Si je vous parle de gains potentiellement illimités pour un jeu TV, il y a de fortes chances que vous me parliez d’un jeu à champion illimité type TLMVPSP ; et c’est un peu normal. Après tout, c’est souvent l’une des raisons de leur popularité, avec l’idée d’agripper le public pour voir jusqu’où un grand champion peut aller (et non, je ne ferai pas de commentaire sur la bancalité potentielle de ces systèmes ou les arrangements éventuels qui font que je ne suis finalement pas si impressionné que ça par ces jeux-là, ce n’est pas le sujet).
Mais si je vous disais qu’il existe un concept où le gain potentiel des candidats est illimité… sans qu’il ne dépende d’un système de champion quelconque ? Là, personnellement, ça m’impressionne davantage ; car ça semble beaucoup moins intuitif, surtout pour une mécanique dérivée de QVGDM centrée sur un binôme de candidats plutôt qu’une compétition !
D’ailleurs, même pour la production et le diffuseur, ça me semble vraiment osé ; alors que les systèmes de champion sont généralement tout bénef pour eux, vu qu’ils leur assurent de l’audience sur de (très) longues durées, et qu’ils leur permettent de maîtriser leur budget en ne dépassant pas une certaine somme par épisode (TLMVPSP par exemple est assuré de ne pas dépasser 6 000 € par épisode, au grand soulagement de France 2 et de son budget de service public).
Alors qu’ici, sur le papier, on pourrait faire déposer le bilan à la production très vite ; un peu à la façon d’un Michael Larson dans Press your luck, qui avait trouvé le moyen d’accumuler les gains sans jamais rendre la main, et sans que la production ne prévoie un tel cas de figure. Parce qu’elle pensait que la mécanique basée sur le hasard allait forcément faire s’arrêter le candidat à un moment ou à un autre, en tombant sur une case qui le forcerait à rendre la main ; mais elle n’avait pas prévu qu’un candidat comprenne comment fonctionne le système de pseudo-aléatoire mis en place, et aille jusqu’à développer des réflexes de ninja pour le manipuler à sa guise, jusqu’à ce que ça ne se termine potentiellement jamais…
Sauf que dans le cas du jeu d’aujourd’hui, on ne parle pas de « triche » façon Michael Larson (oui, j’emploie des guillemets, car il n’a certes pas joué de la façon attendue par la prod ; mais vu tout l’entraînement qu’il a dû faire pour y parvenir, j’avoue que ça force plus le respect chez moi qu’un Charles Ingram qui s’est fait griller parce qu’il n’a pas été très subtil en exploitant son système de toux codée…). Là, la mécanique est vraiment prévue pour que des candidats talentueux puissent potentiellement jouer de façon illimitée.
Bref, Limitless win est un jeu britannique (oui, ça aurait été trop beau pour qu’on l’ait en France, malheureusement…) présenté par Anthony McPartlin et Declan Donnelly (plus connus sous le nom Ant & Dec), et diffusé sur ITV depuis 2022.
Au passage, le nom complet serait plutôt « Ant & Dec’s Limitless win« … mais d’une part, je ne vais pas m’embêter à mentionner le nom des animateurs à chaque fois, tout comme personne ne s’enquiquine à dire « The Voice, la plus belle voix » ou « 100% logique, la réponse est sous vos yeux » en entier à chaque fois qu’on est amené à en parler ; et d’autre part, ça me rappelle un peu trop la manie qu’ont certains animateurs comme Cauet ou Arthur à mettre leur nom régulièrement dans le titre de leurs émissions. Et encore, Cauet en a au moins profité pour faire des jeux de mots de temps en temps comme « La méthode Cauet » ou « La Cauetidienne » ; là où Arthur s’est surtout contenté d’ajouter « … avec Arthur » à la fin du titre (heureusement qu’il ne le fait pas systématiquement d’ailleurs, parce que « Le dernier cercle avec Arthur » ou « Bataille navale avec Arthur« , ça aurait été lourd). Et de ce que j’ai vu pour Ant & Dec, on est plus proche d’Arthur que de Cauet dans la façon de mettre leur nom dans les titres des émissions qu’ils présentent…
Re-bref (décidément, les digressions vont bon train dans cette intro). Le format est à ma connaissance toujours en cours de diffusion au moment où j’écris ces lignes ; en revanche, sa diffusion hebdomadaire de façon saisonnière (celui-ci n’étant diffusé que pendant la période hivernale) fait qu’il ne dispose pour le moment que d’un nombre d’épisodes assez faible, vu que chaque saison ne comporte qu’entre 5 et 7 épisodes (peut-être pour les questions de budget mentionnées plus haut). Il faut croire qu’outre-Manche aussi, ce genre de jeu doit se restreindre à une poignée d’épisodes par an, comme ce qui se fait désormais en France depuis les années 2020 avec des formats comme 100% logique, Le dernier cercle, The floor, Qui restera dans la lumière, etc.
