Revenons rapidement sur la BBC, pour parler d’un concept qui… cette fois-ci, a eu semble-t-il davantage de succès que ce que j’ai l’habitude de traiter en parlant de ce réseau. Bon, pas non plus au point de devenir culte (enfin, j’imagine, n’étant pas britannique, je ne connais pas les tendances d’outre-Manche) ; mais 240 épisodes de tournés, c’est toujours bien plus conséquent que Two Tribes (90 épisodes), Decimate (75 épisodes), Pressure Pad (50 épisodes), Think Tank (50 épisodes), Breakaway (je n’ai pas trouvé le nombre exact, mais vu la durée de diffusion c’était certainement moins) ou encore Hardball (seulement 20 épisodes…). Néanmoins, on reste encore loin du champion toutes catégories Only connect, qui a cumulé plus de 500 épisodes et qui est toujours en cours de diffusion à l’heure où j’écris cet article. (Et, oui, c’était un prétexte pour balancer plein de liens pour le référencement… euh pardon, vous inciter à découvrir ces concepts si vous ne les connaissiez pas)
Et encore, je parle de 240 épisodes ; mais en réalité, on peut même doubler ce nombre : car un épisode consiste en un enchaînement de deux parties, pour tenir le créneau du prime-time à l’anglaise. Oui, eux aussi ont ce problème de meublage de créneau horaire qui semble inscrit dans le marbre : mais au moins, leurs créneaux ne durent qu’une heure, pas 2h ou 2h30 comme en France… Et quand je dis « deux parties », je parle bien de deux parties indépendantes (enfin presque, mais on y reviendra) l’une de l’autre, pas de deux parties artificiellement reliées façon VF de The Wheel…
En fait, il y en a même eu davantage que ça ; car, à cause d’une négligence (sur laquelle on reviendra), les 26 premiers épisodes tournés ont dû être jetés à la poubelle et tournés à nouveau aux frais de la société de production (12 Yard Productions).
Bref. Perfection est un jeu présenté par Nick Knowles, diffusé sur BBC Two du 17 janvier 2011 au 10 février 2012, puis sur BBC One du 2 janvier 2013 au 31 octobre 2014, puis à nouveau sur BBC Two du 2 au 30 mars 2015. Oui, apparemment, il a eu droit à une promotion en cours de route ; mais a été relégué sur sa chaîne d’origine après un peu d’essoufflement.
Et je n’ai pas grand-chose de plus à dire en introduction à son sujet, donc lançons-nous dans la critique tout de suite.
Le concept
Quatre personnes nous sont présentées dans une salle isolée du plateau (aussi bien phoniquement que visuellement). L’une d’entre elles est tirée au sort pour jouer la partie, devient le/la candidat·e, et rejoint l’animateur ; tandis que les trois autres deviennent les « usual suspects » et restent dans la salle isolée.
Et, décidément, entre ça et la saison 1 de Loups-garous, je ne comprends pas ce que les jeux TV ont à vouloir faire des références aussi superficielles à ce film-là… d’autant plus qu’ici, on n’est pas du tout sur un concept de saboteur à démasquer ou quoi que ce soit dans le genre. Mais bon, passons.

… laissons juste le hasard faire. Un peu bof.
Le jeu se déroule en deux parties :
- une première partie composée de trois manches (au principe identique), dont le but est de déterminer les thèmes qui seront joués durant la finale ;
- une finale, où le but du candidat est d’atteindre… la perfection (titre !) pour gagner la cagnotte en jeu.
Avant de détailler leur rôle plus en détail, quelques mots sur les usual suspects.
Déjà, personnellement, plutôt qu’un tirage au sort, j’aurais préféré une question de sélection rapide pour déterminer qui va jouer. C’est un peu comme pour Le coffre : vu l’asymétrie des rôles, j’aurais préféré que la sélection du candidat puisse se jouer un tant soit peu au mérite plutôt qu’au hasard.
C’est néanmoins plus ou moins compensé par le fait que les usual suspects reviennent dans la partie suivante (façon candidats d’APOAL), et peuvent donc espérer être tirés au sort dans celle-ci, ou dans une partie ultérieure. En outre, ils ont également potentiellement une chance d’intégrer la partie lors de la finale, et de tenter de gagner quelque chose.
Cependant, lors de la dernière saison, une limite maximum de 8 participations a été fixée, au bout de laquelle un usual suspect qui n’aura toujours pas été candidat sera éliminé. Ce qui est pour moi une mauvaise idée, à cause du facteur chance qui reste toujours prépondérant. On verra en effet un peu plus loin que la chance d’intégrer la partie durant la finale est loin d’être garantie.
La partie principale
La partie principale se déroule en trois manches, toutes ayant le même principe.
Pour chaque manche, on isole les usual suspects, qui n’entendent ni ne voient rien.
L’animateur pose ensuite quatre questions de type Vrai/Faux au candidat ; qui doit y répondre en temps limité (avec au passage une jolie musique de suspense stressante bien comme il faut tout du long). Ses réponses ne sont cependant pas validées tout de suite.

