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#160 – Amazing Race

D8, ou l’histoire d’un gâchis… revenons en 2012, lors du lancement de la chaîne. Celle-ci arrivait à une période où la TNT (enfin, quand je dis ça, je parle surtout des chaînes au-delà du canal 7) ne vendait clairement plus autant de rêve qu’à ses débuts en 2005. Et pour cause : à présent que le modèle économique de certaines chaînes semblait plus ou moins établi depuis leur arrivée, elles donnaient l’impression de faire moins d’efforts. En particulier TMC et W9, qui étaient alors leaders des chaînes post-canal 7, en dépit d’une programmation assez minimaliste. Sérieusement, peu de temps avant que D8 n’arrive, W9 n’avait aucun scrupule à rediffuser Les 12 travaux d’Astérix en prime-time à 4 jours d’intervalle (non, non, je n’invente rien…) ; et le pire, c’est que ça cartonnait quand même. Si le public les encourage dans leur mentalité du moindre effort, aussi…
Bref. À son lancement, D8 était plutôt prometteuse. Malgré un catalogue de programmes en bonne partie repris des autres chaînes (Touche pas à mon poste qui venait de France 4, Nouvelle Star de M6, Le maillon faible et APOAL de TF1…), il y avait aussi quelques nouveautés, comme le magazine du midi Le grand 8 ou le jeu d’aujourd’hui. Et, surtout, produire tout ça restait plus ambitieux que de rediffuser des séries ou des films en boucle, comme les ténors de la TNT de l’époque en avaient l’habitude (après, D8 n’y échappait pas non plus, notamment pour meubler les heures creuses ; mais au moins, c’était compensé par le reste).
Et ces efforts… n’ont que très moyennement payé. Au niveau des réussites, on peut effectivement affirmer que D8 a mis un coup de pied dans la fourmilière de la TNT, en rétrogradant W9 dans le classement des audiences (du moins jusqu’à ce qu’elle récupère honteusement l’un des vestiges de la chaîne…), et en forçant TMC à remettre son modèle en question (du moins en partie là encore), notamment en la poussant à avoir un vrai programme d’access fort (pour lequel elle a tâtonné, mais a fini par trouver la formule avec Quotidien). Toutefois, cette réussite aura très majoritairement été portée par Hanouna et son Touche pas à mon poste, dont l’audience n’avait quasiment fait que croître depuis la création de la chaîne. Ce qui est non seulement un programme que D8 n’a fait que reprendre (donc point malus pour l’originalité…) ; et qui, de plus, a contraint la chaîne à surexploiter ce filon-là, au point d’en dépendre d’une façon de plus en plus malsaine. À tel point que l’émission est passée de source de prospérité de la chaîne… à principale raison de sa suppression, celle-ci ayant été la source d’au moins 95% des sanctions émises envers le diffuseur (au bas mot), poussant l’Arcom à mettre fin à son autorisation d’émettre sur la TNT.
En revanche, à côté de ce succès, beaucoup de nouveautés auront été accueillies soit dans l’indifférence, soit dans la tiédeur, soit dans une ferveur qui sera très rapidement retombée (par exemple Strike !) ; et c’est d’ailleurs valable aussi bien pour la D8 des débuts que pour la C8 bolloréenne. Et pourtant, ce n’était pas faute d’avoir essayé de développer de nouvelles marques… mais bon, la chaîne s’était probablement trop engoncée dans son Hanouna-dépendance pour convaincre un autre public de venir jeter un œil à ce qu’elle pouvait faire d’autre. Après tout, qui aurait été intéressé par un remake d’Une famille en or (Family battle), alors que celui-ci a presque été vendu comme un prolongement de TPMP, avec le même plateau, le même animateur, la même gestion du direct, et des familles de chroniqueurs à la place de la moitié des candidats ?

Et pour en revenir aux différentes tentatives lors du lancement de D8, on avait donc Amazing Race, un jeu d’aventure produit par Shine et lancé à la rentrée 2012, présenté par Alexandre Delpérier, dans un style Pékin Express.
Mais il faudrait plutôt dire qu’en réalité, c’est Pékin Express qui est un jeu d’aventure dans un style Amazing Race ; car, à l’international, le format The Amazing Race existait avant le format Peking Express (oui, en VO aussi, le nom n’a pas du tout anticipé le fait que les lieux de tournages allaient différer dans les saisons suivantes…), le premier ayant été lancé en 2001 aux États-Unis et le second en 2004. C’est juste que, comme Pékin Express coûtait moins cher, il aura eu la préférence de M6 lorsqu’on aura cherché à importer un format du genre en France. Au passage, c’est dire à quel point D8 avait des ambitions notables à ses débuts, pour se lancer dans la diffusion d’un format aussi onéreux, qu’elle aurait eu beaucoup de mal à rentabiliser même si le programme avait fonctionné ! Même TF1 semblait insinuer qu’elle n’était pas intéressée par le format car il n’était pas dans leurs moyens, c’est dire !
Sauf qu’évidemment, le grand public ignore tout ça ; et, pour celui-ci, comme Pékin Express est arrivé en premier en France, c’est Amazing Race qui a été considéré comme « Pékin Express en moins bien ». Et encore, pour le public qui a regardé l’émission : car le lancement encore tout frais de la chaîne n’a pas dû aider à fidéliser le public non plus, vu qu’il n’était pas encore habitué à voir la TNT dégainer de grosses cartouches comme celle-ci.
De fait, après un premier épisode qui n’aura même pas passé la barre du million de téléspectateurs, l’audience des épisodes suivants n’aura fait que diminuer de façon constante ; jusqu’au dernier épisode, programmé un 24 décembre, dans l’indifférence la plus totale… bon, au moins, il n’aura pas été déprogrammé, c’est déjà ça.