D’ailleurs, mécaniquement, c’est un jeu qui aurait été adapté à de l’access par chez nous… et même si je ne suis pas fan des prime-time à la française, pour une fois, je pense que le concept aurait été adapté à une diffusion sur 2 heures, vu qu’on est sur un format très similaire à Qui veut gagner des millions, avec des parties indépendantes les unes des autres.
Le concept
Le concept du jeu est plutôt simple à comprendre en son for intérieur ; mais un peu difficile à expliquer.
Un binôme de candidats va devoir répondre à des questions (exclusivement numériques, comme dans Le numéro gagnant) pour tenter de progresser dans une échelle de gains ; qui a la particularité d’être (théoriquement) infinie.
Mais vous vous en doutez : plus on monte haut, plus c’est risqué d’assurer ses arrières. Aussi, les candidats disposent d’un nombre limité de vies, pour leur assurer une marge d’erreur ; et s’ils épuisent leur capital, ils repartent bredouilles.
La partie commence par une manche rapide de 60 secondes, où on pose aux candidats des questions en rafale (toujours avec des réponses numériques) ; et chaque bonne réponse leur octroie 5 vies.
Au passage, cette manche a une petite particularité : les candidats doivent répondre en alternance (et les animateurs posent également les questions en alternance, d’ailleurs… après, c’est un vrai duo, donc c’est amusant d’en profiter !) ; mais tant qu’un candidat ne donne pas une bonne réponse, il doit garder la main jusqu’à ce qu’il y parvienne.
Pas grand-chose de plus à rajouter sur cette manche ; qui, comme dans The Chase, a surtout pour but de faire constituer aux candidats une réserve avec laquelle ils vont jouer.
Enfin… si : d’après Wikipédia, dans le cas de figure où un binôme ne réussirait même pas à répondre à ne serait-ce qu’une seule question durant ces 60 secondes, il est automatiquement éliminé, et son passage dans l’émission serait carrément coupé au montage.
Bon, comme pour les cas des égalités de Pyramide 2014 (qui étaient départagées en rejouant la 3e manche, mais sans garder la première prise au montage), c’est à prendre avec des pincettes, vu que si c’est avéré, on n’a évidemment pas pu le voir à l’écran.
Mais tout de même, ça m’étonne un peu que ce cas de figure ait été prévu. D’une part, on verra plus loin que la mécanique fonctionne quand même, même sans aucune vie en stock (bien que ce soit particulièrement risqué) ; et d’autre part… vraiment, il faudrait le vouloir pour faire un ratage complet sur cette manche, non ? D’autant plus qu’on a bien dû caster les candidats sur une base minimale de culture générale, tout de même…

Bref. En tous les cas, la vraie partie commence face à l’échelle illimitée.
C’est parti pour la victoire illimitée ! (ou pas)
On va poser aux candidats une question dont la réponse est numérique ; mais ici, c’est important qu’elle soit numérique (là où pour la manche rapide, c’était plus un détail, que j’apprécie néanmoins car il ancre le jeu dans sa thématique, comme Le numéro gagnant).