Dans un premier temps, on rétablit la connexion avec les usual suspects, qui prennent connaissance des questions et des réponses données par le candidat, et qui donnent leur avis dessus.
Puis on dévoile le nombre de bonnes réponses que le candidat a parmi les quatre questions ; sans préciser toutefois quelles ont été les bonnes réponses.
Si le candidat a fait un sans-faute, il gagne la manche (on reviendra sur le « gain » légèrement plus loin) ; si le candidat a eu tout faux, les usual suspects remportent la manche ; et s’il a eu entre 1 et 3 bonnes réponses, les usual suspects entrent en jeu pour tenter de la gagner.

Ils doivent alors se concerter pour dire quelle(s) réponse(s) ils vont changer par rapport à celles du candidat.
On dévoile ensuite les réponses de chaque question ; et si les usual suspects ont corrigé la/les mauvaise(s) réponse(s) du candidat, ils remportent la manche. S’ils n’y sont pas arrivés, c’est alors un match nul.

Avant de parler de l’enjeu, je dois dire que j’aime bien ce principe, que je trouve assez rafraîchissant.
Déjà, le titre « Perfection » commence à prendre tout son sens, dans la mesure où seul un sans-faute permet de remporter la manche, aussi bien côté candidat que côté usual suspects. Bon, on a certes le cas du « tout faux » qui fait remporter la manche aux usual suspects… mais d’un autre côté, on peut voir ça comme une accélération du processus, puisqu’il leur suffirait juste de prendre systématiquement la réponse inverse du candidat. De toute façon, même si c’est déjà arrivé qu’un candidat se plante complètement, ce n’est pas non plus si fréquent que ça.
Et car il y a un petit côté Mastermind derrière cette idée de trouver quelle(s) réponse(s) auraient pu être mauvaise(s), sans savoir laquelle/lesquelles.
Au passage, pour revenir sur les 26 épisodes annulés qui ont dû être à nouveau tournés : en fait, la production a réalisé qu’un écran sur lequel se trouvaient les bonnes réponses traînait dans la salle des usual suspects ; et que, par conséquent, ils pouvaient potentiellement voir les bonnes réponses en regardant au bon endroit, ce qui aurait donc complètement faussé la partie…

Parlons maintenant des enjeux de ces trois manches.
À l’issue de chaque manche, le camp qui l’a remportée a le droit de choisir deux thèmes qui seront joués en finale (parmi 12 thèmes proposés par la production). Le candidat a bien sûr tout intérêt à choisir des thèmes sur lequel il est calé ; tandis que les usual suspects ont plutôt intérêt à choisir soit des thèmes plus difficiles pour le candidat, soit des thèmes sur lesquels eux ont plus de chances de marquer des points.
En cas d’égalité sur l’une des deux premières manches, le choix des thèmes est reporté à l’issue de la manche suivante, où le camp gagnant pourra alors choisir 4 thèmes au lieu de 2 (voire 6, si les deux premières manches ont abouti à un match nul).
Enfin, en cas d’égalité sur la dernière manche, les deux camps choisissent alternativement un thème, en commençant par le candidat.
Vu comme ça, c’est un enjeu qui peut paraître un peu faiblard sur les bords (et je l’aurais volontiers complété par autre chose, j’y reviendrai), même en connaissant le principe de la finale. Qui, spoiler, va se jouer également sur des questions de type Vrai/Faux, donc qui restent jouables même sans avoir de connaissances pointues sur les thèmes qui y seront joués. On n’est pas sur les thèmes de finale de TLMVPSP, qui peuvent aller chercher des questions hyper pointues à poser en dernier aux candidats, et leur permettre d’y répondre de façon modulaire (oui, c’est dingue que je sois en train de parler positivement de TLMVPSP et de cette phase de jeu en particulier, mais ça arrive parfois).
Néanmoins, ce n’est pas un enjeu purement anecdotique pour autant ; en outre, l’exécution de ces trois premières manches reste suffisamment fluide pour qu’elles soient appréciables à regarder, même sans un enjeu très élevé.

La finale
Pour la finale, le candidat va devoir répondre, cette fois-ci, à 6 questions (une par thème décidé lors de la phase précédente) ; et faire un sans-faute complet pour remporter le montant de la cagnotte en jeu.
Oui, autant en parler tout de suite : on a un système de cagnotte qui démarre à 1 000 £, et qui grossit de 1 000 £ à la fin de chaque partie tant qu’elle n’est pas remportée. Non seulement je ne suis pas très fan de ce genre de système inéquitable pour les candidats (où ça dépend de la chance de tomber sur une émission où la cagnotte est déjà élevée) ; mais de plus, ça a une influence sur un autre aspect stratégique, j’y reviens.
Dans un premier temps, à l’instar des manches précédentes, le candidat répond aux 6 questions, toujours de type Vrai/Faux, mais cette fois-ci sans limite de temps (dommage pour la musique, mais on la retrouvera lors de la révélation à grand suspense des réponses).