Et à l’époque, ça m’avait beaucoup déçu… de constater cet échec d’audience cuisant. D’une part, parce que j’étais ravi de voir une chaîne TNT avoir de l’ambition, et navré de voir le public l’ignorer royalement ; et d’autre part, parce que le programme était sorti à une époque où j’en avais vraiment ras-le-bol de Pékin Express, qui faisait de plus en plus n’importe quoi avec son casting et sa mécanique, au point où j’en devenais tout simplement dégoûté, et où j’étais totalement enclin à en suivre une alternative.
De fait, j’avais gardé un très bon souvenir d’Amazing Race à sa sortie en 2012 ; et j’étais à peu près sûr que j’allais être amené à en parler de façon majoritairement positive le jour où je le traiterais. Mais bon, c’était il y a plus de 13 ans, et je n’ai pas exclu la possibilité que mes souvenirs aient été enjolivés en fonction du contexte, ni le fait que certains détails auxquels je n’aurais pas été attentif aient pu m’échapper ; sans oublier que ma façon d’apprécier un jeu a également évolué depuis le temps.
Par conséquent, je me suis revu le programme dans l’optique d’en faire la critique… et, oui, il va bien me falloir admettre que ce jeu était loin d’être parfait, et que je l’avais un peu trop idéalisé à l’époque ; surtout par rapport à mes critères d’appréciation d’aujourd’hui. Mais, bonne nouvelle, j’en ai tout de même gardé une opinion suffisamment positive pour avoir envie d’en parler.

Ah, et avant de poursuivre : précisons que si la VF n’a pas fait long feu, la chaîne Numéro 23 (vous savez, l’escroquerie qui aura juste servi à son propriétaire à se faire une plus-value à la revente au nez et à la barbe du CSA… et qui sera devenue RMC Story après son rachat) avait tenté une diffusion de la version originale sous-titrée en 2014. Ne l’ayant pas vue (et n’ayant honnêtement pas été au courant de cette diffusion jusqu’à ce que je lise la page Wikipédia du jeu il y a peu…), je ne la mentionnerai donc pas davantage.

Le concept

Neuf binômes de candidats se lancent dans une course à travers le monde, organisée en plusieurs étapes. Étapes qui consistent à rallier différents endroits pour y faire des épreuves, le plus souvent inspirées de la culture locale.
À l’issue de chaque étape, le binôme qui arrive en dernier est éliminé (à moins que l’étape ne soit pas éliminatoire, on y reviendra) ; et le binôme qui arrive en tête de la finale remporte le jeu, et les 50 000 € de gains.

Bon, vu comme ça, ça ressemble beaucoup à Pékin Express. Outre le concept, on a beaucoup de similitudes dans la forme, qui font immanquablement écho à PE : une aventure qui se fait en binômes, avec une façon similaire de les présenter ; les points de repère, l’animateur qui se charge également de la voix-off, le montage (bon, après, ça reste assez standard pour du jeu d’aventure, j’ai envie de dire…), la façon de gérer la course par les candidats, et je dois probablement oublier d’autres détails (dont un volontairement, mais j’y reviendrai).
Mais de toute façon, je ne m’attarderai pas davantage sur ces similarités. À nouveau, Amazing Race était arrivé en premier à l’international, donc la comparaison à ce niveau-là ne devrait pas se faire en sa défaveur (et je ne reprocherai pas non plus à Pékin Express d’avoir repris cette structure, vu son efficacité, et les différences que ce format a su apporter) ; et par ailleurs, ce sont surtout des points assez superficiels, qui n’altèrent pas particulièrement mon appréciation.

Une bande rouge entourée de deux bandes jaunes : c’est la façon d’indiquer aux candidats les points de repère du jeu.

Mécaniquement, en revanche, c’est surtout dans les grandes lignes que ces programmes sont assez proches ; mais en se penchant plus en détail sur les règles, les différences deviennent plus évidentes.

Déjà, en ce qui concerne les étapes elles-mêmes ; celles-ci ne se déroulent pas de la même façon.
En effet, une étape classique de PE se décompose généralement en trois ou quatre phases selon les saisons : une première partie de course ; l’épreuve d’immunité ; la seconde partie de course ; et le sprint final à partir de la saison 11. Certaines étapes dévient de cette structure ; par exemple, en proposant une succession de mini-sprints, où le but est d’arriver premier à chaque fois pour être qualifié pour l’épisode suivant ; et surtout à partir de la demi-finale, où on applique des règles plus spécifiques, comme les enveloppes noires distribuées aux perdants de chaque sprint, ou la finale dont les différents sprints (sauf le final) servent à piquer de l’argent aux concurrents. (Et même si c’est tentant, je ne ferai pas ma pique syndicale sur les énormes problèmes que j’ai avec les règles de ces épisodes-là, ce n’est pas le sujet)
Mais toujours est-il qu’une étape de PE reste caractérisée par son côté scindé en plusieurs parties, avec chaque partie où les compteurs sont « remis à zéro » (modulo un potentiel avantage ou handicap selon les résultats de ce qui a précédé). C’est valable également pour les étapes qui dévient de la structure de base, qui sont elles aussi scindées en plusieurs sprints indépendants les uns des autres ; et qui restent de fait identifiables comme des étapes de PE.

En revanche, les étapes d’AR auront un côté plus « continu » dans leur déroulement.
Ce qui s’explique par le fait que celles-ci se définissent davantage comme des rallyes, où on se déplace d’un point à un autre, en enchaînant des épreuves qui permettent de connaître la destination suivante à chaque fois, jusqu’à la fin de l’étape.
Néanmoins, les enchaînements se font de façon fluide. Même lorsque la course est mise en pause (par exemple, pour prendre l’avion, ou pour passer la nuit – que tout le monde passera d’ailleurs au même endroit, il n’y a pas de balise pour stopper la course pour la fin de la journée), elle redémarre le lendemain en prenant en compte le classement des candidats de la veille ; soit en les faisant repartir selon leurs écarts de temps à l’issue de la journée précédente, soit en les faisant repartir par petits groupes sur des créneaux horaires donnés.
En fait, ça ne concerne pas que les étapes, mais également la course entière ; car le classement de fin d’étape détermine l’ordre dans lequel les binômes repartent au début de l’étape suivante.
Bref, le « Race » présent dans le titre n’est clairement pas injustifié, vu que c’est bel et bien sur l’aspect « course » que le jeu met l’emphase.

Après avoir réussi une épreuve, les candidats découvrent leur prochain objectif à atteindre.
Ça fait penser au registre que signent les candidats de PE à l’issue de la première moitié d’étape, pour savoir qui va participer à l’épreuve d’immunité ; mais ici, ça sert à déterminer l’ordre de départ pour le lendemain.

