À présent qu’on a fait le tour des différentes motivations qui peuvent pousser la production à moduler le parcours des candidats selon ses besoins dans l’article précédent, voyons comment elle peut s’y prendre pour arriver à ses fins.
Les arrangements en cours de saison
On va commencer par… un mini-hors sujet, histoire d’évoquer des bizarreries qui pourraient faire penser à des trucages, mais qui n’en sont pas.
En effet, au cours d’une même saison (si on ne compte pas les “atouts du Père Fouras” installés depuis 2022, qui sont faits exprès), ça peut arriver qu’une épreuve connaisse deux versions différentes en cours de saison.
Pour citer un exemple, citons l’épreuve du Billard.
Uniquement diffusée en 2009, elle a néanmoins connu deux versions en cours de saison : une version où des rampes avaient été installées pour guider plus facilement les boules ; et une version sans les rampes en question.
Inutile de préciser que la seconde version était plus difficile ; et on pourrait penser que les équipes qui y ont eu droit ont été défavorisées pour une quelconque raison.
Mais en fait, dans ce genre de cas, le problème vient plutôt du fait que l’épreuve n’était pas vraiment au point, et qu’elle a été corrigée en cours de route.
En effet, en dépit des filées artistiques et des pilotes réalisés en amont, il arrive que les premières émissions tournées pour la saison fassent un peu office de « crash test », avec des épreuves dont on découvre qu’elles n’étaient finalement pas au point, une fois le fait accompli. Donc, pour éviter qu’une épreuve ne soit montrée qu’une ou deux fois et mise de côté par la production, elle est souvent ajustée en cours de route.
Bon, le problème, c’est que l’ordre de tournage et celui de diffusion ne sont généralement pas les mêmes ; et qu’on se retrouve avec des cas de figure où, en suivant l’ordre de diffusion, l’épreuve change de version sans arrêt… mais ça, c’est une autre histoire.


Et ça, finalement, on en a plus ou moins eu à toutes les époques.
Ainsi, en 1991, on a pu voir certaines aventures dans des versions très éphémères, et différentes de ce qu’on a connu par la suite. Notamment le Vendeur d’indices et les Araignées.
Pour le Vendeur d’indices, la toute première apparition de l’aventure ne faisait pas transporter des boyards à la candidate ; mais un bocal contenant une mygale, qu’elle devait amener jusqu’au bout du parcours, pour qu’un personnage puisse prélever l’indice qui se trouvait dessus. Donc, oui, elle ne touchait même pas l’araignée, finalement ; et l’évolution de l’aventure ne pouvait donc être qu’une amélioration.
En fait, on sent qu’à ce moment-là, l’émission était encore très frileuse à l’idée que les candidats puissent manipuler des mygales ; car la toute première apparition de l’aventure des Araignées demandait juste à la candidate de la porter dans sa main, là encore le temps qu’un personnage prélève l’indice dessus… autant dire que ça n’avait vraiment aucun intérêt comparé à ce qu’on a pu faire depuis. Pour le reste de la saison, cette aventure aura connu deux autres versions, demandant aux candidats de manipuler un peu plus concrètement les araignées ; avant de bénéficier d’une version « définitive » l’année suivante, puis d’y ajouter des scorpions l’année d’après.



Et pour parler d’un cas de figure plus récent : on a eu le Moulin à eau en 2015, qui, en seulement deux apparitions, a quand même réussi à connaître trois versions différentes. Oui oui. Voire quatre si on compte les versions étrangères, qui s’en servaient juste de banc (et le pire, c’est que c’est finalement la meilleure des quatre…).
Bon, en fait, dans la présentation presse de la saison, le concept n’avait rien à voir avec ce qu’on a vu : car à la base, le candidat était censé attraper des fruits avec sa bouche. Déjà, ça sent le concept random dont la présence était difficilement justifiable dans l’émission, mais passons. Mais l’épreuve ayant été jugée infaisable pendant les tests, et son emplacement pas du tout pratique ne permettant pas de juste placardiser l’épreuve pendant toute une saison (les spectateurs se seraient forcément demandé à quoi servait ce dispositif plutôt voyant), la production s’est vue contrainte d’adapter le principe en catastrophe.
Ainsi, dans un premier temps, elle est devenue une énième épreuve à base de “On pose une énigme au candidat pendant qu’on le malmène” ; mais ça n’avait visiblement toujours pas convaincu la production, puisque lors de la dernière fois où elle a été jouée (bien que diffusée avant pour les spectateurs), le principe a encore changé… pour devenir encore plus pathétique, même selon les standards déjà bien bas de la production de l’époque. En gros, c’était un Time’s up avec des personnalités à imiter. Oui, ils se sont dit que c’était ce genre de délire qu’on avait envie de voir dans Fort Boyard. La production des années 2010 me force un peu trop souvent à me renouveler dans ma façon d’être consterné…