En effet, l’intérêt pour les candidats est de donner la réponse exacte attendue ; car si ce n’est pas le cas, ça peut tourner au vinaigre pour eux, selon si leur réponse est plus haute.
Par ailleurs, la réponse attendue est toujours comprise entre 1 et 50, afin de ne pas non plus s’éparpiller.

Une fois la réponse validée, on s’intéresse à l’échelle.
Celle-ci comporte des paliers tous les 10 échelons, avec à chaque palier un gain progressif. L’échelle démarre d’ailleurs directement à 500 £ ; puis, tous les 10 paliers, elle passe à 1 000 £, 2 500 £, 5 000 £, 10 000 £, 20 000 £, 30 000 £, 50 000 £, 75 000 £, 100 000 £, 150 000 £, 250 000 £ ; et enfin, une fois passé ce dernier palier, elle augmente de 250 000 £ tous les 10 échelons.

Le binôme monte dans l’échelle d’un nombre d’échelons égal à leur proposition. Donc, par exemple, si leur réponse à la question est 16, on monte de 16 échelons.
Lorsqu’on dépasse un palier, celui-ci devient la somme de référence susceptible d’être banquée par les candidats ; du moins, si leur réponse est exacte.
Par « somme banquée », j’entends la somme avec laquelle les candidats peuvent repartir à tout moment, tant qu’ils n’ont pas validé une réponse. S’ils ne se sentent pas de répondre à la question posée, ils peuvent décider d’appuyer sur un bouton jaune pour sécuriser leurs gains et arrêter la partie.
En outre, le fait de donner une réponse exacte octroie aux candidats 5 vies supplémentaires.
Mais en cas d’erreur, ça se gâte.
Si la réponse proposée est inférieure à celle attendue : les candidats perdent une vie par point d’écart entre la bonne réponse et la leur, façon Tyrolien du Juste Prix. S’ils n’ont plus aucune vie à dépenser pour pallier les pertes, c’est game over, et ils repartent bredouilles ! Notons au passage que si le compteur de vies tombe précisément à zéro, le binôme n’est pas éliminé, mais toute réponse inexacte à la prochaine question sera forcément fatale.
Et si la réponse proposée est supérieure à celle attendue… c’est game over direct, avec un gain nul.

Alors… c’est une mécanique que je trouve très intéressante, malgré quelques réserves que je vais formuler.
Déjà, j’aime bien l’idée de base, qui a un côté assez stratégique, avec la gestion du nombre de vies. Oui, le jeu est théoriquement illimité ; mais moins les candidats ont de vies, plus ça devient risqué pour eux de continuer.
Le jeu appâte d’ailleurs les candidats dans ce sens, en leur permettant d’accumuler pas mal de vies au départ. Car outre celles acquises lors de la manche préliminaire, les premières questions sont généralement simples, et permettent aux candidats de gagner encore d’autres vies par paquets de cinq en répondant exactement.
D’ailleurs, pour parler de la difficulté : celle-ci reste globalement progressive, ce qui est notamment marqué par l’évolution de la nature des questions.
En effet, celles-ci attendent toujours une réponse numérique entre 1 et 50 ; toutefois, là où les premières questions seront plutôt orientées culture générale (du type « Combien y a-t-il de pions pour les joueurs dans un Monopoly classique ? » ou « Dans la chanson d’Abba Dancing queen, quel âge a celle-ci d’après les paroles ? »), elles finiront par devenir des questions d’estimation qui auraient très bien pu être posées dans Attention à la marche. Du moins, pas des questions de sondage aux réponses complètement introuvables type « Sur 100 femmes, combien se sentent obligées d’acheter une paire de chaussures après en avoir essayé une dizaine ? » (et Dieu merci, on n’a rien d’aussi con et sans intérêt dans Limitless win…) ; mais plutôt des questions qui portent sur des faits très pointus, du type « Combien mesure (en mètres) Dippy le dinosaure du Muséum d’Histoire naturelle ? » ou « Quelle est la longueur réglementaire en centimètres d’un témoin dans une course de relais ? ».