D’ailleurs, pour parler rapidement du déplacement d’un point à un autre : ici, les candidats n’ont pas à se préoccuper de faire du stop (ça, c’est la spécificité de PE, et un peu de la Carte aux Trésors, aussi). Pour leurs besoins de déplacement, ils disposent d’argent pour prendre le taxi dans les premiers épisodes ; et peuvent se véhiculer eux-mêmes à certaines occasions à partir de l’épisode 4, avec des voitures qui leur sont fournies, et la navigation qui reste à leur charge (même en bénéficiant de GPS la plupart du temps, mais encore faut-il qu’ils fonctionnent).
De même, ils n’ont pas besoin de se préoccuper de trouver un logement chez l’habitant pour la nuit, vu que la production s’occupe de tout ; ce qui permet parfois de passer des nuits atypiques, comme un capsule hôtel tokyoïte, une nuit à la belle étoile sur une plage hawaïenne, ou un camp dans la jungle.
Ah oui, là, on est loin de la philosophie de PE où on laissait les candidats tout gérer avec 1 euro par jour et par personne (et encore, il ne sert qu’à les nourrir, les règles stipulant qu’ils doivent se déplacer et être hébergés aux frais de la princesse…) ; et on comprend pourquoi M6 a privilégié le format le plus radin… bon, certes, ce n’est pas spécialement un défaut de la part de PE ; mais, personnellement, c’est un aspect du programme qui m’a toujours un peu gêné. Certes, montrer la générosité des populations des pays traversés, c’est bien ; mais quand ça permet de faire des économies sur leur dos, c’est plus discutable. Au moins, on peut dire d’AR qu’il a le mérite de faire un peu plus fonctionner l’économie locale…
Bref. Puisque les candidats ont beaucoup moins à se préoccuper de l’aspect « humain », cet aspect appuie là l’intérêt d’AR en tant que course et enchaînement d’épreuves, sur lesquelles on se focalise davantage.

Remarquez, c’est amusant que je parle de ça, alors que PE vient de lancer une saison dont la particularité était que les candidats devaient se repérer par eux-mêmes, sans pouvoir compter sur les GPS et compagnie.

Bon, j’ai certes envie de défendre Amazing Race par rapport à Pékin Express ; toutefois, je dois quand même reconnaître que l’approche d’AR peut paraître un peu plus… disons « aseptisée », en comparaison.
Déjà, par rapport au côté humain, étant donné l’absence de stop ou de nuit chez l’habitant ; mais on en reparlera plus loin. Il y a aussi le ton du programme, mais on en reparlera plus loin là aussi.
En fait, je parle surtout du côté « aseptisé » d’un point de vue mécanique. En effet, là où les étapes de PE ont une structure standard (décrite plus haut) les rendant identifiables au sein de leur programme ; c’est moins le cas d’AR, qui se contente plus ou moins d’enchaîner les épreuves entre deux sprints, sans spécificité particulière pour celles-ci (à quelques exceptions près sur lesquelles on reviendra). Ce qui peut les rendre un peu plus monotones, d’une certaine manière, en dépit du classement réellement susceptible de changer à tout moment.
Après, on a tout de même deux types d’épreuves avec des règles plus spécifiques ; dont on va parler dans le paragraphe suivant.

Autrement, je reconnais aussi que l’approche « tour du monde » d’AR a ses forces et ses faiblesses.
Le gros avantage, c’est que le programme est beaucoup plus dépaysant, étant donné que chaque étape se déroule dans un lieu différent. On peut enchaîner un épisode à Dubaï, un autre en Thaïlande et un troisième au Japon sans problème ; et même lorsqu’on reste deux épisodes de suite dans un même pays, on s’arrange pour montrer des paysages variés. Bon, après, niveau bilan carbone, avec tous ces vols sur des distances potentiellement très longues d’une étape à une autre, c’est plutôt une faiblesse, certes.
De fait, on a tendance à brasser davantage de destinations en une saison par rapport à PE : là où on ne visite généralement pas plus de 3 ou 4 pays dans ce dernier, ici on en visite 8 (France comprise).
Cependant, j’ai tout de même l’impression que cet aspect s’est un peu atténué en cours de saison ; puisqu’à partir de l’épisode 4, on a plus souvent tendance à rester dans un même pays 2 (voire 3) épisodes de suite. Ça restait encore assez dépaysant, vu la diversité de ce que les pays traversés avaient à proposer (par exemple, pour les États-Unis, on a vu Hawaï et la Californie ; pour le Brésil, les chutes d’Iguazu et Rio de Janeiro ; et pour l’Afrique du Sud, le Cap et la réserve d’Aquila) ; mais ça montre aussi un peu les limites budgétaires.

Mais on peut aussi voir ça comme un inconvénient ; dans la mesure où ce sentiment de découverte culturelle, bien que présent, ne sera peut-être pas aussi poussé dans AR. Et encore, d’après le fandom du jeu, le fait qu’il soit quand même présent semble être une spécificité de la VF (apparemment, la version étasunienne ne s’embarrasse même pas d’interruptions dans le montage pour décrire la culture et les lieux visités… ce qui ne m’étonnerait pas de leur part…), dont je ne serais pas étonné qu’il soit inspiré de PE là encore.
Bon, je ne m’en plaindrai pas ; car même si on met davantage l’emphase sur l’aspect « course », je trouverais quand même vraiment dommage de faire un tour du monde sans qu’on profite des lieux traversés. Aussi, je ne considère pas forcément cette emphase moindre comme un défaut. C’est d’ailleurs quelque chose qui va dans le sens de l’absence de stop ou de nuits passées chez l’habitant.
Bref, ce serait un peu l’équivalent de partir en voyage avec un tour operator, plutôt qu’en mode baroudeur. Ça ne veut pas dire qu’il faut diaboliser les tour operators à tout prix (certains faisant très bien leurs jobs en respectant la culture locale) ; mais plutôt que selon vos préférences, vous serez peut-être davantage attirés par l’aventure pure et simple que par le confort d’un tour operator qui s’occupera de tout à votre place.

Néanmoins, je n’irais pas jusqu’à dire que le programme est déshumanisé pour autant, ni que les candidats fonctionnent complètement en vase clos. Ils sont à certains moments amenés à côtoyer les locaux (principalement dans le cadre de certaines épreuves) ; et profitent eux aussi de la culture locale, que ce soit dans le cadre du jeu ou hors course.
Et dans un épisode, les candidats ont dû faire une mission humanitaire dans un orphelinat, sans que ce ne soit impactant d’un point de vue mécanique. Ça met juste la course en pause pendant une heure pour eux, et c’est tout ; mais ça rajoute aussi un peu d’humain dans le programme, tout en ayant un léger aspect culturel, puisque le but de cette séquence était de mettre en avant le « Mandela Day », instauré en hommage à Nelson Mandela, ayant lieu le 18 juillet de chaque année depuis 2010, et qui incite le public à faire du bénévolat.
Bon, ça restait assez ponctuel ; mais cette séquence avait le mérite d’exister.