Bref. C’était un petit aparté ; passons maintenant au vrai sujet.
Les arrangements pendant les épreuves
Si je devais dire quelle est la différence entre la majorité des épreuves pré-2010 et post-2010 ; ce serait le fait que les épreuves post-2010 sont généralement pourries leur conception est pensée d’une manière différente.
Forcément, les producteurs ont changé entre temps ; et les nouveaux n’ont pas forcément compris comment une épreuve de Fort Boyard devrait idéalement être conçue. D’où leur tendance à régulièrement confondre Fort Boyard avec Intervilles à ce niveau-là.
Bref. À la base, ce qui fait la particularité des épreuves de Fort Boyard, c’est le fait qu’elles sont en grande majorité autogérées, i.e. qu’elles ne nécessitent généralement pas d’interventions extérieures pendant leur exécution. On peut toujours avoir un personnage intervenant durant l’épreuve, mais il sera physiquement impliqué dedans.
Par exemple, dans le Tuyau transparent, on laisse le candidat se glisser dans ledit tuyau ; dans le Débarras, on laisse le candidat pousser les caisses pour qu’il puisse déverrouiller la clé ; dans les Jarres, on laisse le candidat les fouiller ; etc.
Naturellement, on peut trouver des exceptions à la règle parmi les épreuves pré-2010 : le Tapis roulant est forcément commandé à distance pour fonctionner ; les panneaux de la Femme sans tête doivent bien être manipulés par quelqu’un hors champ, même si on nous suggère que c’est le candidat qui les actionne ; et pour pas mal d’épreuves comme la Soufflerie ou Sisyphe, je soupçonne que la clé est en réalité libérée par un régisseur qui appuie sur un bouton une fois l’action requise accomplie.
Mais dans ces derniers cas de figure, ce n’est généralement pas très gênant. Même si le mécanisme présenté est très probablement différent de la réalité, il reste quand même suffisamment bien suggéré pour que la suspension d’incrédulité puisse fonctionner. Et, surtout, il se cantonne à des actions le plus souvent assez objectives et sans ambigüité possible.

En revanche, à partir des années 2010, on trouvera de plus en plus souvent des épreuves où une intervention extérieure est nécessaire : par exemple, des épreuves basées sur des tapis roulants, des tournettes, un sonomètre, un taureau mécanique (soupir…), etc. ; ainsi que des épreuves où on ne voit pas la corrélation entre le principe de l’épreuve et la façon de libérer la clé.
Certes, ce n’est pas nouveau ; mais, auparavant, on cherchait quand même davantage à suggérer le mécanisme (par exemple avec des systèmes de contrepoids) ; là où la production des années 2010 a fini par ne carrément plus s’embêter avec ça.
Autant je veux bien croire que faire tomber la boule dans le trou du Sisyphe déclenche l’envoi de la clé par un système de contrepoids ; autant décrocher une étoile du plafond de l’épreuve du Ski pour faire apparaître une clé dans un tuyau, quel est le rapport avec la choucroute ?


Et ce second genre d’épreuve est d’autant plus simple à arranger à sa sauce, dans la mesure où il suffira de moduler par exemple la vitesse de l’élément en question pour rendre l’épreuve plus ou moins difficile.
Par exemple : on veut s’assurer que le candidat fasse l’épreuve du Grand Hôtel de la façon prévue par la production, de sorte qu’il se gamelle un max, alors qu’il avait trouvé une parade pour récupérer les valises plus simplement ? Pas de problème, on va moduler la vitesse et le sens de la tournette pour qu’il ne puisse pas recourir à cette stratégie ! Au bout d’un moment, la suspension d’incrédulité devrait finir par porter plainte pour coups et blessures…

Je vais terminer par un autre exemple, un peu différent, mais qui va me permettre de faire la transition avec le paragraphe suivant.
Dans l’épreuve de l’Alerte Rouge, le candidat doit traverser la cellule, sans toucher les fils. S’il en touche trop, l’épreuve est non seulement perdue ; mais de plus, le candidat va en prison.
Ok, vu comme ça, il n’y a a priori pas moyen pour la production de moduler les paramètres physiques de l’épreuve ; en revanche, elle a été très peu transparente sur le nombre de touches autorisées avant que l’épreuve ne soit considérée comme perdue… alors que pour Topkapi, épreuve plus ancienne reposant sur un principe très similaire, on nous précisait d’emblée que seules deux touches étaient autorisées. Et cette épreuve n’était au passage pas censée être une épreuve génératrice de prisonniers (la clé étant juste perdue, mais le candidat pouvant sortir librement, du moins dans le temps de la clepsydre).
Et ça, mine de rien, ça reste une variable d’ajustement pour la production : ben oui, si on ne définit pas clairement les règles en amont, on peut faire de l’épreuve un peu ce qu’on veut. D’ailleurs, c’est aussi pour ça que la jauge indiquant le « niveau d’alerte », visible à l’écran, n’est finalement pas fiable ; car on peut lui faire afficher ce qu’on veut.
Et une variable d’ajustement d’autant plus pratique que l’Alerte Rouge est génératrice de prisonniers ; donc on peut supposer que si la prod a besoin ou non d’un prisonnier, elle peut l’adapter… même si, curieusement, elle aura eu un taux de réussite assez élevé de 84%, avec seulement trois échecs.
En revanche, le dernier cas de figure d’emprisonnement dans cette épreuve aura été un énorme foutage de gueule ; car la prod y avait envoyé un profil pas du tout adapté, à tel point que le but était vraiment d’emprisonner le candidat, avec toute la subtilité d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Mais ce n’était même pas pour s’assurer de voir Blanche ou quoi en fin de quête des clés ; en réalité, c’est juste que le candidat avait besoin de se reposer, et la production n’avait rien trouvé de mieux que ce prétexte pour le faire sortir du champ de la caméra.
Vous ai-je déjà dit à quel point je méprisais la prod de cette période, qui préfère faire perdre de la crédibilité à ses épreuves, plutôt que de juste être transparente sur le besoin qu’a un candidat d’arrêter de jouer temporairement ?!