C’est une évolution plutôt logique, finalement. Après tout, le but, c’est aussi que les candidats « dépensent » leurs vies accumulées au bout d’un moment, sinon le jeu serait sans intérêt et la production serait très rapidement sur la paille si toutes les réponses étaient aussi accessibles. Et puis il est naturel que les paliers les plus hauts soient aussi les plus difficiles à sécuriser en faisant des « tout pile ».
Là où j’ai quelques réserves, c’est sur deux points.
Le premier : étant donné que les franchissements de paliers dépendent de la réponse donnée par les candidats, qui doit être au plus proche de la bonne réponse (sans dépasser), ça veut donc dire que tous les candidats ne sont pas logés à la même enseigne. Sur le papier, on peut très bien avoir un binôme dont la bonne réponse à la première question est 8, et un autre binôme où ce serait 21 ; et en une seule question, à supposer qu’ils aient eu tous les deux exact, le second banquerait déjà 2 500 £ alors que le premier serait toujours à 500 £…
À la rigueur, c’est un point qui peut être plus ou moins « corrigé » si la production panache bien ses questions, de sorte qu’en un nombre de questions donné, chaque binôme (dans le cas où il répondrait exactement à chaque fois) progresse d’une façon à peu près homogène. N’ayant évidemment pas regardé toutes les émissions, je ne pourrais pas dire si c’est le cas en pratique ; mais idéalement, quitte à assumer le caractère quelque peu aléatoire de cette mécanique, c’est ce qu’il faudrait faire.
Et le second point : les éliminations sur-le-champ en cas de réponse plus haute que ce qui est attendu…
Sur le coup, je me suis demandé : mais… pourquoi ? Et surtout, pourquoi de façon aussi violente ?
Parce que dans l’idée, ça voudrait dire qu’une marge d’erreur avec un point d’écart supérieur à la bonne réponse serait beaucoup plus grave qu’une marge d’erreur de 15 points d’écart inférieurs… imaginez une telle règle dans AALM ou Intuition, ce serait assez choquant. En fait, ça me rappelle les manches de sélection du Juste Prix, où les candidats doivent être au plus près du juste prix, mais sans le dépasser : personnellement, je n’ai jamais compris l’intérêt de cette règle, qui incite un peu trop les candidats à adopter des stratégies spécifiques pour ne pas prendre trop de risques.
Mais après réflexion, j’ai compris pourquoi Limitless win sanctionnait les dépassements : et c’est en fait la conséquence de la règle sur laquelle j’ai émis ma première réserve. En fait, comme la progression dans l’échelle se fait en fonction de la réponse proposée par les candidats, plus celle-ci est haute, plus la progression sera rapide. Or, si la sanction était la même que pour une réponse trop petite (i.e. une vie perdue par point d’écart), les candidats pourraient être alors très tentés de proposer volontairement des réponses trop hautes ; et même faire exprès de les surévaluer pour progresser plus vite dans l’échelle. Et, certes, ils ne banqueraient pas les échelons dépassés, vu qu’il faut une réponse exacte pour cela ; toutefois, il leur suffit juste d’une réponse exacte sur une question ultérieure pour le faire.
Bref, mes deux réserves semblent à peu près se compléter sur ce coup-là ; toutefois, il n’empêche qu’on aurait quand même pu faire un peu mieux.
En particulier, je suis pour qu’on accorde une sanction plus sévère en cas de dépassement ; en revanche, il n’y a pas forcément besoin que ce soit carrément un game over. On pourrait par exemple imaginer que les candidats perdent le double, voire le triple de vies par point d’écart ; ce qui resterait assez pénalisant pour dissuader de surévaluer volontairement les réponses, mais pas au point d’être fatal pour un malheureux point de rien du tout au-dessus.
Et avec ce risque d’élimination immédiat lié aux dépassements, on pourrait penser que le jeu est finalement très sévère ; et que ce serait comme ça que la production ne ferait pas exploser son budget, vu que le nombre de défaites risquerait d’être très haut.