L’autre inconvénient de cette approche « tour du monde », c’est qu’elle exige que le programme démarre et finisse au même endroit ; en l’occurrence, en France, dans la région parisienne. Enfin, « exige »… peut-être que si on avait eu une saison 2, elle aurait démarré et fini ailleurs.
Bon, partir de Paris, pas de problème (c’est d’ailleurs ce qu’avait fait la toute première saison de PE) ; et de toute façon, on ne s’y attarde que le temps d’une épreuve et d’un trajet jusqu’à l’aéroport. En revanche, le fait d’avoir un épisode final qui se déroule lui aussi à maximum une cinquantaine de kilomètres de Paris… ça le fait moins.
J’en profite d’ailleurs pour parler de l’épisode final tout de suite ; car il ne présente quasiment aucune particularité notoire par rapport au reste du programme. Certes, il démarre par 7 minutes de pré-générique et de générique l’une des épreuves les plus sensationnelles du jeu (plonger à proximité de requins blancs), qui se passe juste avant que les candidats ne prennent l’avion pour Paris ; mais pour le reste, il n’y a vraiment rien de particulier à part un peu trop de flashbacks, que ce soit mécaniquement ou en termes d’ambiance. Pire que ça : malgré des lieux visités pas inintéressants (mer de Sable, château de Chantilly), les épreuves qui suivent font même partie des plus faiblardes de la saison (creuser dans le sable, tirer à l’arc, monter une crème Chantilly…) ; avant que l’épisode ne se termine par une épreuve un peu récapitulative avec des distances à évaluer selon ce qui a été visité durant le reste du programme, et une fin d’étape dans un Stade de France privatisé et un suspense interminable pour dévoiler les noms des gagnants.
Bref, c’était assez inégal et un peu décevant pour un grand final ; mais bon, je préfère encore ça à un final qui se démarque du reste d’une façon foireuse façon Cash Island ou Pékin Express en mode Time is money (vous le sentiez venir hein ?).

L’étape a certes commencé par une épreuve plutôt impressionnante…
… mais après, ça devenait beaucoup plus classique et moins intéressant à voir.

Et enfin, pour boucler le côté « course » : précisons qu’à l’instar de PE, il existe une petite poignée d’étapes où le binôme qui arrive en dernier n’est pas éliminé, sans qu’ils ne le sachent avant de se lancer dans celles-ci. Étapes décidées par avance par la production ; et sans que les candidats ne sachent desquelles il s’agit bien sûr.
Dans PE, je ne suis déjà pas très fan de ce genre de rebondissement, car ça introduit une dose de chance pour le binôme qui tombe dessus ; mais bon, j’arrive encore à l’accepter, d’autant plus que le binôme qui arrive dernier à l’étape non éliminatoire est handicapé pour l’étape suivante, avec une contrainte qui lui est imposée pour toute l’étape. En outre, ces étapes ne sont pas introduites par « surprise », puisque c’est l’enveloppe noire distribuée en début d’étape (et scellée jusqu’à la fin de celle-ci) qui atteste du caractère éliminatoire ou non de celle-ci. Précisons toutefois que ce n’est le cas que depuis la saison 4, et que cette décision avait été motivée par les accusations de trucage dont le programme avait été victime en saison 3.

En revanche, dans AR… c’est juste le pire point du jeu d’un point de vue mécanique pour moi ; et bien que le problème vienne en partie de la VO, la VF aurait très bien pu le corriger.
D’une part : ici, rien n’atteste visuellement du caractère non éliminatoire d’une étape ; c’est juste l’animateur qui l’annonce au binôme arrivé en dernier lorsque c’est le cas. La seule précision qui est donnée, c’est le nombre d’étapes non éliminatoires annoncé en début de saison ; en l’occurrence deux… plus une qui est en réalité plutôt une étape coupée en deux ; mais dont le résultat est pratiquement le même d’un point de vue mécanique (si ce n’est que ça fait une troisième étape non éliminatoire « surprise » non annoncée au départ). Donc je n’ai vraiment pas compris où la prod voulait en venir avec cette particularité…
Bref. Tout ça reste cependant clairement insuffisant pour faire taire les potentielles accusations d’arrangements ; surtout quand certains scenarii un peu trop suspects peuvent se produire… et je me retiens de spoiler un quelconque résultat à ce sujet ; mais je pense que la façon dont ces étapes sont tombées dans cette unique saison du jeu ne pouvait pas faire pire.
Ça ne semble cependant pas être une spécificité de la VF, les autres versions du programme faisant de même ; mais du coup, ce n’est clairement pas à l’avantage de celle-ci, vu que la France a connu un programme concurrent qui a adopté une règle plus transparente à ce sujet.

Et d’autre part : dans PE, les équipes rescapées ont quand même un handicap pour l’étape suivante, qui ne va pas leur faciliter la tâche (et même potentiellement leur faire gagner la dernière place). Dans cette version française d’AR, en revanche, ce n’est pas du tout le cas. La seule « pénalité » dont ils écopent, c’est de démarrer l’étape en dernier avec du retard sur les autres binômes ; mais celui-ci était déjà prédéterminé par leur arrivée à l’étape précédente, donc autant dire que ce n’est pas très significatif (surtout dans des cas où le dernier binôme n’avait même pas une dizaine de minutes de retard par rapport à l’avant-dernier). Et… ben, c’est juste nul à chier, quoi.
C’est même d’autant moins excusable qu’en VO, seules les quatre premières saisons fonctionnaient sur ce principe d’absence de pénalité ; et la VF est sortie 8 ans après la quatrième saison de la VO !!!
Après, on pourrait se dire que c’était peut-être volontaire de la part de la production, pour qu’on ne les accuse pas d’avoir copié PE, aussi bien sur la symbolique de l’enveloppe noire que de la question du handicap… mais d’une part, on n’était de toute façon déjà pas à une ressemblance près ; et d’autre part, depuis le temps, aussi bien la VO que les versions internationales de The Amazing Race ont trouvé différentes façons de pénaliser l’équipe arrivée en dernier, et qui de surcroit se différencient de ce que PE fait habituellement.
Certaines n’étaient pas forcément applicables à la VF (par exemple, abandonner ses gains en cours, alors qu’en VF il n’y a qu’un seul gain final forfaitaire) ; mais pour d’autres, ça aurait pu marcher. Notamment demander à faire une épreuve destinée uniquement au binôme en question (ce qui est désigné en VO par la règle du « Speed bump ») ; empêcher l’utilisation de véhicules fournis par la production, en laissant les candidats se débrouiller ; obliger l’équipe à arriver première à l’étape suivante ; ou faire démarrer l’étape avec une pénalité de temps supplémentaire plus conséquente que juste le retard à l’arrivée de l’étape précédente.
Bref, il y avait clairement moyen de faire mieux que ce qu’on a eu ; et, limite, si la production ne se sentait pas assez imaginative, j’aurais préféré que ce type d’étape n’existe tout simplement pas.