Bref. J’ai parlé de cas particuliers plus spécifiques ; toutefois, il y a un autre paramètre, plus global, sur lequel on peut jouer, et que j’ai très rapidement évoqué en fin d’article précédent. À savoir : ignorer la clepsydre.
En fait, les clepsydres, c’est quelque chose de plutôt emmerdant pour la prod. Car autant elle peut toujours influer sur le ressenti du spectateur en montrant des chronos ou des jauges bidons comme celle de l’Alerte rouge, voire décider de la réussite ou non d’une épreuve sans même que les candidats ne s’en rendent forcément compte ; autant une clepsydre, c’est quelque chose de concret et de visuel.
De fait, ça a plutôt tendance à arranger les affaires de la prod de montrer les clepsydres le moins souvent possible, afin que les spectateurs ne se rendent pas compte du temps qu’il reste. Ou même mieux que ça : leur montrer des plans sur des clepsydres tournés hors de l’émission, et intercalés au montage pour faire croire au spectateur que c’est bien le déroulé en temps réel qu’il regarde. Et ça, c’est quelque chose qu’on a beaucoup pu soupçonner à partir des années 2010 ; où les plans sur les équipes devant les cellules prenaient de plus en plus soin d’éviter de cadrer la clepsydre. C’est d’ailleurs lorsqu’on pouvait l’apercevoir subrepticement, malgré les précautions prises, qu’on se rendait compte de la supercherie ; et qu’on pouvait parfois constater qu’un candidat aurait dû rester prisonnier parce que la clepsydre était en réalité vide au moment où il sortait.


Toutefois, si on peut intervenir pendant certaines épreuves, on peut aussi faire en sorte de moduler la difficulté des épreuves, avant que celles-ci ne soient jouées.
Les arrangements en amont des épreuves
Comme pour le paragraphe précédent, on va d’abord parler de cas particuliers ; d’autant plus qu’à ce niveau-là, ça dépend surtout des épreuves elles-mêmes.
Et pour une fois, on va parler de saisons plus anciennes, histoire de montrer que ces arrangements ne datent pas d’hier, et que la production des années 2010 n’est pas la seule à blâmer à ce niveau-là.
Ainsi, dans une émission de 1998 (l’équipe coachée par Véronique Genest), un internaute avait noté que les deux dernières épreuves (les Étriers suspendus et la Cellule qui rétrécit) avaient été simplifiées, par rapport à leurs versions habituelles. Sans doute pour éviter un scénario catastrophe, l’équipe étant alors très en retard sur son objectif de clés à atteindre.
Pour les Étriers suspendus, ceux-ci avaient été avancés de quelques crans, afin que le candidat n’ait pas à partir de l’entrée de la cellule ; pour la Cellule qui rétrécit, les clés habituellement bien vissées au plafond l’étaient beaucoup moins.
Ci-dessous des captures d’écran pour comparer, avec à gauche la version “habituelle”, et à droite la version de cette émission-là :


Revenons à une période plus récente, en 2021, dans l’épreuve de la Bibliothèque abandonnée.
Dans cette épreuve, le candidat doit ramper sous un plancher, récupérer l’indice, puis faire le trajet retour, dans le temps imparti de la clepsydre. Comme il ne peut pas sortir à n’importe quel moment, compte tenu de la configuration de l’épreuve, il peut donc rester prisonnier.
Or, dans la dernière émission de la saison, plusieurs internautes ont remarqué que le chemin était inhabituellement encombré… et les soupçons de trucage sont allés bon train, puisque le but de la production était très probablement de générer un prisonnier, afin d’être sûr que l’épreuve de libération de Rovelli puisse avoir lieu.

Autre exemple : l’épreuve du Museum (anciennement Ventouse).
Depuis 2011, le parcours comprend un obstacle particulier (une sorte de lustre), souvent difficile à passer. Et, selon les émissions, on s’aperçoit qu’une corde est parfois présente juste après cet obstacle, pour aider le candidat.
Bon, déjà, on s’aperçoit que cet obstacle pose problème, question gestion de la difficulté ; car, dans la plupart des cas, les candidats qui ont eu droit à la corde ont réussi à le passer, et ceux qui n’en ont pas bénéficié ont perdu. Et ça, je pense que la production en était consciente…
Aussi, en 2016, dans l’émission des Kids United, alors qu’il restait 3 épreuves à disputer, que l’équipe n’avait plus qu’une clé à récupérer, et qu’elle n’avait généré aucun prisonnier jusqu’à présent… ben le Muséum a été joué ; très certainement pour éviter le risque que l’équipe ne passe pas par la case Jugement.
Et on peut étayer cette théorie à cause de deux choses : d’une part, la corde n’était évidemment pas présente ; et d’autre part, il n’était apparemment pas prévu que l’épreuve soit jouée à ce moment-là. En effet, deux épreuves plus tôt, on avait envoyé une candidate se préparer pour une autre épreuve ; et, généralement, quand un candidat a besoin d’une préparation, il zappe juste l’épreuve suivante, puis on le voit prêt à faire celle d’après. Or, ici, la candidate avait zappé deux épreuves au lieu d’une seule… la ficelle est un peu grosse, là, non ? (en fait, à ce stade, la ficelle serait plutôt une corde… mais comme la prod l’a enlevée…)