Mais à mon grand étonnement, ce n’est finalement pas le cas. En consultant les statistiques du jeu (d’après son fandom), sur les 30 émissions et les 42 binômes à avoir joué, on a eu :
- 29 binômes gagnants (soit 69% de réussite) ;
- 6 binômes perdants par manque de vies (soit 14%) ;
- 6 binômes perdants par réponse qui dépasse (soit 14%) ;
- et 3 binômes pour lesquels ça n’a pas été renseigné dans le fandom (7%).
Et au final, si on ne prend pas en compte les binômes pour lesquels je manque d’informations, le facteur « réponse qui dépasse » n’est pas majoritaire, et reste au coude-à-coude avec le nombre de vies qui tombe en-dessous de zéro. Même si j’imagine que les candidats étant conscients de cette règle éliminatoire, ils ont probablement tendance à davantage sous-évaluer leurs réponses pour ne prendre aucun risque.
Ce qui m’aurait fait penser que, malgré un taux de réussite aussi élevé (plus de 2 candidats sur 3), le jeu risquait d’être plutôt radin en pratique ; mais franchement, même le gain le plus faible répertorié en 5 saisons est de 10 000 £, ce qui est déjà franchement honnête (surtout par rapport à d’autres jeux britanniques que j’ai pu traiter, y compris sur ITV) ; et à la louche, j’ai plutôt l’impression que la moyenne de gains (hors défaites) tourne autour de 50 000-75 000 £, avec des gains à plus de 100 000 £ pas si rares que ça non plus. Et parmi la crème de la crème, on a eu trois binômes montant jusqu’à 500 000 £, 750 000 £, et même le million ! Montant qui, au passage, aurait pu être atteint par un second binôme, s’il s’était arrêté à temps… triste pour eux.

Donc là, j’avoue que je suis vraiment très positivement surpris ; de surcroît avec une mécanique où j’aurais instinctivement pensé que la production allait « arranger » le parcours des candidats pour tenir ses budgets, et où j’aurais imaginé que cette promesse de gains illimités n’allait être qu’un miroir aux alouettes pour appâter le chaland ! Là, même si ça m’étonnerait que le record du million soit dépassé, je suis beaucoup plus impressionné que par les jeux à système de champion illimité sur ce point-là !
Mais il y a aussi autre chose qui aide les candidats, et dont je n’ai toujours pas parlé…
Les jokers
Évidemment, qui dit formule à la QVGDM, dit jokers ; et à ce niveau-là, le jeu est à la fois généreux… mais aussi moins accessible.
Généreux, parce qu’il y en a quatre :
- More Than : Les candidats choisissent une valeur (distincte de la réponse qu’ils vont donner), et on leur indique si celle-ci est plus haute ou plus basse que la réponse attendue.
- Odd or Even : On indique à l’équipe si la réponse attendue est un nombre pair ou impair.
- Range : On montre à l’équipe un intervalle qui contient la bonne réponse, avec une amplitude de 10 (par exemple, de 14 à 24).
- Take Two : Les candidats proposent deux réponses au lieu d’une seule ; mais seule la réponse la plus proche de ce qui est attendu, et qui ne dépasse pas ce qui est attendu, est prise en compte. À partir de la saison 2 en revanche, la réponse « bonus » n’est pas proposée par les candidats, mais les animateurs.
Ce sont des jokers qui sont, pour le coup, pratiquement taillés sur mesure pour cette mécanique ; et ça change des sempiternels « Coup de fil à un ami » qu’on voit quasi-systématiquement dans les QVGDM-likes.
Et en effet, ils jouent tous sur le caractère numérique des réponses attendues.
Bon, j’ai quand même un peu de scepticisme à exprimer concernant certains d’entre eux.