Vu l’absence de symbolique pour dire qu’aucun binôme ne risquait l’élimination sur cette étape, il faudra me croire sur parole à ce sujet…

J’ai fait le tour de l’aspect « course » global ; parlons à présent de ce qui vient le ponctuer.

Les épreuves

Qu’est-ce qui définit une épreuve d’Amazing Race ?
Bon, il y a généralement l’inspiration géographique. Comme pour Pékin Express, on aime imaginer des épreuves qui profitent des spécificités de l’endroit ; mais ça, j’ai envie de dire que c’est plutôt standard pour ce genre de programme.

Mais d’un point de vue mécanique, ce qui caractérise les épreuves d’AR, c’est le fait qu’elles ne font jamais s’affronter réellement les candidats.
En effet, vu qu’elles sont définies comme des checkpoints pour que les candidats puissent poursuivre leur course, elles consistent généralement en une ou plusieurs actions à faire et à valider le plus rapidement possible (parfois, il s’agit juste de se rendre à un lieu précis, mais en sachant s’y repérer) ; mais c’est tout. C’est également quelque chose qui caractérise la plupart des épreuves de PE ponctuant les phases de course (i.e. en dehors des épreuves d’immunité, qui se permettent plus souvent de faire des confrontations directes) ; et c’est donc au final plutôt logique que les épreuves d’AR soient définies par cette caractéristique dans leur intégralité, compte tenu du côté « course en continu » qui caractérise le jeu.

Deux types d’épreuves ont cependant des règles plus spécifiques ; et, de ce fait, agissent davantage comme une « ponctuation » de chaque épisode, puisqu’on en retrouve systématiquement une de chaque par étape (sauf dans l’épisode 8, où on n’a bizarrement que le second type d’épreuve). Pas toujours dans le même ordre ou au même moment de l’épisode, cela dit : on peut les avoir tout aussi bien au début qu’au milieu ou en dernier.

Le premier concerne les épreuves dites « road block » : et j’avoue que je ne comprends pas trop ce nom, puisque toutes les épreuves proposées doivent être réalisées (et sont donc bloquantes à leur manière) pour que les candidats puissent progresser…
Bref. Leur spécificité, c’est qu’elles n’impliquent qu’un seul candidat, parmi les deux du binôme. En revanche, les candidats doivent d’abord décider de celui qui va faire l’épreuve, sans avoir davantage de précisions concernant son principe. Tout ce dont ils disposeront, c’est d’un indice assez vague sur la nature de l’épreuve, formulé comme une question. Question à laquelle les candidats doivent répondre (et donc désigner le volontaire), avant de découvrir en quoi l’épreuve consiste.
Par exemple : « Lequel de vous deux fera le poids ? », pour découvrir une épreuve dans laquelle le volontaire devra effectuer un combat de sumo ; sachant que l’étape en question se déroule au Japon, ce qui pouvait donc faire un indice potentiel.

En se basant sur cette question, il va falloir essayer d’imaginer le principe de l’épreuve qui pourrait suivre…
… et c’est une descente en rappel assez vertigineuse. Mais l’indication n’a pas menti, le candidat bénéficie bien de la plus jolie vue.

Bon, c’est bien beau comme spécificité… mais j’ai un peu de mal avec la mise en scène de ce genre d’épreuve.
En fait, c’est un peu la loterie, par rapport à l’épreuve qui sera réellement jouée une fois le choix fait. Car c’est aussi pendant les épreuves solo qu’on a des concepts plus impressionnants, comme sauter en parachute, descendre en rappel, ou prendre un requin en photo depuis une cage immergée. Bon, heureusement, rien de putassier ni dans les concepts, ni dans leur mise en scène (on est encore loin des épreuves les plus consternantes de Fort Boyard qui ne sauraient tarder à cette période-là…) ; mais c’est plutôt l’idée qu’un candidat puisse être mis au pied du mur de la sorte qui me gêne un peu, d’autant plus qu’il est impossible de se faire remplacer une fois le choix fait.

Cependant, contrairement aux autres types d’épreuves (sauf le type suivant, on en reparle), il est possible de les abandonner ; moyennant, bien entendu, une contrepartie. Et cette contrepartie consiste en un arrêt forcé de la course pendant… 4 heures.
Donc… mouais, autant dire que déclarer forfait à ce genre d’épreuve revient presque à déclarer forfait pour le jeu en lui-même ; de croiser les doigts pour que l’étape ne soit pas éliminatoire, ou qu’un autre binôme ne se retrouve dans la même situation. Mais (désolé, mini-spoiler), ça, ce n’est jamais arrivé, les candidats ayant systématiquement accepté de faire les épreuves solo, sans besoin de déclarer forfait.
En fait, je pense que cette règle manque de flexibilité pour être vraiment intéressante. Bon, déjà, on pourrait faire une pénalité de forfait plus courte que ça (deux heures, ça me semble raisonnable) ; mais on pourrait aussi proposer la possibilité de se faire remplacer par son binôme, moyennant une contrepartie de 30 minutes par exemple. Ce qui reste pénalisant, mais rattrapable.

Enfin, c’est très ponctuel, car ça ne concerne que le road block de l’épisode final : mais celui-ci proposait un bonus, via une mission supplémentaire que les candidats pouvaient accomplir en même temps qu’ils faisaient le reste du défi. Si ce bonus était remporté, il permettait alors de gagner 15 minutes sur le reste de l’étape.
Une bonne idée (qui constitue au passage la seule exclusivité mécanique de la finale) ; mais exploitée un peu trop à la va-vite, d’autant plus vu le manque d’impact qu’elle a eu sur l’épisode en question. Je pense qu’on aurait pu la développer davantage, à travers d’autres épreuves dans les autres épisodes.