Avec ces exemples, on se rend compte que la façon d’arranger le résultat d’une épreuve reste majoritairement du cas par cas, selon la configuration de l’épreuve en question.
Toutefois, là encore, on peut jouer sur un paramètre plus global : qui est le temps alloué à l’épreuve. Car, évidemment, plus un candidat dispose de temps pour faire son épreuve, plus il a de chances de la réussir. Surtout pour les épreuves avec un déroulement « continu », où le paramètre temporel est assez incompressible (par exemple, pour la Menotte, le candidat ne pourra jamais mettre moins d’une minute à se libérer ; alors que pour l’Horloge de la Chapelle ou De la terre à la lune, il peut réussir l’épreuve dès son premier lancer).
Reparlons des épreuves à clepsydre. Certes, on ne peut pas moduler le temps en cours d’épreuve ; toutefois, on peut très bien faire en sorte, avant que l’épreuve ne soit jouée, que la clepsydre contienne davantage de liquide, et donc plus de temps alloué.
Et à certaines reprises, en étant attentif, on a pu constater qu’au cours du même saison, ça pouvait arriver qu’une même épreuve ne dispose pas de la même clepsydre !
C’est notamment quelque chose que j’avais relevé en 2014, avec l’épreuve de l’Égout ; où on a pu constater deux emprisonnements et une réussite. Réussite qui avait ceci de particulier que la candidate avait bénéficié d’une clepsydre plus généreuse que les autres, comme par hasard…

Un autre cas qui a été documenté est celui de la fameuse dernière émission de la saison 2021 (encore elle…) ; et à nouveau, je remercie Pix, qui a décidément beaucoup contribué à ces articles.
Pour rappel, comme les règles régissant les séquences de rattrapage étaient particulièrement foireuses cette saison-là (pour des raisons évoquées en fin d’article précédent), il fallait que l’équipe finisse sa Quête des clés avec strictement moins de 8 clés (vu qu’il en fallait 8 pour ouvrir la Salle du Trésor cette saison-là), et un seul prisonnier (celui-ci n’étant pas obligatoire en théorie, mais en pratique ça aurait été dommage de se priver d’une occasion supplémentaire de voir Rovelli faire son show…).
De fait, à l’issue de la séquence de la Cage, l’équipe avait déjà 7 clés, aucun prisonnier, et encore 3 épreuves à jouer ; et il fallait donc s’assurer que les trois épreuves soient perdues, tout en ne générant qu’un seul prisonnier.
Et avec un peu d’attention, on a pu constater que ces trois épreuves disposaient très curieusement de clepsydres assez courtes, par rapport à ce qu’elles auraient dû être.
En particulier, pour l’épreuve « Chez Tata Fouras » (les épreuves de la prod de cette période, bordel de merde…), on a même pu voir que la clepsydre avait changé par rapport à ce qu’on avait avant la séquence de la Cage ! Là, c’était flagrant !
Quant aux deux autres, on n’a certes pas eu de plans montrant ces clepsydres avant la Cage ; toutefois, en comparaison de tels plans avec d’autres émissions de la même saison (ou d’une saison assez proche), on a pu constater que les clepsydres avaient bien été raccourcies.
Et au passage, en plus d’avoir eu un parcours inhabituellement encombré, la Bibliothèque abandonnée de cette émission a bénéficié d’une clepsydre plus courte, afin que la prod mette vraiment toutes les chances de son côté pour s’assurer que la candidate aille bien bouffer de la merde après…




Mais l’un des trucages les plus grossiers à ce niveau-là a eu lieu en 2014, dans l’émission de Sébastien Chabal. Et ce n’était même pas une épreuve à clepsydre, en plus…
Alors qu’il restait une épreuve avant la fin de la Quête des clés, que l’équipe n’avait aucun prisonnier, et qu’il ne lui manquait plus qu’une seule clé, une candidate s’apprête à faire la dernière épreuve prévue (la Cerce).
Bon, vu m’avez lu jusqu’à présent, donc vous avez dû deviner où j’ai voulu en venir… comme on était dans un cas de figure où le Jugement pouvait potentiellement passer à la trappe, la production s’est évidemment arrangée pour que l’épreuve soit perdue.
Et si on remarque le chronomètre de l’épreuve, on constate que la candidate n’a eu droit qu’à 1’30 pour faire son épreuve ; alors que, dans les deux autres apparitions de l’épreuve durant la saison, les candidats ont eu droit à 2 minutes.
Après, on pourrait me rétorquer que l’épreuve n’étant pas chronométrée avec une clepsydre, mais avec un chrono affiché à l’écran (et auquel les candidats n’ont pas accès pendant l’épreuve) ; et si ça se trouve, la candidate a peut-être perdu son épreuve durant le temps qui était réellement imparti. Car à nouveau, le chrono affiché par la production n’est pas toujours le reflet de la réalité.
Mais j’ai quand même vraiment du mal à y croire, tant la coïncidence semble troublante ; d’autant plus que pour les deux autres apparitions de l’épreuve, la prod aurait très bien pu mettre un chrono affiché d’1’30, malgré un temps réel plus élevé, pour rester cohérente jusqu’au bout (surtout que ça ne la dérangeait pas le moins du monde de faire un montage des épreuves au sécateur durant cette période-là).
Bref, un cas de figure où ça arrangeait bien la production que l’épreuve soit perdue, et où la post-production aurait comme par hasard affiché n’importe quoi ? Surtout avec l’image d’un Père Fouras qui jubile en splitscreen, histoire de dire “Vous vouliez un scénario parfait de 7 clés/0 prisonnier ? ET BIEN NON !!!” ? À mon avis, l’hypothèse du trucage est plus probable.