Le « Odd or Even », par exemple, me semble un peu trop circonstanciel pour être utile tout le temps. Il peut peut-être servir à départager deux réponses très proches entre lesquelles les candidats auraient des doutes (par exemple, le nombre de pays frontaliers de l’Allemagne, ou l’année où s’est produit un certain événement) ; en revanche, sur des questions d’estimation plus larges (comme évaluer le nombre de minutes que met le London Eye à faire un tour complet), j’ai vraiment du mal à en voir l’intérêt…
Quant au « Take Two »… bon, déjà, je suis un peu déçu de voir que le seul point d’Intuition que je trouvais sincèrement original avait finalement déjà été proposé dans un concept d’estimation britannique 5 ans plus tôt. Oui, ce n’est pas un défaut, mais le mini-tacle envers Intuition était cadeau.
En revanche, c’est la modification à partir de la saison 2 dont je ne suis pas du tout fan. Sincèrement, j’ai du mal avec ce délire (relativement récent) de faire jouer les animateurs pour les jokers, comme c’était le cas du feeling de l’animateur pour QVGDM à partir de la version Combal. Je ne remets pas en cause les compétences ou la culture générale de ceux-ci ; mais qu’est-ce qui indique aux candidats qu’ils s’y connaissent tant que ça sur la question, et que leur aide leur sera vraiment utile ? Et là, c’est d’autant plus agaçant que ça n’apporte pas grand-chose par rapport au fait de demander aux candidats eux-mêmes une seconde réponse à valider !

Bref. Si je disais que ces jokers n’étaient pas aussi « accessibles » que ça, c’est pour deux raisons.
D’une part : ils ne sont débloqués que progressivement, à partir d’un certain nombre d’échelons franchis. Pourquoi pas, pour le coup, ce n’est pas forcément une mauvaise idée dit comme ça.
Sauf que d’une part, leur ordre de déblocage se fait complètement au hasard ; et, surtout, d’autre part, ils sont aussi balancés sur l’échelle complètement au hasard. Non seulement on retrouve le problème de hasard pas très juste que j’avais déjà évoqué concernant le déblocage des paliers pour la banque (qui dépendait un peu trop des réponses aux questions) ; mais de plus, une répartition sur une échelle théoriquement infinie, ça n’a aucun sens ! Certes, je me doute qu’ils ne vont pas faire en sorte que les jokers ne soient utilisables qu’à partir du moment où un binôme franchirait le million de livres ; mais quand même !
Pour le coup, ce côté hasardeux n’apporte rien, et tend à desservir le jeu. J’aurais clairement préféré qu’ils puissent s’obtenir à des moments fixes.
Et d’autre part : les binômes ne peuvent garder qu’un seul joker à la fois. S’ils dépassent un échelon débloquant un joker, mais qu’ils en avaient déjà un en leur possession, ils doivent décider lequel des deux garder.
Pourquoi pas. Sur le papier, je trouve que l’idée n’est pas mauvaise ; en pratique, en revanche, je suis toujours gêné par le côté hasardeux de la répartition des jokers. Imaginons par exemple qu’en une seule question, le binôme débloque deux jokers en une fois, il n’aura même pas l’occasion de pouvoir utiliser l’un des deux.
En outre, vu que cette mécanique pousse à utiliser ses jokers avant d’en gagner de nouveaux, là encore l’ordre au hasard peut poser problème. Personnellement, ça m’embêterait de devoir utiliser un joker utile comme le « More Than » juste pour ne pas gaspiller un joker avant d’en obtenir un autre, et d’avoir le « Odd or even » à la place alors que ça aurait pu être le « Range » lui aussi plutôt utile dans l’idée…

Quelques pensées vagabondes avant de conclure
Je ne me suis pas encore beaucoup intéressé à la carrière d’Ant & Dec ; mais je comprends d’où vient la popularité de ce duo, tant les deux personnages semblent vraiment complémentaires dans leur façon d’animer.
Alors que d’habitude, les co-animations ont plutôt tendance à donner un rôle assez précis à chacun des animateur·ice·s (cf. des jeux comme TLMASMAD où les rôles de Bruno Guillon et Sidonie Bonnec restent assez rigides) ; ici, les deux n’ont pas de rôle vraiment précis. C’est assez rafraîchissant, quand on n’a pas l’habitude ; et jusqu’à présent, je n’avais encore jamais vu une alchimie aussi naturelle à ce niveau-là. Même dans des formats co-animés comme Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! (dont ils ont d’ailleurs animé la version britannique) où les deux animateur·ice·s ont un rôle plutôt interchangeable sur le papier, ils ont quand même des personnalités assez différentes pour donner l’impression qu’on a mis deux animateurs de TF1 ensemble qu’un vrai duo.