L’autre type d’épreuve aux règles plus spécifique, ce sont les épreuves dites « crossroad » ; qui ne consistent pas qu’en une seule épreuve, mais en deux.
En fait, une fois arrivés sur les lieux, les candidats ont le choix entre deux épreuves ; et doivent donc faire (et réussir) celle qu’ils jugent la plus accessible pour eux.

Dans cet épisode, les candidats avaient le choix entre démêler un sac de nœuds pour récupérer l’indice…
… ou associer des éléments emblématiques aux pays représentés (l’Argentine, le Brésil et le Paraguay).

Assez bizarrement, les candidats peuvent changer d’épreuve en cours de route, s’ils s’aperçoivent que leur premier choix ne leur convient finalement pas, ou qu’il y a trop d’attente pour la faire ; et ce, sans contrepartie… enfin, mis à part avoir perdu un peu de temps pendant leur essai de l’épreuve qui ne les convainquait finalement pas. Cette règle aura d’ailleurs servi à plusieurs reprises à certains binômes.
Au niveau des choix proposés, ils restaient la plupart du temps assez complémentaires, en mettant en avant des qualités différentes pour les deux épreuves (sauf peut-être dans l’épisode 5, où les deux épreuves consistaient à vendre des choses aux locaux, avec des glaces aux parfums atypiques dans un cas et des caricatures dans l’autre). Néanmoins, niveau équilibrage, ce n’était peut-être pas toujours optimal non plus dans certains cas, certaines épreuves ayant été largement plus choisies que d’autres (à tel point que seul un binôme s’aventurait sur l’alternative) ; mais bon, ça dépend aussi pas mal des affinités des candidats, qui pouvaient avoir plus de mal avec les qualités requises pour l’autre épreuve. C’est juste un peu dommage pour le spectateur, qui a droit à un peu moins de diversité.

Par ailleurs, ils disposent toujours de la possibilité de ne faire aucune des deux épreuves, moyennant une contrepartie de 6 heures de pénalité cette fois-ci.
Bon, la pénalité plus élevée en cas d’abandon ne me choque pas, étant donné la possibilité pour les candidats de trouver chaussure à leur pied parmi les deux épreuves proposées ; aussi, je me demande surtout pourquoi cette règle existe, d’autant plus que (mini-spoiler là encore) personne n’a abandonné cette épreuve là non plus durant l’unique saison française du programme. Bref, j’ai du mal à comprendre pourquoi ce type d’épreuve a droit aux abandons, mais pas toutes les autres épreuves (sauf road block) où les candidats n’ont pas cette option…

Cela dit, peut-être que cette possibilité d’abandonner le crossroad pouvait se justifier pour les quelques étapes où celui-ci était accompagné d’une règle additionnelle.
En effet, dans certains épisodes, on a la règle du « Demi-tour ». Juste après l’épreuve crossover, le binôme en tête de la course a la possibilité de demander au binôme de leur choix de réaliser les DEUX épreuves du crossroad pour pouvoir continuer. Mais ça, le binôme choisi ne le sait qu’après avoir réussi sa première épreuve ; et s’il découvre que c’est lui qui a été choisi, il doit donc faire demi-tour et réaliser la seconde épreuve… ah, et il sait quel binôme lui a joué ce mauvais tour, des fois qu’il voudrait se venger (mais ce n’est pas trop l’état d’esprit du programme, on y reviendra).

… gros, gros mouais.
Dans le positif, je noterais quand même que cette règle fait partie des très rares moments où les candidats peuvent se « confronter », et avoir un impact sur le parcours des autres.
En revanche, plus négativement, c’est plus ou moins un moyen quasi-assuré de faire prendre au binôme choisi la dernière place, vu l’ampleur de la pénalité, ou la sanction en cas d’abandon volontaire ! Même si cette règle est surtout intervenue pour les crossroads où les épreuves restaient d’un niveau de difficulté relativement raisonnable, je trouve que ça reste quand même un peu abusé…

Bon, pour la défense du jeu, cette règle n’est intervenue que deux fois ; et la première fois, c’était lors d’une étape non éliminatoire. C’est peut-être le seul point qui me fait relativiser l’existence d’étapes non éliminatoires et sans pénalité supplémentaire pour les candidats arrivés en dernier ; et un moyen de signaler aux candidats que la règle du Demi-tour existe, sans qu’elle ne soit trop brutale pour cette première fois (même s’ils ignorent lors de cette découverte que l’étape en question n’est pas éliminatoire…).
En revanche, ça ne change rien de ce que je pense au sujet de ce genre d’étape, de façon plus générale ; ni à la brutalité du Demi-tour quand l’étape reste éliminatoire, comme ça a été le cas la seconde fois. Certes, elle est intervenue bien plus tardivement, à un moment où plus de la moitié des binômes a été éliminée ; mais quand même, ça ne change rien au caractère particulièrement déséquilibré de cette règle.

Dans le petit cadre, le binôme a mis sa propre photo ; dans le grand, ils vont mettre celle du binôme qui devra faire l’autre épreuve en plus.

Sinon, pour parler des épreuves en elles-mêmes plus en détail, je n’ai pas grand-chose de plus à développer là-dessus.
Au niveau des qualités requises, ça reste assez varié. La condition physique reste peut-être la composante la plus importante ; mais il y a aussi de la réflexion, de la culture, de l’observation, du contact humain, de la patience, du sang-froid, de la débrouillardise, etc.
Quant aux différentes épreuves, je dirais que ça reste relativement correct dans l’ensemble ; avec rien de particulièrement original ou génialissime qui se démarque, mais rien de consternant non plus. Au pire, on a une petite poignée d’épreuves moins inspirées de temps à autre, comme compter des perles dans un vase, défaire un sac de nœuds, et les deux ou trois épreuves de l’épisode final mentionnées plus haut ; et au mieux, on a des épreuves qui mettent en valeur la culture locale, et qui font interagir les candidats avec des locaux.
Et au passage, ça inclut d’ailleurs l’épreuve de dégustation ; car, oui, il y en a malheureusement une… néanmoins, elle était vraiment très basique, puisque les candidats devaient juste manger deux ou trois insectes, dans un contexte où c’était culturellement justifié, et sans en faire des caisses pour rendre l’épreuve la plus écœurante possible façon Rovelli dans Fort Boyard (eh, y a pas que PE qui a le droit de se taper des tacles dans cet article). Mieux que ça : l’épreuve en question faisait partie d’un crossroad, et pouvait donc être totalement ignorée par les candidats s’ils ne se sentaient pas de la faire (même si l’alternative était beaucoup plus chronophage, et – mini-spoiler là encore – quasiment pas tentée par les candidats à cause de ça).