Notons au passage que, dans les années 90, il était fréquent que l’animateur annonce lui-même oralement le temps alloué aux aventures ; ce qui levait toute ambigüité.
C’est une habitude qui s’est malheureusement perdue, la production étant devenue de moins en moins transparente à ce sujet ; et je ne serais pas étonné qu’elle ait même carrément fini par en profiter.
Bon, j’ai évidemment beaucoup tapé sur les saisons plus récentes ; toutefois, je ne serais pas étonné qu’on puisse également avoir de tels soupçons pour les années 2000, en particulier la période 2005-2008 où le parcours de libération des prisonniers était obligatoire.
Et quand on compare des épreuves qui existaient déjà dans les années 90, qui sont soudainement devenues plus génératrices de prisonniers, on peut effectivement se dire que quelque chose à changer.
Par exemple, le Précipice extérieur date de 1995, et a duré sous sa forme individuelle, mesurée avec une clepsydre, jusqu’en 2011 (à l’exception de 2010 où il était joué en duel). La configuration aura changé dès 1996 pour corser un peu l’épreuve ; toutefois, cette année-là, elle aura été réussie systématiquement en 8 apparitions (bravo les candidats !). Toujours est-il que, jusqu’en 2004, l’épreuve a été jouée 38 fois : dont 2 échecs simples, 7 emprisonnements, et surtout 29 réussites. Soit un taux de réussite de 76% tout de même ! Mais de 2005 à 2009, patatras : sur ses 9 apparitions, l’épreuve est systématiquement ratée, et seuls deux candidats n’ont pas fini en prison…
Un autre exemple serait celui de la Menotte. Bon, dans ce cas de figure, le taux de réussite était un peu plus équilibré que pour le Précipice extérieur sur une période équivalente (disons de 1996 à 2005), avec 31 apparitions, 17 réussites et 14 prisonniers, soit un taux de réussite de 54%. Mais à nouveau : de 2006 à 2009, ce taux de réussite se casse la gueule, avec seulement 1 candidate sur les 10 apparitions de l’épreuve qui ne finit pas prisonnière…
J’ai aussi brièvement vu ce que ça donnait pour d’autres épreuves comme la Ventouse ou le Tuyau transparent, où on retrouve là encore cette tendance à ce que les épreuves sont plus rarement réussies sur la même période des années 2000 : mais pour celles-ci, ça reste un peu moins flagrant selon les saisons.
Le montage
Avant de conclure, je vais me permettre un petit aparté sur quelque chose qu’on pourrait considérer comme du trucage ; mais que je considère plutôt comme une façon détournée de mettre les choses en scène.
En tant qu’émission enregistrée, Fort Boyard se permet de profiter de la possibilité de ne pas montrer exactement ce qui a pu se passer lors des tournages ; même si l’émission donne l’illusion que tout s’enchaîne de façon fluide, presque comme si c’était du direct.
Enfin, selon les saisons : en 2003-2005, avec des émissions qui démarrent l’après-midi pour se terminer en matinée, avec une phase nocturne entre les deux, on se doute que ça ne peut évidemment pas refléter le moment où l’émission est diffusée.
Mais ça restait le cas particulièrement pendant les années 90-début 2000, à l’époque où l’émission disposait d’un chrono général, englobant l’intégralité des parties du jeu (hormis la Salle du Trésor, qui dispose de son propre chronomètre depuis 1991) ; ça pouvait vraiment donner l’impression que tout s’enchaînait en 85 minutes.
En outre, lors des saisons qui disposaient d’émissions hivernales (1991, 1992, 1996 et 1997), celles-ci étaient tournées de nuit, afin de donner là encore une certaine impression de “direct”. En effet, vers 20h50, en été, il fait encore jour (et il continue à faire jour pendant un petit moment) ; tandis qu’en hiver, il fait déjà nuit. Bon, après, en tant qu’adulte, on se doute que ce n’est évidemment pas du direct ; mais en tant qu’enfant, on n’y voit que du feu, surtout quand l’émission nous souhaite la bonne année par la même occasion.

Toutefois, ce fameux chronomètre général… ne reflétait pas exactement la réalité. Non, l’équipe n’a jamais enchaîné les épreuves, le Conseil et les aventures en moins d’une heure et demie…
Cela dit, l’émission avait quand même essayé, lors des premières saisons, de proposer un rendu assez proche de la réalité, au niveau de la gestion du temps. Ce qui rendait le visionnage plus authentique, d’une certaine façon… mais aussi un peu plus laborieux à certains égards. Oui, je mentirais en disant que je ne m’ennuie pas une seule seconde en regardant une émission de 1991-1992 ; parce qu’avec les années qui se sont écoulées, on sent tout de même le manque de rythme à force. (Et aussi parce que ces saisons ont eu droit à beaucoup d’émissions, certes)
C’est à partir de 1993 que l’émission s’est permise de prendre un peu plus de libertés avec son montage, afin d’avoir un rendu plus fluide, tout en continuant à donner l’impression que ce qu’on regardait pouvait être en direct. Et, honnêtement, ça passait plutôt bien. D’ailleurs, c’est ce qui a contribué, selon moi, à ce que certaines saisons des années 90 (notamment de la seconde moitié) vieillissent bien, et continuent à être agréables à regarder aujourd’hui, même 20 ans plus tard.
À partir de 2003, le chrono général disparaît ; mais ça n’empêche pas certaines parties de jeu de continuer à être chronométrées. En particulier la quête des clés (qui l’a toujours été depuis, sauf en 2010), ainsi que la quête des indices (qui l’a été jusqu’en 2015, à l’exception de 2010 là encore).
Celles-ci pouvaient d’ailleurs être reliées ; ainsi, jusqu’en 2015, si l’équipe parvenait à avoir le maximum possible de clés avant la fin du chrono des épreuves, le temps restant était ajouté au chrono des aventures. Les seules exceptions étant 2009 (qui laissait la partie “clés” continuer jusqu’à la fin du chrono, même si l’équipe avait déjà atteint son objectif) et 2010 (on en reparle).