Puis on rétablit la connexion avec les usual suspects ; qui, cette fois-ci, ne jouent plus « collectivement ». Chacun d’entre eux va donner son avis sur les réponses données par le candidat ; tout en restant suffisamment évasif. Ainsi, ils diront quelque chose du genre « Je pense que deux réponses données sur les six sont fausses et une pour laquelle je suis à peu près sûr que c’est correct ».
Et chacun va également proposer un marché au candidat, en proposant son aide contre une partie de l’argent en jeu, pour modifier (avec l’accord du candidat) les réponses qui lui semblent incorrectes.
Le candidat peut alors :
- soit refuser l’aide des trois usual suspects s’il est sûr de lui, et jouer avec les réponses qu’il a validées, sans possibilité de les changer ;
- soit accepter l’aide de l’un des trois usual suspects, qui vient alors le rejoindre sur le plateau, et se concerter sur les réponses à changer. Si le candidat souhaite modifier une ou plusieurs réponses selon les déclarations des usual suspects, c’est d’ailleurs le seul moyen pour lui de le faire.

Une fois les réponses définitivement validées, celles-ci sont révélées une à une aux candidats ; et si elles sont toutes correctes, le candidat remporte alors la cagnotte (s’il s’est fait aider par l’un des usual suspects, il la partage avec lui selon les termes de leur accord). Sinon, il suffit d’une seule erreur sur les six questions pour que personne ne gagne rien.
Par ailleurs, si l’un des usual suspects a aidé le candidat, il ne reviendra pas dans la partie suivante avec les autres.

Dans d’autres circonstances, j’aurais peut-être pesté contre le côté « tout ou rien » de cette finale ; mais, ici, il est totalement recherché et cohérent.
On n’est pas dans Money Drop où ça casse complètement l’intérêt du concept de base, et où ça sert surtout à faire du suspense ultra grossier. Ici, le concept même du jeu est de faire des sans-faute pour pouvoir gagner (d’où, à nouveau, le titre « Perfection »).
Sans-faute qui, ici, me semble suffisamment accessible pour que ce concept de finale puisse tenir la route ; en particulier avec la possibilité d' »acheter » l’aide de l’un des usual suspects, qui ne rend donc pas cette finale complètement binaire comme l’est celle d’un Money Drop.
J’aime bien également le petit côté « négociation » (qui me rappelle encore une fois Le coffre) qui permet aux usual suspects d’espérer pouvoir entrer dans la partie de façon plus concrète, faute de pouvoir la jouer depuis le début en attendant leur tour.
Bon, dans un sens, on pourrait dire que la limitation de participations en saison 5 peut les inciter à se montrer encore plus négociateurs pour éviter l’éviction pure et simple au bout de 8 émissions… mais personnellement, ça reste un point de la saison 5 qui ne me convainc toujours pas, vu que le candidat n’est jamais tenu d’accepter leur aide.
En revanche, je trouve que ce côté « négociation » reste un peu atténué par la gestion de la cagnotte.
Car, forcément, les usual suspects seront davantage motivés à négocier avec une cagnotte au montant élevé, plutôt qu’avec une cagnotte qui vient juste d’être réinitialisée à 1 000 £ ; tout comme le candidat aurait d’autant plus envie de sanctuariser un montant plus élevé quitte à faire des concessions, qu’un montant relativement faible où il pourrait assumer plus facilement sa performance… encore une fois, le manque de moyens de la BBC (qui pousse ici à utiliser un système de cagnotte qui augmente à chaque partie) se fait un peu ressentir.
Alors que, mécaniquement, on aurait pu trouver un moyen de déterminer le gain final sur un autre critère ; en l’occurrence, le nombre de bonnes réponses données par le candidat durant la première phase de jeu. Par exemple, en faisant monter la cagnotte de 500 £ par bonne réponse donnée durant celle-ci, ce qui aurait permis un maximum de 6 000 £ intéressant (voire 1 000 £ par bonne réponse pour un distributeur qui aurait plus de moyens).
Là, ça aurait donné à mon sens davantage d’intérêt à ce système de négociation.

Total : 13,5/20
Perfection n’est pas un concept parfait (désolé, elle était un peu facile, celle-là) ; mais c’est un concept qui reste suffisamment solide et créatif pour faire partie des jeux qui méritent qu’on s’en souvienne.
Le jeu joue sur un concept de sans-faute mis en scène d’une façon imaginative et efficace, en comptant à la fois sur un candidat et un groupe de personnes dont le rôle est amené de façon assez maligne, en dosant subtilement l’adversité envers le candidat et l’aide qu’ils peuvent lui apporter.
On continuera à parler de « usual suspects » pour la prochaine fois… mais dans un autre genre, où cette dénomination me semble davantage méritée.
