ; le nombre moyen de Killers en jeu reste raisonnable, et les cas extrêmes restent suffisamment rares (et même dans cette configuration, les candidats peuvent encore tenter de sauver les meubles) ; et leur impact progressif sur la constitution de la cagnotte permet de maintenir du suspense tout au long de la manche.

Split or steal ?

Je vais la faire courte : le jeu se termine sur le fameux dilemme du prisonnier (Split étant le partage, Steal repésentant l’égoïsme), dont on parle déjà depuis deux articles (mais sans seconde phase de blabla comme dans Shafted). Rincez, répétez.

Vous connaissez la musique, à force.

Cependant, je reconnais qu’en termes d’incorporation au sein de la mécanique globale, Golden Balls est sans doute le jeu où ce dilemme fait le moins tache, et où il a le plus sa place.
En effet, jusqu’à présent, ce dilemme venait conclure des jeux basés en grande partie sur la culture générale… et on sentait que les producteurs ne savaient généralement pas trop comment concilier les deux. En particulier dans les cas de Divided (oui, je sais, toutes les occasions sont bonnes pour le défoncer à ce sujet…) et de Friend or foe, on sentait que la phase de jeu orientée quiz n’était limite qu’un prétexte pour aboutir aux phases de dilemme ; quant à Shafted, même s’il a un peu plus incorporé la question de confiance au sein des manches de constitution de cagnotte, je n’ai quand même pas pu m’empêcher de voir une mécanique d’enchères qui aurait pu être davantage valorisée dans un tout autre contexte.
Alors qu’ici, on est depuis le début dans un jeu orienté sur le bluff et la stratégie ; donc une conclusion sur un dilemme du prisonnier a tout à fait sa place dans ce contexte.

Reste tout de même la question des montants en jeu ; car, pour rappel, je considère que ce genre de concept passe un peu mieux quand ils n’atteignent pas des sommets.
Bon, ils peuvent tout de même atteindre des montants dépassant les 100 000 £ (le maximum atteint par l’émission étant au passage de 168 100 £) ; toutefois, j’ai quand même l’impression que ça n’avait pas vocation à être aussi potentiellement fréquent que pour Shafted (en version britannique). Entre la chance qu’il faudrait pour voir les plus grosses sommes apparaître et être conservées durant les deux premières manches, et la menace des Killers, je pense qu’il faut tout de même une certaine chance pour atteindre ce genre de seuil.
Par ailleurs, on peut également tomber… très bas. Ainsi, le montant le plus faible en jeu aura été de… 3,65 £. Que les candidats ont décidé de partager ; mais, honnêtement, à ce stade, le dilemme du prisonnier n’avait plus vraiment d’importance…

Bon, ça peut quand même atteindre certains extrêmes plus élevés ; et je pense que si j’avais eu l’occasion de tomber sur des épisodes dépassant les 100 000 £ en se soldant par un candidat lésé, j’aurais eu une très mauvaise impression.
D’ailleurs, pour l’anecdote, un épisode spécial avait réuni quatre anciens candidats s’étant fait léser… et c’est dans celui-ci que le plus gros gain sans partage (100 150 £) a été remporté. Eurk. Moralement, ça me dégoûte de penser qu’un candidat puisse se faire léser à nouveau par une candidate qui s’était déjà fait léser auparavant…

Bref, toujours est-il qu’encore une fois, et aussi « bien » incorporé soit-il, le dilemme du prisonnier n’est toujours pas ma partie préférée du jeu, dans la mesure où il montre potentiellement ce que je n’ai pas envie de voir chez l’être humain…