En revanche, au fil du temps, on a fini par se rendre compte que ce chronomètre était de plus en plus bidon. Certes, les saisons 2003-2005 s’en sortaient encore bien à ce niveau-là ; mais par la suite, il y a eu certains indices qui ne trompaient pas.
En particulier : comment se fait-il que la cloche ou le gong indiquant la fin de la partie “clés” ne sonne quasiment jamais en plein milieu de la réalisation d’une épreuve ? C’est louche, ça, hein ! Comme si les animateurs avaient une vague idée d’où le chronomètre en est, et qu’ils savaient que ça ne servirait à rien d’entamer une nouvelle épreuve…

Bon, en soi, j’ai envie de dire que ce n’est pas un défaut spécialement gênant non plus ; en tout cas, beaucoup moins que les vrais trucages mentionnés dans les paragraphes précédents. Ici, on est surtout sur de la mise en scène devenue de plus en plus maladroite.
Mais bon, la suspension d’incrédulité finit par en prendre un coup. En effet, si on veut vraiment nous faire croire à l’existence d’un chronomètre, il faut s’arranger pour le rendre crédible.
Cela dit, en 2015, l’émission a fait encore pire ; puisqu’en plus de la fin du chrono de 50 minutes à l’issue des épreuves, cette partie était interrompue à 25 minutes précises afin de jouer la Cage. Et, vous vous en doutez, cette interruption à mi-parcours ne tombait évidemment jamais en plein milieu d’une épreuve… oui, faites-nous remarquer encore davantage le côté totalement superficiel du chronomètre.
Heureusement, à partir de 2016, la production aura trouvé une façon plus astucieuse d’annoncer la Cage, sans avoir besoin que le chrono n’affiche une heure précise. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule chose positive que 2016 aura faite à ce niveau-là, on en reparle juste après.

Bref, tout ça pour dire que l’émission paraîtrait plus crédible si elle se contentait d’annoncer un nombre d’épreuves fixé à l’avance.
En soi, je comprends l’intérêt de faire croire à un chronométrage : outre le côté “reliquat des premières saisons”, ça donne l’impression au spectateur que l’équipe a de plus en plus de pression, au fur et à mesure que les épreuves avancent. Mais si la production n’est plus capable de faire en sorte que l’illusion fonctionne parfaitement, autant se contenter d’un système plus pragmatique.
Ce que l’émission a fini par faire… partiellement.
Ainsi, en 2009, un “chemin de fer” a été mis en place, montrant le résumé du parcours de l’équipe (épreuves, partie intermédiaire, aventures, Conseil…).
Chose intéressante : on pouvait voir que le nombre d’épreuves et d’aventures était fixé à l’avance. En effet, toutes celles-ci étaient déjà en place dès le début, et non pas rajoutées sur le chemin de fer au fur et à mesure de la progression de l’équipe. Le chemin de fer n’était mis à jour que pour signaler si une épreuve avait été réussie ou non.
Et pourtant, le chronomètre a continué à être présent, alors qu’il ne servait théoriquement plus à rien… sincèrement, afficher le chemin de fer à l’écran à la place aurait été plus pertinent.

Mais bon, j’ai l’impression que la production elle-même n’était finalement pas très convaincue de ce système, puisque 2009 fut la seule saison d’existence de ce chemin de fer. Bon, ça, plus le fait que l’émission a été forcée de changer de formule dès l’année suivante ; mais cette nouvelle formule n’était pas incompatible avec un tel système non plus.
D’ailleurs, puisqu’on en parle… 2010.
Comme je le disais, l’émission était totalement dépourvue de chronos cette saison-là (sauf la Salle du Trésor, bien sûr) ; et les parties “clés” et “indices” reposaient sur un nombre d’épreuves précis. Avec des séquences optionnelles potentielles à la fin de la partie “clés”, en fonction de l’écart entre les deux équipes.
À nouveau, en dépit du côté “mal-aimé” de la saison 2010 ; s’il y a bien une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est sa transparence quasi-totale au niveau des règles et de la mise en scène. Peut-être un peu trop, même, d’ailleurs ; dans la mesure où cette saison aura justement négligé sa mise en scène, en allant jusqu’à rendre la Salle du Trésor complètement fade… mais c’est une autre histoire.
Cela dit, pour le coup, je trouve que conserver l’idée d’un nombre d’épreuves officiellement fixé à l’avance aurait pu être pertinente. Si on n’avait pas cherché à faire table rase de cette saison mal-aimée en 2011…
Cependant, tout n’était pas perdu ; puisqu’en 2016, le nombre d’aventures est enfin devenu officiellement fixé à l’avance, avec un nombre immuable de 6 aventures par émission (ou 5, selon les saisons). Cette fois ci “matérialisé” non pas par un chemin de fer, mais par un plateau de jeu (… ajouté en post-prod, et nettement moins abouti que le Chemin de fer de 2009, mais quand même).
Bon, c’est juste un peu dommage de ne pas être allé jusqu’au bout de l’idée, en appliquant le même principe pour les épreuves à clé ; mais pour une fois que la décennie 2010 a fait quelque chose de positif, soulignons-le…