Tout au plus, il y a eu un moment où la rotation des différents types d’épreuves mis en avant restait perfectible, avec deux épisodes consécutifs où on a eu droit à deux épreuves ayant le même principe ; qui consistait à reproduire une chorégraphie inspirée de la culture locale, jusqu’à ce qu’elle soit validée par un professionnel… et de surcroit, à chaque fois dans un crossroad. Certes avec des chorégraphies totalement différentes, mais quand même…

La danse de l’épisode 7, à Rio de Janeiro…
… et la danse de l’épisode 8, au Cap. Certes, dans des styles différents ; mais avec un même principe d’épreuve quand même.

L’ambiance et le ton

Ah, le ton du programme. Parlons-en, du ton du programme.
Bon, dernièrement, je me suis pas mal habitué à des jeux d’aventure au ton plus « feel good », comme Qui est la taupe ?, Destination X, ou la saison 2 de Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! dont le ton contrastait pas mal avec celui de sa saison 1, sortie 13 ans plus tôt. Et je pourrais en dire de même pour Pékin Express lors du retour du programme en 2018, qui m’avait très agréablement surpris à ce niveau-là, au point même de me faire considérer les saisons plus anciennes comme un lointain souvenir. (Bon, c’est dommage qu’ils n’en aient pas profité pour se remettre en question au sujet de leurs règles, mais j’ai dit que je n’allais pas remuer le couteau dans la plaie…)
Mais début des années 2010, ce n’était pas la même tisane. On sentait qu’on était encore dans la période « adolescente » de la télé-réalité des années 2000, où ce genre d’émission avait au contraire plutôt tendance à accentuer le côté sensationnaliste des concepts que leur potentiel bienveillant. Cette transition s’est surtout faite au cours des années 2010, même si on trouve toujours des exceptions comme Cash Island ou Pandore à qui on n’a visiblement pas transmis le mémo.

Bref. Tout ça pour dire qu’a priori, Amazing Race ne devrait pas avoir échappé à cette tendance ; et, malheureusement, c’est effectivement le cas… mais pas le pire du genre non plus.

Bon, déjà, a priori, le programme semble se vouloir assez… stressant.
Sans doute pour appâter le spectateur, on sent que les premiers épisodes veulent se donner un côté un peu sensationnaliste. En effet, on aime bien employer des superlatifs, insister sur le côté extraordinaire de la course disputée, ou sur les conditions dans lesquelles les candidats font tout ce qu’ils font, avec les difficultés que ça implique… bref, ça se survend un peu.
Et j’avoue que dans la forme, ce n’est pas aidé par la voix-off d’Alexandre Delpérier. Je précise cependant qu’en tant qu’animateur, il fait très bien le café ; mais là, je parle surtout du ton lorsqu’il intervient en voix-off… et qui, à l’époque, avait dû me renvoyer cette image un peu froide que j’avais en me lançant dans le programme. Ça m’a d’ailleurs surpris quand je me suis revisionné le jeu récemment, car je me serais presque cru dans une émission d’investigation TNT genre Appels d’urgence ou 90′ Enquêtes
Bon, après, je pense que c’est le côté « commentateur sportif » qui doit ressortir un peu, et me renvoyer cette impression. J’ai trouvé ça assez déroutant en me relançant dans l’émission ; mais au bout d’un moment, on s’y habitue.

En outre, comme je le disais plus haut, Amazing Race insiste pas mal sur la place de la course dans ses règles, et moins sur l’humain ; ce qui se ressent aussi sur le parcours des candidats, et la façon dont on nous les montre.
Ainsi, on nous les montre souvent en train de foncer (et d’inciter leurs chauffeurs à dépasser les limites de vitesse en mode « Go ! Go ! Go ! » en oubliant parfois les bonnes manières… pas l’aspect le plus valorisant des PE-likes…), ou en train de stresser pendant les épreuves ou lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils ne vont pas au bon endroit. Et si vous voulez vous amuser un peu, comptez le nombre de « Putain ! » qu’on peut entendre dans chaque épisode, qui est finalement plutôt représentatif de cet état de fait. Sincèrement, on pourrait en faire un jeu à boire…
Bon, l’agacement peut être naturel ; en revanche, certains candidats ont davantage tendance à partir au quart de tour, ou à s’énerver sur leur partenaire… et, clairement, niveau capital sympathie pour les concernés, ça laisse beaucoup à désirer (surtout quand, comme pour PE à la même époque, ce sont souvent ces candidats-là qui vont le plus loin…). Idem pour ceux qui se morfondent parce qu’ils ne sont pas en première place, alors qu’ils sont pourtant loin d’être en danger d’élimination à ce stade de l’épisode… certes, c’est moins fréquent, mais ça a dû arriver une bonne paire de fois dans les premiers épisodes.
Et au niveau du montage, je me serais bien passé de certains magnétos « rewind » et coming next qui compilaient les pertes de patience de certains candidats ; et qu’on nous rabâche un peu trop souvent au fur et à mesure que le programme avance. Les moments où ils s’énervent sont déjà assez nombreux comme ça, on n’a pas besoin de nous les teaser ou les remémorer à chaque fois, bon sang !!!