Total : 10,5/20

À l’instar dÀ prendre ou à laisser, Golden Balls est un jeu qui est plutôt bien maîtrisé et plaisant à regarder… du moins, si on arrive à accepter le postulat de départ qu’on est dans un jeu basé sur le hasard, la stratégie et la manipulation, et qu’on est donc averti sur le fait que ça peut avoir un côté un peu malsain dans certaines circonstances.
Bon, je reconnais tout de même que le concept de Golden Balls est plus intéressant sur le principe que celui d’APOAL, dont j’ai déjà eu l’occasion de dire qu’il ne vendait vraiment pas du rêve sur le papier, tant il reposait fortement sur le hasard. Ici, la stratégie est plus présente (même si le hasard finit par prendre un peu trop le pas dans la seconde moitié de l’émission) ; et on peut ainsi prendre à peu près autant de plaisir à suivre ce programme qu’un tournoi de poker, en voyant les candidats tenter de convaincre leurs adversaires, quel que soit leur jeu. En outre, je reconnais que le dilemme du prisonnier final a probablement davantage sa place dans un programme qui assume cet aspect jusqu’au bout, plutôt qu’à l’issue d’un jeu de culture générale où il apparaît davantage comme un cheveu sur la soupe (à plus ou moins fort degré).
Mais… ben, ça reste un genre de programme assez douteux moralement parlant ; et que, par conséquent, j’aurais du mal à glorifier ou à particulièrement vous recommander. J’apprécie la créativité qui a été déployée pour en faire ce mix de stratégie et de hasard ; mais j’ai toujours cette arrière-pensée comme quoi on assiste potentiellement à la glorification de « futurs psychopathes », pour paraphraser Adrian Raine. Après, je reconnais qu’Endemol a déjà fait pire dans ce genre-là…

Et c’est finalement l’aspect que j’aurai à reprocher le plus à cette sélection de jeux sur le dilemme du prisonnier : l’idée même d’en faire un grand final, de la même façon que le twist qui vient conclure Divided.
Certes, j’ai réussi à garder une opinion pas trop négative de Friend or foe ou de Golden Balls ; toutefois, c’est véritablement cet aspect-là qui m’empêche d’avoir une considération plus positive envers eux, car la possibilité de partir sur une fin amère existe toujours.
Donc faut-il en conclure qu’implémenter un dilemme du prisonnier dans les jeux TV est une mauvaise idée ? Pas forcément. En fait, c’est surtout cet aspect conclusif qui me pose problème ; toutefois, je pourrais citer un cas de figure (très ponctuel) où l’idée m’a sincèrement plu.
En effet, dans un épisode de Destination X, l’une des épreuves consistait en un dilemme du prisonnier, où les candidats pouvaient décider de partager ou non l’indice qu’ils avaient sur leur localisation avec leurs concurrents ; en sachant que si au moins deux d’entre eux décidaient de garder l’information pour eux, personne n’en profiterait. Dans ce cas de figure, l’idée m’a davantage convaincu, pour deux raisons. D’une part, car s’il y avait un traître qui parvenait à léser ses concurrents, il bénéficiait d’une immunité quasi-assurée pour l’épisode suivant ; mais sans lui faire gagner le jeu en lui-même, celui-ci n’étant pas terminé. Et d’autre part, car ce n’était pas synonyme d’élimination directe pour les candidats lésés, qui pouvaient toujours essayer d’autres indices durant le reste de l’épisode pour sauver leur place.
Bref, dans cet exemple-ci, le dilemme du prisonnier était « juste » un avantage stratégique, qui pouvait toujours être rattrapé d’une autre manière ; et à mon sens, c’est probablement la façon la plus acceptable d’incorporer un tel dilemme dans un jeu TV. Dommage cependant que je ne l’aie vue que de façon ponctuelle et assez rare…


On fera un mini-bilan de cette sélection de jeux la prochaine fois (en parlant également de thématiques un peu semblables) ; puis, par la suite, on partira sur autre chose. Mais personnellement, ce que je souhaiterais avoir dans ma liste de jeux de mes envies, ce serait un concept efficace qui soit beaucoup moins douteux moralement. Je dois bien avoir ça en stock… (en revanche, ce que je n’ai pas, c’est une transition subtile… je devrais aussi l’ajouter à ma wish list, tiens)

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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