Mais rassurez-vous : j’ai encore de quoi casser des briques sur la décennie 2010. Allez, un petit dernier pour la route !
En effet, autant je ne suis pas contre que l’émission joue sur son montage, afin de rendre le visionnage plus dynamique et plus rythmé ; autant il ne faut vraiment pas en abuser…
Et le problème, c’est que la décennie 2010-début 2020 regorge d’abus de montage en tout genre…
Bon, je passerai sur les montages limite épileptiques où la production change de plans en moyenne toutes les deux secondes, en incluant des plans qui ne servent à rien, rendant l’épreuve de plus en plus pénible à suivre.
En revanche, je tiens à souligner que l’approche de la production concernant la façon de montrer ces épreuves est d’autant plus incompatible avec l’idée de montrer un chronomètre général.
En effet, quelque chose d’assez frappant depuis 2011 (par rapport à des émissions pré-2010), c’est que les épreuves chronométrées (que ce soit avec une clepsydre ou un chronomètre affiché) paraissent souvent plus courtes.
C’est d’ailleurs encore plus flagrant avec les chronomètres des aventures : en effet, si on prend une même aventure avant et après 2010, on constate que le chronomètre était bien plus généreux avant. Et de façon générale, alors qu’il était fréquent qu’une aventure dure 3 minutes auparavant, c’est devenu de plus en plus rare depuis 2011, avec même des chronos à 1’30 qui étaient rarissimes auparavant…
Pourtant, ce n’est pas que les épreuves sont réellement devenues plus rapides à exécuter (à nouveau, certaines épreuves présentes avant et après 2010 ont un déroulement resté quasi-identique) ; c’est juste que la production les a charcutées au montage.


Et, vraiment, j’ai plusieurs problèmes avec cette approche.
Outre le fait que ça rend les épreuves moins lisibles, ça rend encore plus stupide l’idée d’appuyer l’importance du temps pendant les épreuves (puisque là, on cumule à la fois un chrono général bidon et un temps d’épreuve bidon), et ça appuie d’autant plus le côté bidon de ce que la production veut nous faire croire.
Alors, je ne dis pas que les épreuves d’avant 2010 n’avaient absolument rien à se reprocher à ce niveau-là (il me semble avoir vu dans des émissions sur les coulisses que le temps réel était souvent un peu plus généreux que celui affiché) ; mais au moins, la façon dont on nous les montrait restait suffisamment crédible pour qu’on ait l’impression d’assister au déroulement de l’épreuve dans son intégralité. À aucun moment, je n’ai soupçonné qu’il aurait pu y avoir des coupes.
Tandis qu’ici… c’est certes appuyé par la comparaison avec ce qui a déjà existé ; mais même en réfléchissant un peu, on devrait quand même se dire qu’il y a des cas de figure un peu trop borderlines pour être honnêtes.
Et, sinon, si vous continuez à douter du fait que la production ne veut pas nous faire croire à du “temps réel” : j’ai d’autres preuves.
Déjà, si la production était davantage attachée au résultat de l’épreuve qu’à son exécution, elle aurait opté pour un montage façon saison 2010. Durant cette saison-là, les épreuves n’étaient pas montrées de sorte à mettre l’emphase sur leur déroulement ; mais plutôt à la façon d’un Koh-Lanta ou d’un Pékin Express, où on nous montre plutôt un “résumé” du déroulement, parfois entrecoupé des réactions des candidats. Dans ces émissions-là, les épreuves sont montées de sorte qu’on ne voie pas tout (loin s’en faut), mais principalement les moments-clés. Ca reste tout de même monté de sorte que le spectateur se sente impliqué, et ait l’impression de savoir comment l’épreuve s’est déroulée, même en n’y ayant pas assisté dans son intégralité.
De fait, la saison 2010 assumait totalement de ne pas montrer du temps réel, et ne prétendait pas le faire. À nouveau : une saison très transparente ; mais qui, à nouveau, négligeait complètement sa mise en scène.
Ok, l’approche restait honnête ; en revanche, le suivi des épreuves n’en était que plus fade. Et pour cause : les épreuves de Koh-Lanta et de Pékin Express durent souvent largement plus longtemps que celles de Fort Boyard, donc ça justifie dans ces cas-là de devoir se contenter d’un “résumé”. En revanche, pour Fort Boyard, c’est ridicule, autant montrer directement les 3 minutes d’épreuve…



Bon, du coup : oui, je comprends pourquoi l’approche 2010 n’a là encore pas été gardée, et qu’on a préféré revenir sur une approche “temps réel”.
Mais : vraiment, garder 3 minutes d’épreuve, c’était jugé si ennuyeux que ça pour la prod post-2010 ? Le problème en rabotant encore davantage, c’est qu’on tombe dans l’excès inverse.
Mais le plus ridicule dans la façon de manipuler le ressenti du temps qui passe, c’est dans la façon dont la production aime à faire croire à son public que les épreuves ont été réussies à quelques secondes de la fin.
Ainsi, pour les épreuves à chronomètre visible, on préférera afficher directement un chronomètre mensonger ; quant aux épreuves à clepsydre, on affiche un chronomètre uniquement pour les 20 dernières secondes d’épreuve.
Sur le papier, l’idée n’est pas mauvaise, car elle met l’emphase sur le danger de rester prisonnier (et elle fut d’ailleurs mise en pratique par les versions étrangères bien avant ça) ; mais en pratique, on sent que la production en abuse.
À nouveau : le fait qu’autant d’épreuves soient réussies à la dernière seconde, ça paraît louche, tout comme le fait que la fin du chrono global ne tombe jamais pendant une épreuve.
Mais surtout : à quelques reprises, on a eu l’occasion de constater que ce chrono des 20 dernières secondes était bidon. En effet, alors qu’il n’annonçait plus que quelques secondes, on pouvait parfois voir la clepsydre qui était encore remplie…