Malgré l’intérêt du concept, l’épreuve ayant causé pas mal d’énervement à certains, c’était loin d’être le moment du programme le plus agréable à regarder.
Et je n’ai pas compté le nombre de fois où on a eu droit à des flashbacks dessus…

Néanmoins, en dépit de ces moments désagréables et de leur récurrence, je maintiens qu’il y avait tout de même un peu de progrès par rapport à PE à la même époque ; et qu’AR restait tout de même un peu plus agréable à regarder, pour une certaine raison.
Car en effet, si les disputes entre membres de chaque binôme existent ; en revanche, les binômes de façon générale s’entendent plutôt bien entre eux, et font preuve d’un esprit de compétition qui reste plutôt sain, sans rivalités exacerbées ni désir ardent de voir des adversaire déguerpir. Et ça, entre les saisons 8 et 9 de PE où ce problème était particulièrement présent, ça faisait du bien…
Après, je reconnais que ça doit être beaucoup aidé par les règles d’AR, qui ne mettent que très rarement les candidats en confrontation directe ou en situation d' »acharnement » (i.e. des situations dans lesquelles les candidats doivent se pénaliser entre eux, parfois même en les désavantageant considérablement). En fait, la seule règle qui va dans ce sens est celle du Demi-tour (qu’on a vu dans 2 épisodes uniquement) ; et même dans cette configuration-là, on n’a pas vu les candidats lésés déclarer une guerre ouverte à ceux qui leur ont infligé cette peine.
Alors que dans PE, ce genre de règle avait au contraire tendance à proliférer : drapeau noir, drapeau rouge, épreuves d’immunité à acharnement, pousseurs/ralentisseurs, intouchables, coffre maudit… plus encore quelques épreuves ça et là plus ponctuelles mais où les candidats devaient se léser entre eux. Ce qui pouvait certes ajouter du piquant ; mais qui, honnêtement, rendait le programme assez malsain à force, surtout vu la mentalité de l’époque. Et même si ce genre de règles n’aura jamais vraiment disparu du programme (ce n’est pas pour rien que j’ai fini par jeter l’éponge au bout d’un moment…), on sent toutefois que les efforts faits au niveau du casting et du montage depuis 2018 ont permis d’en atténuer un peu plus les désagréments.
Et finalement, c’est même un point qui pourrait me faire préférer l’approche mécanique d’AR à celle de PE. Bon, certes, PE pourrait théoriquement se dispenser de ce genre de mise en situation ; cependant, l’approche d’AR apporte un peu plus de garanties qu’il n’y en ait pas ou peu. D’autant plus que je vois mal PE se débarrasser définitivement d’éléments jugés cultes comme le drapeau rouge…

En outre, même si les moments d’énervement persistent pendant une bonne partie du programme ; heureusement, les épisodes ne sont pas tous concernés. Notamment en milieu de programme, les épisodes 5 et 6 sont bien plus agréables à regarder, offrant une bouffée d’oxygène bienvenue.
Et les candidats ne sont d’ailleurs pas les seuls concernés, car l’animateur aussi semble s’être adouci au même moment, par rapport aux premiers épisodes où il paraissait un peu plus froid.
Et même dans les épisodes où les coups de sang sont présents, on peut trouver des moments agréables, qui ont même parfois réussi à me toucher ; comme l’épisode 8 (Le Cap) avec la mission humanitaire, et le passage au musée de l’Apartheid. (D’ailleurs, dans cet épisode, l’épreuve qui avait lieu dans ce musée devait se faire la plus silencieusement possible ; donc au moins, on n’aura pas entendu certains candidats hausser le ton…)

La rencontre avec l’un des anciens habitants du District 6 est d’ailleurs un moment qui m’a plutôt touché.

Mais le problème avec ça, c’est que pour les spectateurs qui se lancent dans le programme sans savoir dans quoi ils mettent les pieds, les premiers épisodes peuvent par conséquent les dissuader de continuer leur visionnage. Aussi, pour ceux qui n’ont pas encore vu le programme, et hésitent à se lancer : si vous n’accrochez pas aux premiers épisodes, je vous recommande de prendre votre mal en patience.
Et je ne vais d’ailleurs pas me priver de faire un petit tacle au PE de la même époque, en particulier la saison 8 (diffusée juste avant AR), où c’était un peu l’inverse : avec des premiers épisodes au ton acceptable, mais une grande partie du reste de la saison beaucoup plus désagréable à suivre à cause du comportement de certains candidats. Et même si je n’ai pas vu la saison 9, j’ai l’impression que le problème de ton était toujours présent… bref, c’est là que ça m’a vraiment fait regretter qu’AR n’ait pas pu persister comme alternative. Mais bon, heureusement que quelques années plus tard, c’est le côté feel good qui a fini par devenir la norme.

Total : 11/20

Bon, malgré toute l’affection que j’avais pu avoir pour le programme à l’époque de sa diffusion, et malgré toute mon envie de défendre le jeu ; je reconnais qu’en dépit de son approche du concept de rallye autour du monde et des bons points qui valent quelque chose, Amazing Race avait tout de même son lot de problèmes qui ne le rendaient finalement pas aussi agréable à regarder qu’il aurait pu.
Nonobstant une structure globale assez solide qui tient la route, certaines règles plus ponctuelles comme le Demi-tour et les étapes non éliminatoires viennent fragiliser cette solidité, et auraient mérité d’être revues ; et même si le programme avait son lot de moments agréables ou touchants et quelques candidats attachants, les moments de stress, de tension et d’énervement restent encore trop présents et récurrents (avec de surcroit une fâcheuse tendance à insister dessus) pour qu’il puisse tenir la comparaison avec le ton plus feel good que ce genre de programme a fini par adopter quelques années plus tard. Clairement, si vous souhaitez découvrir Amazing Race, je vous déconseille de l’enchaîner après un visionnage de Destination X, vous risqueriez de tomber de haut à ce niveau-là.

De fait, je reconnais que mon appréciation d’Amazing Race restait très contextuelle, et avait surtout bénéficié de mon désintérêt pour un programme concurrent, qui avait des tares similaires à ce moment-là… mais en bien pire, au point où ça en devenait carrément du dégoût qui m’empêchait de vouloir le suivre jusqu’au bout.
Et c’est là où je veux en venir : certes, Amazing Race n’atteignait pas les sommets que Pékin Express a déjà pu atteindre ; mais il n’est pas non plus tombé aussi bas que le pire dont ce dernier a pu être capable. Ce qui me permet donc de me faire relativiser sur sa qualité, et de pouvoir tout de même profiter d’un genre de façon correcte ; sans pour autant dépendre exclusivement d’une seule marque, avec en bonus l’effet de fraîcheur de la nouveauté. Et qui sait, peut-être que si le public avait un peu plus donné sa chance au programme, il aurait pu s’améliorer par la suite.
Bref, que malgré les défauts d’Amazing Race, s’il y a bien un point sur lequel je ne le critiquerai jamais, c’est sur sa ressemblance avec un autre format, car ce n’est pas de là que viennent ses défauts.

Et pour la prochaine fois, on va rester dans le même ordre d’idée, avec un autre programme injustement critiqué pour sa trop forte ressemblance avec un format de référence…

garsiminium

Enchanté, moi c'est garsim. Bienvenue sur mon blog, où je parle de différents sujets, légers comme moins légers.

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