Bon, en revanche, si je devais chipoter sur un détail : j’ai trouvé qu’ils surréagissaient peut-être un peu trop à certains moments, notamment lors des réponses exactes. Mais bon, détail, j’imagine que ça fait partie de l’image qu’ils se donnent.
Je ne l’ai pas précisé, mais vous avez dû le deviner : étant donné que la durée d’une partie ne peut pas être définie à l’avance, on est donc sur un format feuilletonnant, où un binôme peut très bien commencer sa partie lors d’une émission, et la terminer dans la suivante !
Ce qui est devenu assez rare dans les années 2020, alors que ce genre de formule à la QVGDM est plutôt tombé en désuétude depuis le temps, notamment durant la décennie 2010 (pas vrai, Money Drop et ton reformatage pour enlever le côté feuilletonnant ?). En témoigne d’ailleurs le grand retour de la marque Who wants to be a millionaire? en 2026 outre-Manche, qui a préféré opter pour la version non-feuilletonnante (et beaucoup plus décevante) Hot Seat…
Toutefois, on peut trouver une exception dans un épisode spécial Noël.
Un mot rapide au passage à leur sujet : les saisons 2 et 5 ont chacune fait l’objet d’un tel épisode spécial, dont les enjeux étaient différents. En saison 2, il s’agissait de binômes de célébrités jouant pour des associations ; et en saison 5, c’était un people qui faisait équipe avec un anonyme. Au niveau des règles, la seule différence était qu’en cas de défaite, un gain minimal restait assuré : de 1 000 £ pour la saison 2 (et heureusement qu’il existait, parce que les deux équipes qui avaient joué ont perdu toutes les deux…) ; et d’une entrée pour un parc à thème pour l’anonyme en saison 5.
En revanche, le second binôme à jouer dans chaque émission n’a pas eu le temps de terminer sa partie durant celle-ci ; et assez bizarrement, les deux épisodes en question ont opté pour des solutions différentes. Ainsi, le binôme de la saison 2 a terminé son parcours au début de la première émission régulière de la saison ; tandis que celui de la saison 5 a en revanche été contraint de repartir avec le montant qu’il avait en fin d’émission… pas compris ce deux poids deux mesures…

Total : 15/20
On a beau être dans les années 2020 où j’ai de plus en plus tendance à trouver que le genre du jeu TV tourne un peu en rond ; mais quand des formats efficacement créatifs comme Limitless win arrivent encore à émerger, je me dis que finalement, le filon n’est toujours pas épuisé, et qu’on peut encore trouver quelques pépites de temps à autre qui me surprennent très agréablement.
Car non seulement le format est très rafraîchissant ; mais de plus, j’ai été agréablement surpris de voir que, malgré une promesse de base qui m’aurait laissé penser à un miroir aux alouettes pour appâter le chaland, il n’en est finalement rien en pratique (ça me change des Still standing, Spin the wheel et consorts), avec un jeu qui se montre finalement assez honnête, et plutôt juste dans sa difficulté ainsi que dans le pouvoir de décision des candidats. Donc bravo pour ça.
Après, évidemment, il y a quelques défauts qui mériteraient d’être corrigés ou au moins atténués (erreurs directement aléatoires, côté aléatoire des jokers, montée inégale dans l’échelle selon les binômes…) ; mais ce sont des imperfections que je peux encore accepter, et qui ne ternissent pas considérablement l’image que j’ai du jeu.
Et puis de toute façon, aucun jeu ne peut prétendre à la Perfection, pas vrai ?
… sauf celui de la prochaine fois, en jouant sur les mots. (Je devrais vraiment finir par embaucher quelqu’un pour faire de meilleures transitions…)