Cependant, la production en est devenue consciente : aussi, on notera que dans la façon de filmer l’extérieur de l’épreuve, on montrera le moins possible la vraie clepsydre, comme dit plus haut… et on préférera intercaler des plans “clepsydre” en post-prod, sans que l’équipe n’y soit visible. (L’épreuve que je viens juste d’illustrer étant l’exception qui confirme la règle, la clepsydre étant exceptionnellement à l’intérieur de la cellule ; mais ça illustre finalement bien pourquoi la prod avait plutôt intérêt à ne pas la reproduire…)
C’est bien essayé, mais trop tard, le mal est déjà fait.
Écoutez : je n’ai rien contre de la mise en scène supplémentaire, dans le but d’appuyer mon ressenti émotionnel ; mais au bout d’un moment, quand on en demande trop à ma suspension d’incrédulité, j’en ai juste assez d’être pris pour un jambon.
À force de trop contrôler ce qu’on me montre, l’émission perd cruellement en naturel et en spontanéité, et je n’ai plus aucune sensation de surprise ; si bien que le résultat finit par être le même qu’en visionnant une émission de 2010, à savoir un rendu final fade en dépit d’un matériau de base intéressant.
Saison 2010 qui, elle, a l’honnêteté d’assumer que ce qu’on voit n’est pas du temps réel, au moins. Et, dans un sens, je préfère même cette approche-là, car elle n’insulte pas l’intelligence du spectateur, elle.
Cela dit, même si je me suis beaucoup moins intéressé aux saisons des années 2020 ; j’ai tout de même entendu dire que la production avait fini par se calmer sur le montage, et à proposer des rendus un peu plus naturels. Et pour avoir vu en partie la saison 2026, c’est effectivement l’impression que ça m’a donné.
Conclusion
Bon, je m’excuse, si, à vos yeux, j’ai cassé la magie de l’émission avec mon diptyque. Mais, croyez-le ou non, je suis tout aussi peiné que vous à ce sujet ; et je n’ai jamais souhaité que cette magie puisse carrément virer au scepticisme, voire au dégoût, au fil du temps (bon, pas qu’à cause des arrangements, certes).
Moi-même, j’ai grandi avec cette émission, et je me suis laissé prendre par cette magie, surtout quand j’étais enfant. Bien entendu, mon esprit critique s’étant de plus en plus développé en cours de route, je ne pouvais évidemment plus regarder les émissions plus récentes comme je le faisais à l’époque ; et, je vous rassure, ça m’est également arrivé d’avoir eu quelques désillusions (et pas qu’au niveau des arrangements) en revoyant des émissions de mon enfance/adolescence avec le regard d’adulte que j’ai aujourd’hui (la saison 2002 en particulier).
Mais c’est aussi un marqueur qui indique à quel point on arrive à être pris dans une œuvre (de façon générale d’ailleurs, vu que c’est pareil pour les livres, les films, etc.). Quand on arrive à en profiter et à être pris dedans, tout va bien ; en revanche, quand on commence à se poser des questions pendant le visionnage au lieu d’être pleinement pris par celui-ci, c’est qu’il y a un vrai problème qu’on ne peut pas juste ignorer comme ça. C’est valable également pour les émissions TV, en particulier Fort Boyard, qui a cherché à sa manière à développer son propre univers.
Donc, quelque part, si on a fini par se poser des questions concernant la cohérence et l’intégrité de ce que l’émission a tenté d’instaurer, c’est que la production n’a pas correctement fait son job quelque part.
Ça n’enlève rien à tous les autres efforts faits pour produire l’émission (car je reste conscient que la critique est aisée mais l’art difficile, et que Fort Boyard nécessite déjà beaucoup d’efforts pour arriver à un tel résultat, notamment à cause de son lieu de tournage atypique) ; toutefois, à l’instar du cinéma, ce n’est malheureusement pas parce qu’un film aura nécessité beaucoup de moyens et d’efforts, que ça en fera forcément un chef-d’œuvre (autrement, Astérix aux Jeux Olympiques mériterait de l’être au vu de son budget et de ses ambitions ; et je pense qu’on sera tous d’accord pour dire qu’il ne le mérite clairement pas…). Ça, c’est le travail de la direction et de la supervision artistique, qui se doit de peaufiner toute cette mise en place, et qui a presque le rôle le plus important à ce niveau-là.
Car, finalement, les trucages, c’est comme les effets spéciaux au cinéma : les plus réussis sont ceux qui ne se voient pas. Et je reconnais quand même qu’en dépit de ce que j’ai pu signaler, pendant longtemps, la magie de Fort Boyard a très bien opéré ; et que certains de ses trucages étaient soit beaucoup moins évidents à découvrir, soit très subtilement gérés au point de ne pas du tout les avoir remarqués. D’ailleurs, même sans parler de trucages, je peux aussi parler de mise en scène, avec, à ce niveau-là, pas mal de situations suggérées différentes de la réalité, mais auxquelles on continue à croire volontiers (comme l’emplacement de certaines séquences qui n’ont pas forcément lieu où on le pense).
Donc, finalement : continuez à arranger l’émission autant que nécessaire ; mais, surtout, continuez à faire en sorte qu’on ne le remarque pas, et que notre suspension d’incrédulité fonctionne toujours, tout en proposant la formule la plus cohérente possible.
Après tout, là où l’émission a le mieux fonctionné à mon sens, c’est quand elle a su le plus possible équilibrer la solidité de sa formule avec sa magie. Et cette magie reste évidemment nécessaire, pour éviter de se retrouver avec une saison comme 2010, certes solide, mais malheureusement dépourvue de charme.
